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DE LA KOLIE HYSTÉRIQUE

part des cas, par des femmes plus ou moins hysloriqiies. Nous parlons, bien entendu, de ces vols sans importance qui ne peuvent rapporter aucun profit sérieux aux coupables et qui seraient absolument dédaignés par les artistes de profession. Morel raconte l'histoire d'une dame, fille d'une hystérique, hystérique elle-même, qui prenait plaisir à voler de menus objets pour les cacher dans les effets de ses servantes, qu'elle accusait ensuite de ces petits larcins. Nous voyons ici reparaître celte tendance aux dénonciations calomnieuses dont nous avons déjà parlé.

Cette déplorable tendance à la calomnie peut atteindre, chez les hystériques, les proportions du crime et les faire verser par conséquent dans la folie. L'une des accusations les,plus fréquemment proférées est celle du viol. Cette imputation, qui revient si souvent chez nos aliénées, acquiert une gravité exceptionnelle en raison de l'infernale habileté avec laquelle certaines hystériques savent donner une couleur spécieuse à leurs accusations. Des procès criminels en ont été souvent la conséquence. L'un des faits les plus célèbres de ce genre est celui d'une jeune fille de dix-huit ans qui portait ses accusations de préférence contre les prêtres. Elle alla jusqu'à se donner des coups de poignard, pour prétendre ensuite que, pendant une syncope occasionnée par ses blessures, elle avait été violée par un abbé, qui fut traduit en cour d'assises. Une expertise ordonnée par le tribunal démontra qu'elle était vierge.

La Société médico-psychologique de Paris a eu l'honneur d'intervenir dans l'un des cas les plus scandaleux de cette espèce. Une dame espagnole, âgée de quarante ans, qui, depuis longtemps, tenait des propos étranges et se livrait à des actes insensés, fut enfermée dans une maison d'aliénés, à Barcelone, après des tentatives répétées de suicide.

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Elle parvînt h. intenter un procès à son mari, à ses deux beaux-frères et aux trois médecins qui l'avaient soignée. Accusés de séquestration arbitraire, ils furent conrlamnés à vingt ans de galères. Consultée par les défenseurs, la Société médico-psychologique de Paris envoya en Espagne une commission dont faisait partie notre collègue Legrand du Saulle. L'intervention de nouveaux experts démontra l'innocence des accusés et fit casser la sentence qui les avait injustement condamnés.

L'histoire a enregistré des 'événements de ce genre dont l'issue a été bien autrement tragique. C'étaient des hystériques que ces religieuses de Loudun qui firent condamner Urbain Grandier; c'étaient aussi des hystériques que ces uvsulines de Provence qui firent périr le curé Gaufridi. Poussée à ce degré, la fureur de la calomnie devient évidemment du délire et relève de l'aliénation mentale.

Mais, à côté des impulsions morbides, il existe aussi de véritables accès de délire ; ils peuvent se produire pendant les attaques convulsives, et tous les observateurs en ont été témoins. Briquet compare ce délire à celui du chloroforme. Moreau le rapproche des effets du haschisch. Les malades, sous l'empire de l'accès, sont bruyantes, agitées, loquaces ; mais, en général, on n'observe point d'incohérence dans leurs discours. Il s'agit d'un rêve traversé d'hallucinations et qui se rapporte surtout à leurs habitudes ordinaires. La crise terminée, la raison revient.

Le délire peut éclater aussi dans l'intervalle des accès ; il semble alors remplacer les accidents convulsifs. Une impression vive, une frayeur, une sensation pénible, peuvent en déterminer l'explosion. Ce délire peut durer quelques jours ou quelques heures, mais il est essentiellement passager.

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Le délire permanent des hystériques se développe ordinairement d'une manière lente et suit une progression régulièrement ascendante. Aux excentricités habituelles du caractère hystérique succèdent peu à peu des conceptions délirantes, traversées d'hallucinations delà vue et de l'ouïe. Le délire s'organise, et la folie peut alors se manifester sous toutes les formes ; mais la plus commune de toutes, c'est la manie. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, la lypémanie avec stupeur, l'hypocondrie; enfin, les idées fixes.

Voyons maintenant quels sont les caractères spéciaux qui appartiennent en propre à la folie hystérique.

Nous avons déjà signalé la perte de la mémoire. Chez les sujets qui sortent d'une crise, tout souvenir des faits qui viennent de se passer paraît être aboli, et, loin de ressembler à ces vésaniques réguliers qui, revenus à la raison, conservent la notion des idées fausses qui les ont tourmentés, les hystériques semblent avoir passé l'éponge sur leurs divagations, qui n'ont laissé aucune trace dans leur esprit.

Les hystériques ont souvent, en plein accès de délire, une conscience plus ou moins complète de leur état, et, au plus fort d'une crise, il suffit quelquefois de leur adresser une parole à propos pour les ramener au sentiment de la réalité, bien différentes en cela des épileptiques, qui sont évidemment dominées à un degré bien supérieur par la maladie qui les a frappés.

Quand les accès de délire sont passagers, leur début est ordinairement brusque; leur cessation est brusque aussi. La malade, à la fin de l'accès, semble sortir d'un rêve, et c'est ce qui rapproche ces accidents psychologiques de l'état de somnambulisme qui se produit si souvent chez les hystériques, sans cependant leur appartenir d'une manière exclusive. Enfin, dans toutes les formes de la folie hysto-

rique, les idées de suicide exercent une prépondérance singulière. Gomme le fait très justement observer Moreau (de Tours), ciiez les fous ordinaires, ces idées de destruction ont un caractère logique et se rattachent à une sorte d'ensemble de conceptions délirantes ; chez les hystériques, c'est une pure fantaisie. Une malade, en passant sur les quais, voit couler la Seine et veut immédiatement se noyer, c Je ne voulais pas mourir, disait-elle, et cependant j'avais une terrible envie de me jeter à l'eau. »

Une autre malade, qui rit et plaisante sans discontinuer avec ses voisines, s'interrompt sans cesse pour répéter : « Je veux mourir ; faites-moi donc mourir. »

On retrouve ici le caractère de puérilité, de frivolité, d'absence de volonté, qui sont le véritable pivot de tous les désordres intellectuels dans l'hystérie.

S'il est vrai qu'au point de vue psychologique, la folie des hystériques a des caractères particuliers, il serait cependant difficile de formuler un diagnostic précis sans l'intervention des crises convulsives qui impriment à la maladie son véritable cachet. Il est donc intéressant d'étudier les rapports qui existent entre les crises d'hystérie et les accès de délire. Ceux-ci peuvent se produire avant l'attaque convulsive, pendant l'attaque ou après l'attaque, et c'est là peut-être le cas le plus fréquent. Souvent aussi, nous l'avons vu, la folie remplace l'accès et les convulsions se transforment en délire.

Enfin, comme pour toutes les névroses, quand les accidents ont cessé pendant longtemps, ils éclatent un beau jour avec plus d'intensité que jamais. Une hystérique aliénée qui, pendant un long espace de temps, sera restée calme et normale en apparence, aura tout ù coup un accès de délire

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