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TRENTE-TROISIÈME LEÇON

DE L'ÉTAT MENTAL DANS L'HYSTÉRIE, LA GHORÉE, ET QUELQUES AUTRES NÉVROSES.

Sommaire. — Bizarrerie des hystériques. — Mobilité du caractère. — Désordres de la sensibilité. — Esprit de contradiction. — Irritabilité.

— Rapidité des impulsions et des actes. — Affaiblissement de la volonté

— Goût inné pour la tromperie. — État du sens génital. — Affaiblissement des facultés intellectuelles. — Impulsions irrésistibles. — Penchant au suicide. — Impulsion au vol. — Tendance à la calomnie. — Accès de délire. — Folie hystérique. — Ses caractères. — Pronostic.

— Traitement,

Etat mental des choréiques. — Changements de caractère. — Enfants insupportables. — Affaiblissement de l'attention et de la mémoire. — Amoindrissement de l'acuité intellectuelle. — Fréquence de la chorée chez les idiots. — IVIanque d'équilibre des facultés intellectuelles. — Hallucinations. — Délire de la phonation. — Folie choréique. — Trois formes principales. — Délire incohérent avec excitation maniaque. — Manie choréique. — Mélancolie. — Pronostic. — Traitement.

État mental dans le goitre exophtalmique.

État mental dans la paralysie agitante.

Messieurs,

Les névroses convulsives, qui couvrent une si vaste étendue en pathologie, ont des rapports incontestables avec l'aliénation mentale. L'hystérie, l'épilepsie, la chorée, la paralysie agitante, se compliquent plus ou moins souvent de troubles intellectuels qui peuvent aller jusqu'à la folie. L'étude de l'état mental dans ces grandes névropathies mériterait d'occuper notre attention pendant une année tout entière. Nous avons déjà décrit la folie épileptique. Obligé, par les nécessités de l'enseignement, de condenser

C3H des folies NÈvnopAtniQUËs.

nos idées, nous nous contenterons maintenant d'étudier tour à tour l'état mental des hystériques, des choréiques • et de quelques autres névropathes, en nous attachant aux grandes lignes de la question et en laissant de côté les innombrables détails qu'elle comporte.

C'est l'état mental des hystériques qui doit nous occuper aujourd'hui, et je laisse de côté, les supposant connues, les grandes manifestations physiques de cette maladie. En dehors des troubles somatiques si variés et si divers auxquels elle peut donner lieu et qui semblent embrasser toute la pathologie, il est, tous les observateurs le reconnaissent, des phénomènes d'ordre psychique, qui jouent un rôle capital parmi les caractères de cette grande névrose et qui, poussés au dernier terme, peuvent aboutir soit au crime, soit à la folie.

Vous connaissez tous, au moins de réputation, cette bizarrerie fantasque, indéchiffrable et capricieuse, qui constitue le fond môme du caractère hystérique ; vous avez tous entendu parler de ces femmes (si vous ne les avez pas connues) qui font le désespoir de leur entourage par leurs excentricités, et dont le caractère, comme disent nos bons paysans, change plus sauvent que le temps.

C'est qu'en effet la mobilité est le premier et le principal élément du caractère hystérique. Passant alternativement de l'exaltation à la dépression, des larmes au sourire, ces malades s'enthousiasment violemment pour une personne, un objet, une idée , puis, un instant après, se précipitant d'un extrême à l'autre, elles n'ont pour l'objet de leur culte que de la froideur, de l'indifférence ou de l'aversion. Aussi ne doit-on jamais les contredire, ne jamais les heurter de front, ne jamais discuter avec elles; il suffit d'attendre; au

ÉTAT MENTAL DES IlYSTÉRiaUES. O-l»

bout d'un quart d'heure, on voit changer complètement la pente do leur esprit.

Leur sensibilité n'est pas moins affolée que leur jugement. Stoïques devant les plus grands malheurs, elles s'emportent sous riufluence des plus minces contrariétés jusqu'à éprouver des crises nerveuses d'une extrême violence.

Par un contraste frappant avec la mobilité de leurs idées, ces malades sont animées d'un esprit exagéré de contradiction et d'un goût singulier pour la controverse. Elles prennent constamment le contre-pied de ce qu'on leur dit. Mais, par contre, elles ont au plus haut degré l'esprit d'imitation. On connaît les épidémies convulsives qui se développent si souvent chez les hystériques 5 mais le délire n'est pas moins contagieux, et c'est surtout chez ces malades que l'on voit éclater ces idées folles qui, comme une traînée de poudre, parcourent une localité tout entière. Les hystériques ne sont jamais indifférentes pour leurs congénères ; elles s'attirent ou se repoussent ; elles s'adorent ou se détestent.

