‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 69 sur 278 · MÉLANCOLIE AVEC CONSCIENCE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE AVEC CONSCIENCE

faibles, et cela sans aucune intervention de l'aliénation mentale. Une contrariété passagère suffît pour l'évoquer, un vent favorable pour la dissiper. Il est donc absolument vrai que la paralysie des sphincters et la malpropreté sont des signes infiniment plus graves, au point de vue du pronostic mental, que l'impulsion au suicide. Cette tendance, malgré toute sa gravité au point de vue des conséquences immédiates, n'a pas en elle-même une signification fâcheuse, et peut aisément se dissiper.

Ajoutons enfin que l'on rencontre quelquefois, à côté de ce symptôme, l'impulsion au meurtre ; c'est là d'ailleurs un fait assez exceptionnel chez les mélancoliques.

Si, dans la folie avec conscience, le malade comprend son délire, il lui est absolument impossible de réagir contre lui ; et lorsqu'il devient capable d'un effort en ce sens, c'est qu'il est déjà sur la voie de la guérison. En effet, les idées qui le persécutent ne sont point absurdes par elles-mêmes ; elles le deviennent par l'exagération de leur intensité. Tel malade, par exemple, éprouve une crainte insensée delà mort ; il est persuadé qu'il va mourir, et cette conviction le pousse au suicide. Tel autre craint de voir mourir ses enfants. Un troisième se croit ruiné ; rien ne peut lui ôter cette idée. Certains malades redoutent le sommeil ; ils ne veulent point s'endormir, car ils craignent de ne jamais se réveiller. Certains autres sont atteints d'une paresse invincible qui fait leur désespoir et les met dans l'impossibilité absolue de s'occuper des affaires les plus urgentes. Enfin, une des terreurs les plus communes dans cet état, c'est la crainte de devenir fou. Un grand nombre de malades vont consulter un médecin parce qu'ils ont peur de perdre la raison ; ils ont conscience d'un trouble étrange qui se passe dans les profondeurs de leur intelligence. Ces préoccupations,

230 DES FORMES DU DÉLIl.E.

comme vous le voyez, restent toujours dans le domaine du possible et ne renferment en elles-mêmes aucune absurdité.

D'autres fois, c'est un souvenir tyrannique qui poursuit les malades et ne leur laisse aucun repos. Je pourrais vous en citer plusieurs exemples : je me contenterai d'en rapporter un seul.

J'ai connu une dame qui était tombée dans une mélancolie des plus prononcées pour avoir trompé son mari : constamment préoccupée de ce triste souvenir, elle prenait un plaisir morbide à raconter tous les incidents de sa vie et tous les détails de sa faute. Peu à peu, les symptômes s'aggravèrent et la malade finit par tomber dans la stupeur.

Messieurs, je viens de vous exposer quelques-uns des caractères positifs de la mélancolie avec conscience : je vais maintenant ,vous en indiquer les caractères négatifs ; ils ne sont pas moins importants.

Et d'abord, les mélancoliques de cette espèce n'ont pas d'hallucinations, ce qui les distingue fort nettement de la plupart des autres aliénés.

En second lieu, la maladie se manifeste sous forme d'accès, séparés quelquefois par de très longs intervalles de santé; pendant de longues années, ces sujets peuvent rentrer dans la société et vivre de la vie ordinaire ; mais l'épée reste toujours suspendue sur leurs têtes, et au moment oîi l'on s'y attend le moins, leur raison subit une éclipse nouvelle.

Un dernier caractère, et ce n'est pas le moins intéressant, c'est Tétat psychologique de ces malades après leur guérison. Ils n'ont aucune espèce de fausse honte, d'amour-

Page 1