‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 89 sur 278 · ÉTAT PSYCHOLOGIQUE : MALVEILLANCE · texte numérisé non relu

ÉTAT PSYCHOLOGIQUE : MALVEILLANCE

monde tout entier se divise en amis et en ennemis, et la balance penche bien plus du mauvais que du bon côlé. En général, s'il faut caractériser leur état dans son ensemble, ils paraissent éprouver beaucoup de satisfaction d'euxmêmes, ils se trouvent bien sous tous les rapports, leur situation générale est extrêmement favorable. Telle est la tendance qu'ils manifestent lorsqu'ils ne sont pas contrariés.

Cette disposition au bien-être et au contentement devrait les porter à la bienveillance ; cependant elle ne détruit en rien leurs mauvais instincts; ce sont des individus très dangereux ; ils sont à chaque instant portés à lancer des accusations mensongères contre ceux qui les entourent; ils s'adressent aux autorités ; ils enveniment avec art leurs calomnies et les font souvent accepter comme l'expression de la vérité. Non seulement ils accusent les autres, d'une manière générale, de leur en vouloir et de les persécuter, mais ils précisent souvent leurs imputations et leur impriment une gravité exceptionnelle.

L'une des accusations qu'ils se plaisent le plus volontiers à formuler, est celle d'immoralité, et comme l'excitation maniaque est plus fréquente dans le sexe féminin, l'entourage de ces malades est exposé aux imputations les plus insensées. Il est des femmes qui, sous l'empire de ces excitations morbides, accusent nominativement certaines personnes de les avoir violées, ou tout au moins d'avoir tenu des propos inconvenants à leur égard, d'avoir cherché à les séduire; et ce qui est plus grave, elles parviennent souvent à inspirer une conviction indestructible aux principaux intéressés, et en particulier à leur mari. C'est là un danger contre lequel le médecin, appelé à leur donner des soins, devra toujours se tenir sur ses gardes.

On ne saurait se faire une idée de l'habileté vraiment in-

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fernale avec laquelle certaines de ces malades se plaisent à semer leurs calomnies, cherchant à créer partout des dissensions, à fomenter des querelles, à faire le mal pour le mal.

A côté de ces phénomènes, oîi la surexcitation des mauvais instincts joue un rôle si manifeste, on en voit d'autres qui semblent relever uniquement de Tintelligence.

Parfois les malades se livrent à des dépenses exagérées et fort au-dessus de leur fortune : ils s'engagent dans des affaires qu'ils ne peuvent terminer, ils forment des projets insensés , ils énoncent des propositions paradoxales qui n'ont que le temps d'éclore et sont immédiatement remplacées par d'autres. Cette mobilité de leur caractère est un supplice pour les gens sains d'esprit, qui sont condamnés à vivre avec eux.

D'autre part, on voit se manifester un développement excessif de certaines facultés intellectuelles, et en particulier de la mémoire; et rien ne contribue davantage à perpétuer l'erreur qu'on commet à leur égard, en refusant obstinément de croire à leur maladie. Rien n'est plus fréquent dans la pratique que de voir une mère s'écrier: « Mais, monsieur, mon fils n'est pas fou ; au contraire, il est plus inteUigent que jamais, et sa mémoire est extraordinaire.» La seule réponse à faire serait alors celle-ci :« C'est justement parce que votre fils a trop de mémoire qu'il est aliéné. » En effet, le développement excessif des facultés est déjà la preuve de leur surexcitation morbide.

Certains de ces malades récitent, avec une correction parfaite, de longs fragments des auteurs classiques, tju'ils avaient depuis longtemps oubliés ; les plus minimes détails de leurs études leur reviennent à l'esprit et ils se rappellent avec précision les moindres faits de leur vie passée.

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