‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 125 sur 283 · CAUSES DU DÉLIRE AIGU · texte numérisé non relu

CAUSES DU DÉLIRE AIGU

' Parmi les causes pouvant alors déterminer l'apparition du délire aigu, nous citerons en première ligne l'hérédité, dont l'inlluence est incontestable. Viennent ensuite les lésions physiques, dont on reconnaît souvent l'existence en recherchant les antécédents du sujet. On apprend, par exemple, que le malade a reçu un coup sur la tôte, qu'il a été frappé d'insolation, qu'ila étéatteintd'une fièvre typhoïde ou d'une autre affection dont les empreintes se retrouvent dans son organisme cérébral. Chez presque tous ces sujets, quelques lambeaux de l'intelligence ont été arrachés par une affection antérieure. Une autre cause, des plus fréquentes, c'est la misère, l'inanition, la privation des choses nécessaires à la vie; c'est la lutte pour l'existence soutenue dans de mauvaises conditions. On peut alors trouver des traces d'un affaiblissement général qui porte sur l'encéphale comme sur les autres parties de l'économie.

Chez d'autres enfin, il s'agit de causes morales, de chagrms prolongés. L'influence des excès de toute sorte est incontestable. Dans cet ordre d'idées, on peut citer les excès alcooliques, les excès vénériens et surtout les excès de travail intellectuel. On a vu des jeunes gens frappés de dehre aigu en préparant un cours ou un examen difficile Je vous signalerai de même les accouchements répétés pénibles, et revenant à des intervalles trop rapprochés; les terames peuvent alors tomber dans une faiblesse qui devient parfois la cause de l'état qui nous occupe. C'est une des raisons pour lesquelles tous les auteurs signalent la plus grande fréquence du délire aigu dans le sexe féminin.

G est dans ces conditions, c'est surtout chez des sujets dé à prépares déjà prédisposés, déjà invalides de corps et d sprit que les premiers symptômes de la maladie se mamfestent. Vous lirez dans tous les auteurs que le délire

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aigu peut éclater d'une façon soudaine; cela est vrai en apparence; mais toutes les fois qu'on peut obtenir des renseignements du malade ou le surprendre dans la période préparatoire, on constate l'existence de certains prodromes. Quoi qu'il en soit, admettons que le délire aigu puisse éclater d'une manière subite : il n'en est pas moins vrai que, dans la grande majorité des cas, il existe une période d'invasion.

Tout d'abord le champ de l'intelligence est envahi par une sorte de brouillard, de tristesse, d'inquiétude; les malades se plaignent surtout d'une grande difficulté de penser; le travail intellectuel est pour eux beaucoup plus pénible qu'il ne l'a jamais été.

A ces phénomènes vient se joindre une céphalalgie très vive; il semble aux malades que leur tête va éclater; ils croient avoir des bouillonnements dans le crâne. Ils ressentent des battements artériels violents et quelquefois sont

pris de vertiges.

Il est des sujets qui renchérissent en quelque sorte sur ces symptômes; ils éprouvent des troubles visuels, de l'amblyopie, ils cm enfin de la surdité.

Au milieu de ce désordre physique et moral, on voit se manifester de tristes pressentiments. Deux malades observés par Krafft-Ebing avaient eux-mêmes prévu qu'ils allaient succomber à des maladies cérébrales graves.

En même temps, on voit apparaître les premiers lû^ dices du délire proprement dit. Conservant un certain de-ré de connaissance et se rendant compte de son état, le malade s'observe, il diminue, il cache son délire, comme le font tant d'autres fous. 11 cherche la solitude, il parle tout seul, à voix basse ; c'est l'éternel monologue de 1 aUénation mentale qui commence. Il caresse déjà des concep

rnonnoMEs nu DiiLiRu: aigu. 307 tions délirantes, mais il conserve assez d'empire sur luimême pour les dissimuler à tous les regards. Souvent il continue à remplir ses fonctions habituelles, à s'acquitter de ses devoirs sociaux. Voilà pourquoi on est quelquefois très étonné de voir certains individus se lancer tout à coup dans un délire aussi violent qu'imprévu; mais, en prenant alors des renseignements auprès de leurs proches, on peut apprendre que déjà depuis longtemps ils offraient des signes de troubles intellectuels.

Trois grands phénomènes accompagnent presque toujours cette période. Le premier est le plus important, car il est rare de le voir manquer au début d'une folie quelconque : c'est l'insomnie. Les malades ne dorment pas, ou lorsqu'ils dorment, c'est d'une façon intermittente et pendant une courte durée de temps; le sommeil est entrecoupé par des rêves pénibles, et fréquemment les malades se lèvent la nuit pour se promener.

A côté de ce symptôme vient s'en placer un autre qui appartient au même ordre d'idées : c'est la perte de l'appétit, quelquefois même la répulsion pour les aliments, répulsion qui prendra plus tard un caractère plus manifeste.

Enfin un troisième phénomène qui pourrait être considéré comme le résultat des deux premiers, c'est l'amaigrissèment, la perte de poids, la déchéance des grandes fonctions de la vie végétative.

S'il existe une période prodromique si nettement carac térisée chez les malades qui ne sont pas atteints d'aliénation mentale, à plus forte raison cela s'ohserve-t-il chez les aliènes. Un maniaque agité devient de plus en plus agité, fie phis en plus maniaque, et c'est par une transition insensible qu'il va tomber dans un état de délire aigu. Un

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mélancolique va passer par des idées dépressives de pk en plus terrifiantes, et il versera un beau jour dans la tolie suraiguë.

