ISOLEMENT
OÙ il était place, s'est jeté par la fenêtre et s'est blessé au visage. Un érysipèle de la face s'est promptement déclaré; un chirurgien, consulté, crut devoir prescrire un traitement antiseptique (qui paraissait rationnellement indiqué d'après les principes de la science moderne) ; mais, lorsqu'on voulut appliquer le pansement, la résistance furibonde du malade détermina une lutte des plus terribles, pendant laquelle il succomba brusquement. L'autopsie, pratiquée par M. le professeur Brouardel, démontra que la mort avait été déterminée par une congestion pulmonaire intense, occasionnée par l'excès de l'effort musculaire, sans qu'il ait été exercé aucune compression sur les voies aériennes.
On sait, en effet, que des sujets même en pleine santé d'esprit et de corps, peuvent succomber par ce mécanisme à la suite d'efforts musculaires trop énergiques et trop prolongés. A plus forte raison en serait-il ainsi des fous furieux ' Nous croyons avoir démontré que l'emploi de la camisole ' est non seulement légitime, mais absolument indiqué dans les cas de ce genre; il convient sans doute d'en faire rarement usage ; il serait même utile, comme en Angleterre d'exiger un rapport spécial du médecin, chaque fois que la camisole est employée, avec l'indication des motifs qui en ont nécessité l'usage. Mais,îenlîn, il est des cas où il est absuiHleet même dangereux de se priver systématiquement de 1 emploi des moyens mécaniques. Nous croyons l'avoir démontré pour tous les observateurs impartiaux. Nous ne chercherons pas à convaincre les hommes de parti pris qu un invincible entêtement met au-dessus des atteintes de toute argumentation.
Il est un autre point auquel le médecin doit impitoyablement tenir la main, surtout dans les premiers temps de la séquestration : c'est l'isolement. Les malades éprouvent très
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souvent une grande aversion pour leurs proches, dont la présence est très fréquemment la cause des accès ; il faut donc supprimer les visites, au moins pendant une certaine période.
Ces questions préliminaires une fois réglées, nous disposons de trois grands moyens de traitement : moyens médicinaux, moyens pharmaceutiques, moyens hygiéniques. Mais il est important de signaler d'abord ce qu'il ne faut pas faire.
Saignée. - On pratiquait autrefois la phlébotomie chez les agités, moyen dangereux, d'une utilité contestable en cas de congestion, d'un effet déplorable en cas d'anemie cérébrale. On a vu souvent la démence résulter de l'emploi d'une semblable thérapeutique et la mort subite peut quelquefois en résulter. Ce n'est pas à dire que les émissions sanguines doivent être à jamais proscrites ; mais on ne doit jamais ouvrir la veine.
En second lieu, la diète, autrefois recommandée, doit
être absolument proscrite.
En troisième lieu, il ne faut point abuser de la morphine et des autres calmants, moyens trop commodes d'éviter les difficultés du présent, en escomptant celles de l'avenir. 11 ne faut point oublier qu'on ne doit pas prétendre à calmer trop rapidement l'agitation des maniaques ; car, en visant, l'excitation, il ne faut point écraser l'agité.
Voyons maintenant ce qu'il convient de faire, puisque^ nous savons ce qu'il faut éviter.
Le malade, s'il est très violent, sera mis dans une cellule.
atLfois recommandé de le placer dans une pièce
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éclairée par des carreaux bleus (méthode de Polli). Ce qui paraît surtout utile, c'est de le maintenir dans une demiobscurité.
îl sera utile de le camisoler :
d" S'il offre une tendance aux mutilations, à l'arrachement de la peau ou à une masturbation effrénée; 2° S'il est très violemment agressif; 3° S'il est nécessaire de le nourrir à la sonde ou de lui faire des pansements chirurgicaux.
On pourra, dans tous ces cas, faire usage de la demicamisole, celle qui entoure les bras sans gêner les mouvements des jambes. La camisole complète ne sera employée que dans les cas d'agitation suraiguë.
Bams prolongés. On usera des bains prolongés (de deux ou plusieurs heures). II convient de les donner à une température modérée (34 à 35 degrés) et d'appliquer sur la tête le bonnet réfrigérant.
On donne ce nom à un tube en caoutchouc ou en étain roule en spirale sur lui-même et qu'on applique sur la tête a la manière d'une calotte. On fait parcourir le tube par un courant d'eau fraîche.
Ce moyen peut être employé non seulement pendant que le malade est au bain, mais aussi pendant qu'il repose au
Émissions sangtdnes. - Quand il existe des signes manifestes de congestion, on peut user discrètement des applications de sangsues. Nous le répétons encore une fois dans aucun cas, il ne faut ouvrir la veine
Position Horizontale. - Dans les cas où il existe des signes manifestes d'anémie cérébrale, il faut maintenir le malade dans la position horizontale.
