DIAGNOSTIC DES IDÉES DE PEUSÉCUTION. S
influencé par les circonstances extérieures, qui le modifient sans cesse Un incident trivial peut détourner l'alcoolique de la voie qu'il poursuit et le lancer sur une autre piste; le persécuté, plus tenace dans ses idées, se préoccupe peu du monde extérieur et suit obstinément la ligne qu'il s'est choisie.
Le délire des alcooliques est un rêve, disait Lasègue ; on pourrait dire que le délire des persécutés est un plai- .doyer perpétuel, un abus incessant de l'ai'gumentation et de la logique.
Par une conséquence toute naturelle de cet état, l'alcoolique est impulsif; il passe avec la plus grande facilité de l'idée à l'action. Le persécuté, au contraire, médite ses coups, et ne manifeste ses tendances agressives qu'après avoir longuement prémédité son acte.
Dans les moments les plus violents, l'alcoolique frappe sous l'influence de la colère ou de la peur; il est cruel, comme tous les poltrons. Le persécuté, au contraire, laisse mûrir son indignation, et frappe à la fin, parce qu'il est décidé à se venger. Ses actes sont réfléchis; ils ne sont presque jamais spontanés.
Tel est l'état général de ces deux intelligences malades. Signalons maintenant quelques points de détail.
Le délire alcoolique est un délire nocturne ; les accès d'agitation surviennent souvent après une nuit d'agitation et de malaise.
Le persécuté, au contraire, dort habituellement bien, sauf pendant les périodes d'excitation, où le sommeil l'abandonne, comme les autres aliénés.
L'alcoolique perd la mémoire ; il tend à devenir de plus en plus amnésique. Le persécuté présente, au contraire, une sorte d'hypertrophie de cette faculté.
528 DÉMIUÎS SYSTIÎMATISÉS.
Enfin, les hallucinations de la vue, si fréquentes chez les alcooliques, sont remplacées, en quelque sorte, par celles de l'ouïe chez les persécutés. Quand ces derniers présentent des hallucinations de la vue, c'est qu'ils s'alcoolisent, ou se sont alcoolisés.
Voyons maintenant quel est, chez ces deux malades, l'œuvre du temps.
Séquestré, l'alcoolique tend à guérir par l'effet d'une sobriété forcée ; son délire tend à s'effacer. Séquestré, le persécuté peut se calmer, sans doute ; mais il n'abdique jamais ses convictions. Le feu couve sous la cendre, prêt à se rallumer à la première occasion.
Libre, l'alcoolique s'abrutit de plus en plus, perd la mémoire et tombe dans l'affaissement plus ou moins complet de'l'intelligence. Libre, le persécuté conserve son activité, sa fougue et sa verdeur intellectuelle, et s'en sert trop souvent pour persécuter les autres.
Enfin, les deux délires peuvent se combiner et il en résulte un type hybride qui a été souvent décrit, et qu'il me paraît inutile d'analyser ici.
II. Les paralytiques persécutés appartiennent surtout à la forme dépressive, hypocondriaque et mélancolique de la maladie. Comme les vrais persécutés, ils ont des hallucinations de l'ouïe; mais leur état mental s'écarte absolument du délire systématisé. Le défaut de logique, la faiblesse des conceptions frappent l'observateur à chaque instant; rien ne se tient debout dans leurs récits; enfin, leur bienveillance puérile, opposée à la bienveillance habituelle des persécutés, vient achever le contraste.
m. Dans l'affaiblissement sénile de l'intelligence, les idées de persécution sont souvent le fruit naturel de l'amoindrissement de l'individu. Le vieillard s'atrophie au