PRÉCAUTIONS A PRENDRE
homme éclairé. Pour le moment, c'est de la manie, c'est du traitement des maniaques qu'il s'agit et je vais m'occuper de la conduite à tenir à l'égard de ceux que l'on appelle les fous furieux.
Deux cas peuvent se présenter : ou bien le malade est en liberté et il faut s'emparer de sa personne ; ou bien le malade est déjà interné et il faut se mettre en rapport avec lui.
Permettez-moi de poser ici quelques règles générales qui sont le fruit de l'expérience :
^ l" La première règle et la plus indispensable de toutes, c'est qu'il ne faut jamais avoir peur du malade. C'est là[ messieurs, une supériorité très réelle, qu'on acquiert par la pratique journalière et l'habitude du contact des insensés.
Le public, les parents, les médecins eux-mêmes ont une peur horrible de l'aliéné parce qu'il est un fou.
Tel praticien qui a donné les preuves du plus grand dévouement, dans d'autres circonstances, ose à peine regarder un insensé, parce qu'il le redoute.
Il y a quelquefois un danger à courir; mais tout aliéùiste doit savoir l'affronter, ce qui revient à dire que pour exercer notre profession, il faut non seulement de la tête mais aussi du cœur. '
^ 2" II faut toujours se présenter aux agités avec l'appareil de la force, non seulement avec l'apparence, mais aussi avec la réalité.
RiBD n'impose autant aux fous que la vue de plusieurs gardiens vigoureux. Tel qui aurait infailliblement attaqué te médecin, s il avait été seul, se tiendra tranquille parce
11 le voit accompagné.
3» Il ne faut jamais se départir de la plus scrupuleuse h enveillance. Il faut toujours savoir attendre et ne jamais pèrdre patience.
nES FonMES nu déliue.
4« 11 est absolument indispensable d'user de la contrainte, ■ mais il ne faut jamais en abuser.
Nous reviendrons sur ce point un peu plus lom.
Le malade est placé, car la séquestration s'impose et c'est ici le seul cas où les incessantes réclamations de la famille, du public et de la presse ne soient point à craindre. Personne, en effet, ne conteste la nécessité de mettre en
sûreté de tels sujets.
La manie aigu6 est incontestablement la forme la plus curable de l'aliénation et l'une de celles qurl importe e plus de traiter immédiatement, parce que '^^ ''f ^ ^ thérapeutique sont souvent couronnés de ' P»™
eue la violence même des agités ne permet pas de le^ abandonner à eux-mêmes, comme on leta.t trop souvent nour les sujets plus tranquilles.
' Mandés le seuil de l'asile, une première difficulté nous arrête : c'est la nécessité delà conimmïe.
Ztrain.e. - Pinel avait accompli une grande et sa u taire réforme en introduisant ^es procèdes pUts b m- , dans le traitement des aliénés et en leur rendant le 1 bre , a"e d leurs membres. Un célèbre aliéniste anglars Conolly,po-santleprincipeiusqu'U'extrême,asupprrm^^ Lies' moyens mécaniques de -t™.nte ^ a^ar b^^ donner la camisole de force, usitée alors en Angleterrei comle partout ailleurs k cette époque. En Ecosse, aujou^- AT on va jusqu'à préconiser les .sïies à portes ouoertes !t 1^; nrétend s'être bien trouvé de l'emploi de ce système.
, es un point qu'on ne doit jamais dépasse ,
, moin de prétendre que les aliénés, quels qu >ls sote^, L sont jamais dangereux ni pour les autres m pour e^ mômes (ce qui serait une absurdité manifeste) , .1 faut
E5fPL0I DE U CONTRAINTE. 293
soliiment les enfermer pour les empêcher de nuire et de se nuire. C'est une simple question de bon sens. Mais le malade a franchi les portes de l'asile ; il oppose aux gardiens une résistance insensée; il tonte de frapper ses voisins; il se blesse lui-même. Mille tentatives de suicide ou de mutilation plus ou moins imparfaitement déjouées (môme par une surveillance attentive) viennent mettre en danger la vie du malade. Mon élève et ami le docteur Vallon a vu un agité non camisole s'ouvrir le scrotum avec les ongles, s'arracher les testicules et les jeter sur le parquet.
En dehors de ces scènes de violence, l'administration des remèdes et même la simple ingestion des aliments devient impossible; et c'est ici qu'il faut, en dépit des principes, attenter à la liberté du malade et l'obliger à supporter une volonté étrangère à la sienne.
C'est alors que s'élève un nouveau débat ; on veut obliger les médecins à supprimer la camisole de force, pour la remplacer par les bras des gardiens (1). Examinons les conséquences de cette manière d'agir.
Il serait extrêmement utile d'avoir un nombreux personnel permettant d'intimider les plus violents par l'appareil de la force, et de les contraindre par la réalité. Mais, dans les asiles de la Seine (et spécialementà l'asile Sainte-Anne) ces conditions sont loin d'être remplies, et le nombre croissant des séquestrés aggrave de jour en jour la position.
bupposons un instant que les conditions les plus favorables a cet égard soient remplies ; sera-t-il toujours avantageux de supprimer l'emploi de la camisole ? Appliquée par les bras des gardiens ou par un vêtement
Bujet n' n est pas " i : """^'"^ l'appliquer. La volonté du 1 i u 1.11 LS[ pas moins comprimée.
de toile, la contrainte sera toujours la contrainte, et c'est, en définitive, à la force que restera le dernier mot. Or, lorsqu'un malade vigoureux engage une lutte de la dernière violence avec des hommes plus vigoureux encore que lui quelle garantie nous préservera contre l'abus del'ener- .ie' musculaire? Un robuste gardien luttant, à l'apogée de ses forces, contre un maniaque en état de fureur, pourrat-il mesurer scientifiquement et systématiquement le degré de puissance qu'il développe à chacune des péripéties du combat? Est-il possible, même à l'homme le mieux intentionné, le plus sage et le plus bienveillant de mesurer le point précis que l'effort doit attemdre ? Ne sait-on pâs, d'ailleurs, que, dans une lutte pareille l'homme qui Lblit, ne fût-ce qu'un instant, est perdu? Son adversaire le renverse, le terrasse et devient maître de la situation.
11 arrive donc, et il doit arriver, que des accidents graves se prdduisent par l'emploi de la force musculaire ; et, quand même on ne verrait survenir aucune contusion, aucune fracture, aucune lésion chirurgicale, il peut apparaître im danger bien autrement grave : nous voulons parler de a congestion pulmonaire qui résulte de l'effet dune^ lut .iolente et prolongée, congestion à laquelle les mamaque en état de fureur sont plus exposés que les autres en raison même de leur état général et des conditions physiques qu les prédisposent aux congestions de tout genre, et suitou aux'conge'stions du poumon. Voilà pourquoi, sans aucuH faute de'la part des gardiens, et même emploi de la camisole, des cas de mort subite p uven produire pendant une scène de violence. Un fait de ce. genre s'est récemment produit à l'asile Sa-te-Anne ' Un alcoolique des plus vigoureux et des plus vio en^ après s'être livré aux actes les plus insensés dans le service