‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 68 sur 278 · ÉTAT PSYCHOLOGIQUE DES MÉLANCOLIQUES · texte numérisé non relu

ÉTAT PSYCHOLOGIQUE DES MÉLANCOLIQUES

sique de la question, parce que nous sommes convaincu qu'il faut en pathologie mentale accorder une part plus large que jamais aux troubles matériels de l'économie. Nous allons maintenant en étudier le côté psychologique.

Il existe dans la mélancolie deux grandes formes qui présentent les rapports les plus intimes et représentent en quelque sorte deux degrés différents d'une seule et même affection : ce sont la mélancolie proprement dite, dont nous allons nous occuper immédiatement, et la stupeur, qui fera l'objet d'une leçon spéciale.

Le fond psychologique de la maladie qui nous occupe est un état de tristesse profonde, sans motif apparent, sans cause légitime, et qui rend le malade de plus en plus étranger à tout ce qui l'entoure. Indifférent à ses meilleures affections, oubliant ses intérêts les plus importants, il s'abîme de plus en plus dans ses proccupations malsaines et présente l'image d'un parfait égoïsme, mais d'un égoïsme malheureux. Ce n'est pas sans raison qu'on a comparé la lypémanie à un vertige de l'intelligence ; c'est en effet un malaise absolument intime et sans aucun rapport avec les faits extérieurs.

Mais tous les mélancoliques sont loin de se ressembler. On peut admettre trois grandes variétés dans cet état morbide. Il y a d'abord la mélancolie avec conscience, ensuite la mélancolie dépressive avec tendance à la stupeur ; enfin la mélancolie anxieuse. Il faut y joindre la mélancolie perplexe, que M. le professeur Lasègue vient d'étudier dans un travail récent. Reste le délire des persécutions, dont l'importance est capitale et que nous étudierons dans la leçon prochaine.

I. Mélancolie avec conscience. — On dit généralement que « la folie est un mal qui s'ignore lui-même. » C'est là.

sans doute, une profonde vérité, dans l'immense majorité des cas, mais cette règle générale comporte de nombreuses exceptions. Avec M. Baillarger, nous citerons, comme exemples, la folie impulsive et la mélancolie avec conscience, qui va maintenant nous occuper.

Les malades de cette première catégorie, n'offrant aucun délire proprement dit, ne se rencontrent presque jamais dans les asiles, ni dans les maisons de santé particulières. Mais on les voit souvent dans le monde et la pratique civile nous offre à cet égard de précieux avantages. Chez les uns la mélancolie débute par un changement d'humeur, par une tristesse sans motifs ; c'est le dégoût de la vie, le tœdium mtœ, le spleen. Chez les autres, le premier symptôme est une sorte d'indifférence générale. Je vois en ce moment un diplomate étranger, homme fort intelligent qui s'est adonné avec succès à l'étude des sciences. Il mène une vie très active et entretient une correspondance des plus assidues. 11 a été frappé à phr/ieurs reprises de la forme de mélancolie dont je viens de vous parler. Chez lui, le premier symptôme, celui qui annonce toujours l'apparition imminente de la crise, c'est qu'il néglige de décacheter ses lettres. On peut alors prédire avec certitude qu'un nouvel accès va se déclarer.

Dans ces conditions, et souvent à un degré fort peu avancé de la maladie, le mélancolique est porté vers le suicide, et il faut une surveillance des plus attentives pour le garantir de ses propres impulsions.

Je vais formuler un paradoxe, qui vous choquera peutêtre, mais qui renferme une vérité importante au point de vue clinique. La tendance au suicide est un phénomène très peu grave, au point do vue psychologique. C'est l'un des troubles qui envahissent le plus facilement les cerveaux

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