INFLUENCE DES PROFESSIONS
saurait en être ainsi dans les pays civilisés, où l'immense diversité des occupations exclut toute possibilité d'une classification rationnelle. Jetez les yeux sur le tableau des patentes, tel que le publie le Journal officiel, et vous serez écrasés par l'immensité de ce document, et surtout par les renseignements complètement imprévus qu'il renferme. A chaque ligne, on voit surgir des professions absolument inattendues et dont l'existence est pour nous une révélation. Contentons-nous donc de signaler quelques résultats généraux.
Dans tous les pays du monde, une place d'honneur est réservée aux militaires dans les fastes de l'aliénation mentale. La statistique anglaise accorde le premier rang à ceux qui sont occupés à la défense du pays, soit comme militaires, soit comme marins. En France et en Allemagne, sans être aussi considérable, la proportion est extrêmement forte. On s'explique ce résultat chez les hommes par la nostalgie, par les fatigues excessives alternant avec des périodes d'oisiveté, par l'alcoolisme, par l'insuffisance de la nourriture, enfin, par la syphilis ; car, comme le 'dit Voltaire, quand deux armées de trente mille hommes se rencontrent, il y a quarante mille vérolés sur le champ de bataille.
Chez les officiers, on peut invoquer les excès de tous genres, les travaux intellectuels, quelquefois très sévères les climats malsains qu'il a fallu supporter, la vie de garnison, les maladies qu'il a fallu souvent négliger, enfin le défaut d'avancement, source d'irritation et d'énervement clont on ne saurait exagérer la portée. Ces causes agissent avec bien plus d'intensité pendant la guerre qu'en temps de paix. Aux fatigues excessives, aux marches forcées, vient se joindre la privation de nourriture et de sommeil, sou-
388 DlîS CAUSES DE lA FOLIE.
vent accompagnée d'excès alcooliques. Il faut y joindre la ^ douleur de perdre ses amis et ses camarades, les angoisses patriotiques et l'affaissement de la captivité.
Souvent, sans folie positive, il existe chez les vieux guerriers une grande irritabilité nerveuse, qui leur rend le caractère extrêmement difficile.
Quand l'aliénation mentale éclate chez les militaires, elle affecte de préférence deux formes particulières : d'abord la paralysie générale, très fréquente dans les rangs de 1 armée, ensuite l'impulsion au suicide, qui sévit quelquefois d une manière épidémique dans certains régiments.
Passons maintenant aux professions dites libérales. On rencontre assez souvent la folie chez les ecclésiastiques, m'ais elle est infiniment plus fréquente chez les hommes de loi, et, d'après les statistiques anglaises, le barreau fournit deux fois plus d'aliénés que la chaire.
C'est à peine si j'ose vous signaler une prépondérance fâcheuse au sujet de notre profession, mais il est inconlestable que les médecins sont extrêmement prédisposes a l'aliénation mentale ; et parmi les médecins, les plus exposés, dit-on, ce sont les aliénistes. On invoque a cet égard le ontact journalier des aliénés. C'est là une cause d ordre banal, qui peut agir sans doute sur des intelligences prédisposées, mais qui ne saurait entamer les esprits fermement assis et carrés par la base.
Ajoutons enfin qu'on rencontre beaucoup de fous paimi les acteurs, les artistes, les journalistes et les hommes poli-
"^Mais, dans tous les cas que nous venons d'indiquer, on peut incriminer le travail excessif de l'intelligence ; i n ea est pas de même chez les sujets qui exercent une piofes n manuelle. Dans cette classe de la société, le premier