Lorsque, dans un service d'hôpital, au moment de la visite, il se déclare une crise d'hystérie, des quatre coins de la salle vous voyez accourir cinq ou six malades, toujours les mêmes, qui s'empressent autour de la patiente ; ce sont les hystériques du service, qui ne sauraient laisser passer un accès sans s'en être mêlées ; et tandis que les autres malades de la salle manifestent de l'indifférence ou de l'ennui, les hystériques suivent avec un intérêt palpitant tous les détails de la crise, quitte à donner elles-mêmes, un instant après, le spectacle d'une attaque.

Il est fort naturel de supposer que cet empressement part d'un bon naturel, mais au fond il n'en est rien ; il s'agit d'un mouvement de curiosité ou plutôt de l'attrait

que ces malades exercent les unes sur les autres, car au fond rien n'est plus égoïste que le caractère d'une hysté- , rique; constamment occupée à se plaindre, toujours disposée à gémir sur son propre sort, elle semble convaincue que tout dans l'univers doit converger vers elle.

Ajoutons, enfin, que rien n'est plus frappant chez ces malades que la rapidité, la soudaineté des impulsions et des actes. La cause la plus futile, la moindre contrariété, les refus opposés à un caprice passager, quelquefois des motifs plus frivoles encore, provoquent des explosions subites de colère souvent portées jusqu'à la fureur et accompagnées de violence. Il semblerait, pour parler le langage de certains métaphysiciens, que la sensation se transforme brusquement en idée, et l'idée en acte. C'est un réflexe, mais un réflexe moral.

Tous ces désordres de l'esprit peuvent se résumer en un seul mot : faibles^se. C'est, en effet, l'affaiblissement de la Yolonté qui est la clef de ces phénomènes singuliers ; avec une ferme volonté, on résiste à ces impulsions. L'hystérique n'y résiste pas, et c'est le secret de son extrême mobilité.

Mais, nous dira-t-on, le caractère hystérique, tel que vous le décrivez, n'est que l'exagération du tempérament féminin. Chez la femme à l'état normal, nous retrouvons, à un moindre degré, toutes les perturbations que vous venez de décrire.

Sans doute, il existe un rapprochement qui s'impose entre le caractère hystérique et le tempérament féminin. Mais notons en passant que, dans les cas d'hystérie, chez l'homme, ces troubles moraux sont encore plus accentués, s'il est pôssible, ce qui prouve bien qu'il s'agit là d'une perturbation intimement liée à la maladie et totalement indépendante du sexe de l'individu. Mais il est un fait plus

lî-fAÏ MlîNT.VI. mes IlYSTlîniftUlîS. ()4l

grave qui constitue au profit de l'hystérie un trouble psychologique vraiment caractéristique. Nous voulons parler de ce goût inné pour la tromperie, qui dépasse la portée ordinaire de la duplicité et du mensonge. Pour ce qui touche aux symptômes de leur maladie, aux excentricités qui peuvent la caractériser, les malades, on le sait, sont toujours portées à l'exagération. Rien de plus dangereux, au point de vue scientifique, que de prendre pour des-faits réels toutes les mystifications dont sont capables ces personnes, et c'est un écueil que n'ont point toujours évité les observateurs les plus justement célèbres. Mon maître, Moreau (de Tours), m'a souvent raconté que, pendant les premiers temps de son service à la Salpêtrière, il avait eu l'idée d'expérimenter les effets du haschisch sur les hystériques de son service, et qu'il avait obtenu les résultats les plus merveilleux. Mais tout à coup, saisi d'un scrupule bien légitime, il substitua des boulettes de mie de pain aux pilules qu'il avait précédemment administrées, et il eut la mortification de voir se reproduire les mêmes symptômes avec une intensité toujours croissante. C'est ainsi que les phénomènes les plus étranges observés chez ces malades peuvent n'être que le fruit d'une simulation plus ou moins habile.

Choisissons un fait entre mille. Une jeune hystérique, qui n'urinait presque pas, vomissait de temps en temps des flots d'un liquide qui présentait tous les caractères physiques et chimiques de la sécrétion urinaire. On était arrivé à croire à un véritable transfert de la sécrétion rénale sur les parois de l'estomac, lorsqu'une surveillance plus attentive fit découvrir la ruse de la malade; elle avalait ses urines presque immédiatement après les avoir rendues. Que penser après de telles désillusions des faits merveil-

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leiix dont tous les recueils scientifiques nous olfrent le récit?

La môme duplicité qui s'observe chez ces malades se rencontre dans les rapports ordinaires de la vie, en dehors de toute question relative aux symptômes de leur mal. Ce sont des accusations mensongères contre leur entourage ; ce sont des récits absolument imaginaires, mais assez bien construits pour paraître plausibles au premier abord. Enfin, comme l'a si bien fait observer Lasègue, il est des hystériques chez qui le besoin de tromper s'exalte jusqu'au délire. Elles mentent absolument pour le plaisir de mentir.