Mais les prodromes sont terminés, le délire éclate. Ui agitation des plus intenses, un bouillonnement tumultueux des facultés intellectuelles en sont les caractères prmcipaux. Le sujet crie, saute, pousse des imprécations; .1 sf frappe la téle contre les murs ou l'enfonce dans ses oreillers 11 préseute dans ses discours l'incohérence la plus complète ; il lance des interjections, il profère des mots sans suite L'enchaînement dans les idées est te. '-i' - ? unesorted'aualogieportantsur la consonance des syllabes prononce des phrases rythmées, il déclame des vers e tL quelquefois des cris inarticulés. Les paroles sou, tlt^ées à chaque instant par des actes purement physiques; il souffle avec effort par la bouche ou parle nez, il crache, et ses crachats so.u purement salivaires

Il exisle cependant chez les sujets atteints e cette maladie des conceptions délirantes se rattachant souvent au Invenirsde la vie antérieure, au. travaux, aux ,c, « ont pu occuper le malade avant l'explosion de ^o" mai plus souvent encore elles paraissent le résultat d a u- Xationsquiviennentenquelquesortefourmrunpmntd p-

pnTmatériel aux désordres, aux perturbations e l espr .

Le plus souvent ces hallucinations sont ternfiante» c Umor universelle, les ténèbres. Les malades voient p rtouTdes ruisseau, de sang, du poison, le feu , les flamm^ rL c-ut en enfer, ^^"^

oerdu le sentiment de leur propre existence, d» s cuen Squetois : Je n'ai jamais existé, je ne suis pas dans le

"stst indispensable de constater la nature des troubles

PflÉNOMÈMiS PIlYSIQUEb l)V DÉLIRE AIGU. 309

psychologiques, il n'est pas moins nécessaire de s'attacher à l'étude des phénomènes physiques, qui exercent dans cette variété de délire une influence plus grande que partout ailleurs.

On a constaté souvent chez ces malades une accélération énorme du pouls (cent quarante pulsations). Ces faits ont été signalés par Abercrombie, par Galmeil et beaucoup d'autres auteurs; le pouls est en même temps petit, souvent irrégulier, facilement dépressible. On a quelquefois rencontré un phénomène inverse : le ralentissement du pouls; un médecin danois, Jensen, a observé un homme chez lequel le chiffre des pulsations tombait à cinquantesix. En outre, il existe des modifications de la température, qui est presque toujours élevée ; on a vu le thermomètre atteindre 41 degrés, et même dépasser ce chiffre.

A côté de ces phénomènes se présentent les troubles de lamotilité. On observe d'abord un état convulsif qui, dans ses manifestations les moins violentes, paraît se rattacher à un état intellectuel, mais qui devient bientôt plus intense. Le malade s'agite; souvent on observe des grimaces des gnncements de dents, des crampes, des troubles convûlsifs de toute espèce. Quand ces phénomènes acquièrent une intensité plus remarquable, on croit voir se produire de véritables décharges électriques.

Souvent, à côté de ces manifestations morbides, on voit développer un embarras de. la parole qui semble quelqi'efois résulter de la sécheresse de la bouche, mais qui, |lans 1 immense majorité des cas, sefrelie directement à ' état cérébral.

Un des faits les plus remarquables que nous présente le dfe aigu, c'est l'exagération des réflexes. On a vu se pro- ^""e chez, certains malades qu'on essayait d'alimenter

DES l'OUMIiS DU D1SLIK15.

parla aondeœsophagienne.de véritables conyolsions, quel- ■ quetois suivies de mort. En m6me temps .1 se manifeste d'autres phénomènes du même ordre; il y a une exagération évidente de la sensibilité, qui porte h la lo,s sur la seneibililé tactile et sur les sens spéciaux.

On eonstate aussi, dans beaucoup de cas, des paralysies du mouvement, qui portent tantôt sur les muscles du pharvnx (déglutition), tantôt sur le voile du palats (nasonnerient , tantôt enfin sur rarticulation des sons; nous reviendrons tout à l'heure sur ce dernier pomt

Si nous examinons les fonctions de la vie végétât, non y trouvons des désordres de même nature C e. beaucoup de ces malades on voit apparaître de a s.tophob e so t parce que des hallucinations terr.fiantes eu titrent des objets repoussants, suit parce qu tls ont la crainte de trouver des mets empoisonnés.

r.hez certains d'entre eux, cette répulsion e»t beaucoup , ?nr„notcée pour les aliments liquides que pour les plus P'»»"™; P°;^ ,é,itable hydrophobie,

al ments solides c est alors u.io Jiffi„„nii>r •

Cependant certains caractères permettent de la différencie de 'hydrophobie ordinaire ; on ne voit point se prodmrei i . .s ac idents spasmodiques qui, chez les enrages, so d^ A . L noi nts brillants ou le contact des liquides. r:::^ins: Uér:: erte complète de rappétlt et . un am grissement très prononcé, qui, en ^ues jour. u. rTnsformer complètement la physionomie d" malad • s a vie se prolonge assez longtemps, car la mort peu

celle de la Dèvre typhoïde. On ^mt I excita

être remplacée par de la somnolence ; on voit ce d

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