Bains sinapisés. - Us sont indiqués dans les cas d'in-
soranie. Ils peuvent aussi servir à calmer l'agitation au ■ môme titre que les bains prolongés.
Alimentation. - La nourriture doit être substantielle ; mais il ne Faut point écouter la voracité de certams malades. Il faut observer une sage moyenne entre l'excès et le défaut. .Le vin, en quantité modérée et mêlé des trois
quarts d'eau, est un calmant utile chez certains malades;
il combat surtout l'insomnie.
L'alcool, à faible dose, est souvent indispensable pour
les maniaques alcooliques.
Passons maintenant à l'emploi des médicaments proprement dits : „ . . .
1» Les purgatifs, et en général les révulsifs qui agissent sur l'intestin, seront d'une grande utilité. Nous donnons la préférence à l'aloès et au calomel. Dans les cas de constipation opiniâtre, on peut prescrire de l'huile de croton a la dose de trois à quatre gouttes, avec l'huile de ricin comme
véhicule ; .
2» Les toniques amères sont souvent d'une grande utilité surtout dans les cas où l'anémie paraît dommer ;
30 Les calmants réussissent moins bien dans la manie que dans la mélancolie. Cependant, je ne les proscris pas d'une manière absolue; tout dépend de la cause. G est ainsi que l'opium et la morphine sont utiles chez les maniaques alcooliques. Le tartre stibié peut être utile chez les hystériques et les névropathes ; aussi est-ce surtout dans 1 excitation maniaque qu'on peut en tirer quelques profits; on l'associe surtout aux préparations opiacées.
Je n'insiste pas sur les autres moyens de «et ordie bel ladone, chloral, hyoscine, sulfonal. Il sera question de ces points au sujet du traitement de la folie en gênerai.
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Bloyens hygiéniques. — Pendant la période de grande agitation, l'isolement et môme la cellule sont nécessaires. Quand la crise de fureur est passée, le malade peut rentrer, avec des précautions graduées d'abord, au contact des habitants ordinaires de l'asile, plus tard, après des étapes successives, au contact des amis et des proches, qu'il soit rendu à la liberté. Il est souvent utile de tenter par des sorties provisoires la susceptibilité de l'organisme, avant la hbération définitive.
Mais pendant la période intermédiaire qui s'écoule entre le début de la convalescence et le rétablissement complet, il faut occuper le malade par le travail manuel, par des distractions variées, et même, dans une certaine mesure, par le travail intellectuel qui peut rendre service aux esprits cultivés et même aux natures moins développées, car une intelligence récemment surexcitée risque de se consumer sur elle-même lorsqu'on la laisse demeurer sans aucune occupation légitime,
Traitementde l'excitation MANIAQUE. — Bien que l'excitation maniaque ne soit qu'un symptôme, elle comporte parfaitement l'emploi de moyens thérapeutiques spéciaux. Gomme dans beaucoup d'affections mentales, mais surtout 'dans la manie, le premier de tous les remèdes, c'est l'isolement. Il s'agit d'enlever le malade à son entourage, aux personnes qui l'irritent; il faut surtout éloigner les individus qui sont l'objet de son aversion.
En second lieu, il s'agit de modifier son état. On doit autant que possible, écarter des malades toute cause d'exciation morbide, empêcher les excès alcooliques, réprimer excitations sexuelles. L'abus auquel il est le plus facile aux malades de se livrer, c'est la masturbation ; et ce n'est pas ICI le cas d appliquer le principe de la non-contrainte.
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Chez les malades de cette espèce, les calmants réussissent ' moins que chez les mélancoliques, et il ne faut pas empl9yer l'opium et la morphine qui font ici plus de mal que de bien. Quant aux bromures alcalins, ils sont plus utiles que dans la manie proprement dite, et l'on peut y avoir recours en évitant l'usage des doses exagérées. On emploie surtout le chloral'contre l'insomnie ; mais nous possédons maintenant une foule d'hypnotiques parmi lesquels le âulfonal tient le premier rang. Il nous reste enfin deux moyens très actifs de traitement : d'abord les bains tièdes prolongés pendant plusieurs heures; par ce procédé, on obtient souvent une amélioration très notable; puis, ensuite, les courants galvaniques faibles lancés à travers la masse encéphalique. Il ne faut user de ce dernier remède qu'avec de grandes pre-
cautions. . ,
Rappelons-nous enfin que l'excitation maniaque n est qu'un symptôme et que c'est surtout à la cause qu'il faut remonter. Rappelons-nous aussi qu'il ne faut pas vouloir calmer trop rapidement les agités, et que le médecin doit savoir s'armer de patience et résister, non seulement a rémotion bien légitime de l'entourage, mais encore a ses propres inquiétudes.