‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 54 sur 278 · TROUBLES DES SÉCKÉIIONS. ÉTAT DES URINES · texte numérisé non relu

TROUBLES DES SÉCKÉIIONS. ÉTAT DES URINES

physionomie est tout autre, la lumière de l'intelligence vient l'éclairer de nouveau. Ce n'est pas seulement delà graisse, ce sont des tissus plus nobles, plus élevés qui augmentent son embonpoint et annoncent sa guérison prochaine. Il serait intéressant d'appliquer ces données à chaque forme de l'aliénation mentale; c'est ce que nous chercherons à faire plus tard.

Je viens de vous tracer le tableau rapide des troubles de la nutrition générale. A ces phénomènes se joignent quelques désordres produits dans d'auties fonctions qui sont liées aux maladies organiques de la façon la plus directe : je veux parler des sécrétions. Parmi ces dernières, celle qui se rattache le plus directement aux variations de la santé, c'est Texcrétion urinaire.

On comprend aisément que si, dans toute maladie qui entraîne un trouble profond de la nutrition, l'analyse des urines offre un intérêt des plus sérieux, il doit en être ainsi, à plus forte raison-, dans la folie. Rien ne serait plus utile, au point de vue de la clmique, rien ne serait plus satisfaisant au point de vue de la science pure, que d'établir une corrélation directe entre les troubles de l'entendement et l'élimination plus ou moins rapide de certains principes constituants de l'économie. Malheureusement, les faits n'ont guère légitimé jusqu'ici les espérances que l'on avait conçues un peu prématurément à cet égard.

S'il fallait résumer ces montagnes de travaux que l'on a publiés sur l'état des urines chez les aliénés, la totalité de mon cours n'y pourrait suffire. Je me propose de vous indiquer seulement quelques données dont l'authenticité est parfaitement établie.

En premier lieu, dans la mélancolie et dans toutes les formes dépressives, on constate un amoindrissement notable

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delà diurèse. Les mélancoliques urinent peu, et la densité de leur urine augmente. On remarque une diminution de l'urée et des chlorures. La quantité d'urée correspond, diton, à l'activité des combustions qui se passent dans l'économie. En outre, c'est principalement sous cette forme que les matières azotées sont éliminées de l'organisme. On peut comparer, à ce point de vue, les mélancoliques aux goutteux^ chez lesquels l'urine, quoique très-fortement chargée de principes solides, ne présente pas dans sa totalité la somme d'élimination nécessaire. L'acide urique et les urates s'accumulent dans le sang et dans les tissus, parce que la quantité d'urine excrétée dans les vingt-quatre heures ne suffît pas pour les entraîner au dehors.

Chez les maniaques, un autre phénomène attire l'attention ; le fait capital, bien constaté par beaucoup d'observateurs, c'est la diminution des phosphates. L'élimination du phosphore diminue non-seulement d'une manière absolue, mais encore d'une façon relative ; il y en a moins par rapport à la quantité des autres déchets organiques. Il est remarquable de voir cette diminution dans l'excrétion du phosphore coïncider avec la suractivité intellectuelle dont ces malades nous offrent le spectacle. On a dit : « Sans phosphore, pas de pensée, » et c'est à l'oxydation du phosphore qu'une certaine école a voulu rattacher le travail même de la pensée. Il n'est pas sans intérêt de constater que, dans ces cas pathologiques, la surexcitation des facultés intellectuelles ne coïncide pas avec une augmentation de la production des phosphates, ce qui aurait certainement lieu si l'oxydation du phosphore se trouvait exagérée.

Chez les déments parvenus à cette période d'affaissement 011 l'influence de l'encéphale est réduite à sa plus faible expression, il y a un défaut de parallélisme entre l'état gé-

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ii'jimI et la sécrétion urinaire ; c'est là encore un indice de cette déchéance organique dans laquelle toutes les fonctions de l'économie subissent un ralentissement évident. En résumé, il y a diminution de l'excrétion urinaire, diminution de quantité et de qualité ; les reins cessent de remplir convenablement leurs fonctions, ils sont paresseux au travail, comme tous les autres organes de l'économie. Quelques phénomènes accessoires doivent être signalés ici. On a rencontré de l'albumine en quantité sensible dans les urines des aliénés. Lorsque je parle d'albumine, j'élimine tous les cas dans lesquels il y a altération des reins ou maladie du cœur. Il s'agit d'albuminurie chez les aliénés indemnes de tout autre affection ; mais ce phénomène est tellement banal, qu'il est difficile de lui attribuer une signification vraiment typique.

Il est un trouble plus profond signalé surtout par les observateurs anglais. C'est le diabète, ou plutôt la glycosurie. Le diabète proprement dit, avec polyurie, est rare chez les aliénés -, la glycosurie l'est moins, et c'est là un trouble qui se rattache directement aux modifications que présente l'encéphale et peut-être le bulbe rachidien.

Un dernier fait, l'oxalurie, a été signalé chez cartains malades par Lindsay.

Il est une fonction qui, dans l'ordre physiologique, se rattache de la manière la plus intime à la sécrétion urinaire : je veux parler de la sécrétion sudorale. Dans l'état normal, il existe une sorte de balancement régulier entre les deux fonctions; il n'en est pas de même chez les aliénés. La sécrétion de la sueur semble participer au mauvais état des fonctions de la vie végétative. Les malades n'urinent pas, ils transpirent moins encore, et c'est chez eux surtout que Ton constate cet état de la peau, cette sécheresse, qui

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résulte de la suppression de la transpiration cutanée. Chez certains individus, on voit au contraire se produire le phénomène inverse : les aliénés en état d'exaltation sont souvent inondés d'une sueur profuse.

Chez d'autres sujets, ce sont les glandes sébacées dont l'activité fonctionnelle est poussée à l'extrême ; il en résulte une véritable séborrhée, à laquelle il faut peut-être rattacher cette odeur particulière que présentent les aliénés et qui ne saurait être niée par un clinicien vraiment observateur. Il vous suffira de vous promener dans les salles de réunion de notre clinique pour vous convaincre de la vérité de ce fait. Cette odeur ne dépend pas du défaut de propreté des malades : ce n'est point l'odeur si fréquente dans les quartiers de gâteux, ce n'est point non plus l'odeur infecte que l'on rencontre dans une caserne ; ce n'est point ce parfum peu agréable qui s'exhale de toute réunion nombreuse d'individus malpropres. C'est une odeur spéciale, et ce n'est guère qu'à la sécrétion sudorale ou sébacée qu'elle peut être attribuée.

Je passe à une autre fonction, dont les relations intimes avec le système nerveux central ont été depuis longtemps démontrées : je veux parler de la sécrétion salivaire. Celle-ci subit chez les aliénés des modifications notables en rapport avec les troubles de l'innervation glandulaire; elle subit des modifications dans sa quantité et dans sa composition chimique. Chez les mélancoliques, la sécrétion salivaire diminue comme toutes les autres, comme celle de l'urine, comme celle de la sueur. La bouche est sèche, la langue est dure, les lèvres sont parcheminées, l'individu ne crache pas. Un phénomène inverse se produit chez les maniaques ; ici la salivation est incessante. La salive offre-t-elle chez ces malades des caractères spéciaux? Sous ce rapport il faut dis-

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