NEUVIÈME LEÇON
DE LA. STUPEUll.
SoMMAini:. - Définition de la stupeur. - État psychologique qui la ca- , ractérise.- Début brusque dans certains cas. - La stupeur succède habituellement a une autre maladie. - Influence de la saignée dans les hémorragies.
Phénomènes physiques. - Attitude. - Expression de la physionomie - Rigidité des membres. - Mutisme absolu. - Sitophobie. Dilatation pupillaire. - Troubles sensoriels. - Anesthésie. - Abolition des réflexes - Troubles trophiques. - Abaissement de la température. - Etat du pouls. — Sécrétions.
Phénomènes intellectuels. - Indifférence générale. - État psychologique. - Hallucinations terrifiantes. - Engourdissement moral. -
^Anéantissement de la pensée. - Forme active, forme passive. Grimes d agitation. Alternatives d'e.xcitation et de dépression
Terminaisons de la stupeur. - Causes. Lésions anatomiques. - Physiologie pathologique. La stupeur est un phénomène d'arrêt. - Trai-
ri.tement de la stupeur.
Messieurs,
Après vous avoir tracé Thistoire des principales formes que peut affecter la mélancolie, il me reste à vous parler d'un état cérébral qui s'y rattache par des liens intimes sans toutefois se confondre absolument avec elle : je veux parler de la stupeur.
Quarante-trois ans, c'est-à-dire près de la moitié d'un siècle, se sont écoulés depuis la publication du travail si célèbre de M. BaiUarger, et cependant il existe encore à cet iCgard des opinions divergentes.
Pinel confondait la stupeur avec l'idiotie; Esquirol en ait une forme de la démence. C'est là un résultat bien naiturel de la tendance aux classifications psychologiques. Les
aliénés en état de stupeur semblent en effet rester étrangers ù toutes les opérations de l'intelligence. De là vient la confusion. Aux aliénistes de cette époque, il semblait naturel de réunir en un seul groupe tous les cas dans lesquels les facultés intellectuelles paraissaient abolies.
C'est pourtant par le côté psychologique qu a commencé la réaction; c'est en étudiant l'état psychologique des malades dès le début de la stupeur que M. Baillarger a demontré, en 1843, que, sous ce masque de plomb, se cachait un délire des plus violents, une oppression intellectuelle des plus tyranniques. Transporté dans un monde imaginaire, le malade, en proie à des hallucinations terrifiante., subit l'influence de toutes les impressions qui 1 en ourent, il entend des voix menaçantes, des visions horribles viennent l'assiéger. Il tombe alors dans un état qui a k plus , grande analogie avec le rêve. La stupeur ne serait donc, . d'après M. Baillarger, que le plus haut degré de la mé- • lancolie. C'est ici que se manifestent les opinions con-
''"^nne ne saurait aujourd'hui contester l'exactitude^ des faits observés par M. Baillarger ; mais la f-f^^^^^^s état qui peut se produire dans des conditions fort différentes t — étrangères à la mélancolie. De là cette tendance de plusieurs aliénistes à l'étudier à titre de maladie i^i p ndante. L'un de nos collègues les plus distingu^ M Dagonet, a créé le mot de stupémame pour dési gner 'ensemble des symptômes de cette affection^Nou erons peut-être plus près de la vérité en acceptant la défi nition de Foville. « La stupeur, dit ce^uteui est u ^Iddent qui peut se produire dans toutes les variété, de l
T::tUa'abo.^ devons tracer le taM
m LA STUPEun. 24S
de la maladie, nous serons après cela plus à môme d'étudier sa nature et d'en fixer les caractères.
Gomme dans toutes les formes de maladies mentales, nous nous trouvons ici en présence de deux grands ordres de symptômes. Il y a, dans la stupeur, des phénomènes physiques et des phénomènes intellectuels.
• C'est surtout dans cette maladie que les phénomènes physiques atteignent une telle importance, qu'on peut les considérer comme le caractère primordial de la maladie. Mais d'abord il convient de considérer comment se développe la stupeur, comment se manifestent ses divers troubles selon les états morbides oîi elle se produit.
D'abord la stupeur est une condition morbide qui peut se produire subitement, d'une manière imprévue. Rien n'est plus facile que d'en citer des exemples. Une jeune fille est violée, elle tombe en état de stupeur et va rester dans cet état pendant plusieurs mois. Une femme, récemment accouchée, monte en diligence avec son nourrisson ; elle part de chez elle un vendredi, malgré les exhortations et les prédictions fâcheuses de ses voisins. La voiture verse; cette femme est prise d'une terreur épouvantable, elle se figure que son enfant est mort. Quand on la relève, elle est en état de stupeur et elle va rester dans cet état pendant un temps considérable.
Un jeune soldat, qui sans doute n'était pas de la race des héros, est transporté presque malgré lui sur un champ de bataille; là, effrayé par le bruit de l'artillerie, par les balles qu'il entend siffler à ses oreilles, par les morts qu'il voit couchés à ses côtés, il tombe en état de stupeur et y reste pendant une période prolongée.
Voilà donc des exemples dans lesquels notre maladie se produit brusquement, sans aucun état intermédiaire; mais
je dois faire ici une remarque tirée de l'excellente étude de Étoc-Demazy et qui me paraît empreinte d'un véritable esprit clinique. Lorsque ces phénomènes se produisent, dit cet auteur, lorsqu'on voit un individu tomber dans la stupeur à la suite d'un choc moral violent, il faut presque tou. jours supposer qu'il s'agit d'un cerveau déjà affaibli. Comme prédispositions à cette maladie, nous citerons certaines névroses, l'hystérie, l'épilepsie, les maladies aiguës et en particulier la fièvre typhoïde. Enfin une cause qui paraît avoir une très grande importance, c'est l'état puerpéral, sur lequel les auteurs ont beaucoup insisté.
J'ai commencé par vous signaler les faits exceptionnels, je vais maintenant vous indiquer la marche la plus ordinaire. La stupeur se montre rarement sans prodromes, comme dans les cas dont je viens de vous parler; d'une manière habituelle, elle succède à une autre maladie, quel, quefois à une affection organique, et souvent à de grandes hémorragies. C'est pourquoi, dans l'ancien temps, la stupeur était plus fréquente qu'elle ne Test aujourd'hm, à cause de cette déplorable habitude que l'on avait de saigner les malades agités, habitude dont Pinel a débarrassé la médecine mentale. La fièvre typhoïde, l'état puerpéral, les affections parasitaires peuvent toutes donner naissance a la stupeur ; mais c'est plus particulièrement dans les maladies intellectuelles qu'on la voit se manifester, surtout dans la manie aiguë et plus fréquemment encore dans la mélancolie. Dans ce dernier cas, on voit les individus, après les premières périodes, s'affaisser graduellement et arriv^er à présenter le spectacle d'une masse à peu près inerte. Mais laissons de côté les origines de la maladie pour l'envisager au moment où elle est dans sa période d'état. ^
Supposons-nous en présence d'un aliéné, soit dans m