Un autre penchant qu'on reproche assez -volontiers aux hystériques, c'est l'érotisme, soit au point de vue sensuel, soit au point de vue moral. Les anciens ont beaucoup exagéré l'intensité de cette tendance, qui, pour le vulgaire, est devenue synonyme du mot hystérie; les modernes, et surtout Moreau (de Tours), ont montré combien cette imputation formulée d'une manière aussi sibsolue était mal fondée.

11 est incontestable que, chez beaucoup d'hystériques, il existe une aversion absolue pour les rapports sexuels; chez d'autres, il existe une sorte d'érotomanie platonique s'appuyant plutôt sur l'imagination que sur les sens, et qui les prédispose à devenir amoureuses des hommes qui les entourent. Enfin, chez quelques-unes d'entre elles, on rencontre une véritable excitation sexuelle ; mais c'est là bien plutôt l'exception que la règle. Ce qu'il faut surtout retenir ici, c'est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'extrême faiblesse de la volonté qui les livre sans défense à toutes les irrégularités du caprice. A l'état normal, quand la passion parle, la pudeur, l'éducation, les principes, fournissent un point d'appui utile à la résistance. Chez les hys-

ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES. b*^

tériques, il n'en est rien. Dénuées de tout ressort, elles succombent à la première impulsion des sens.

Au reste, presque toutes les malades de cette espèce sont vaniteuses et coquettes, préoccupées de leur personne et désirant toujours attirer l'attention. C'est là une tendance qui peut souvent se confondre en apparence avecl'érotisme et qui peut, dans une certaine mesure, en imposer à des observateurs peu habitués aux distinctions délicates et quelquefois subtiles de la psychologie morbide.

Les facultés inteUectuelles sont conservées en apparence chez les hystériques, mais elles sont alTaibhes en réalité. Souvent il arrive que leur conversation, pleine d'abandon et remplie d'un certain charme, les fait passer pour spirituelles et laisse supposer une certaine exaltation de l'intelligence; mais, si nous allons au fond des choses, nous constatons un affaiblissement de la mémoire qui peut aller très loin, une frivoUté extrême qui porte ces malades à s'intéresser aux plus petits sujets et à négliger les affaires les plus importantes; enfin, et surtout, un manque d'attention qui les empêche de suivre un raisonnement, de résoudre une difficulté et de s'attacher à un travail quelconque. Ce vice capital est la marque évidente d'une déchéance intellectuelle et d'un amoindrissement des forces vives de l'esprit.

Tous les accidents que nous venons de signaler redoublent d'intensité aux époques menstruelles, et c'est surtout alors qu'on voit apparaître le caractère hystérique sous ses véritables couleurs.

Toutes les perturbations psychologiques dont nous venons de parler restent en deçà de la frontière qui sépare la raison du délire. C'est avec les impulsions irrésistibles que la véritable folie apparaît tout d'abord.

Les hystériques ont un penchant prononcé au suicide.

044 tiMS POLIES NliVnOPATlJlQÛES.

Tuke et Bucknill rapportent Tobservalion d'une jeune Anglaise qui s'est suicidée à l'âge de onze ans ; elle appartenait à une famille de trois sœurs, toutes hystériques, et qui, toutes, ont fini par le suicide. Cette prédisposition morbide se rencontre souvent chez tous les membres d'une môme famille ; mais, pour ne considérer que les cas individuels, presque toujours l'hystérie joue un rôle prépondérant chez les jeunes filles qui, pour les motifs souvent les plus futiles, mettent fin à leurs jours. Ce qui est plus fréquent encore, c'est la simulation du suicide ; c'est ici que se placent ces empoisonnements fictifs, oii le laudanum joue un si grand rôle ; ces coups de pistolet qu'on se tire, mais en ayant soin de ne pas^se toucher, et les autres tentatives avortées qui n'pnt d'autre but que de faire plaindre la victime et d'attirer des désagréments à son mari ou à ses proches. Il ne faut cependant pas oublier que, pour simuler le suicide, il faut être déjà sur la pente d'un état morbide qui peut conduire à des tentatives plus sérieuses et qui seront suivies d'effet. Ce n'est là, pour ainsi dire, que le premier anneau de la chaîne.

L'homicide est très rare chez les hystériques, mais il en existe quelques exemples bien avérés. Moreau rapporte l'observation d'une femme qui, saisie d'une impulsion subite, voulait étrangler une de ses compagnes, et qui était sur le point d'y réussir, lorsque, subitement, elle fut prise d'un violent accès qui termina la crise.

L'impulsion au vol est, au contraire, très fréquente. On voit, en pareil cas, des femmes du grand monde commettre des vols insignifiants, sans aucune valeur, et se laisser surprendre, faute des précautions les plus élémentaires. A chaque instant, dans les grands magasins, des actes de ce genre sont constatés et punis ; ils sont commis, dans la plu-

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