‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 207 sur 283 · PHTISIE CHEZ LES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

PHTISIE CHEZ LES ALIÉNÉS

indiquerons à l'appui de cette thèse sont au nombre de trois :

1° Chez plusieurs sujets, les doux affections suivent une marche parallèle. La tuberculisation se développe chez l'aliéné et suit son cours, pendant que l'évolution de la maladie mentale s'accomplit. Souvent aussi la phtisie est latente chez les aliénés, et, comme le fait observer Hagen, ils offrent souvent cette forme spéciale de la maladie à laquelle les Anglais ont donné le nom de florid consuinption, et dans laquelle l'aspect extérieur du malade et la coloration du visage offrent un contraste frappant avec les renseignements fournis par l'auscultation. On peut rapprocher de ce fait les violentes hémoptysies dont Schrôder Van der Kolk a signalé l'existence chez des aliénés qui ne présentaient aucun signe d'une maladie de poitrine. Quelquefois même les deux affections, s'entraînant mutuellement pour ainsi dire, suivront une marche beaucoup plus rapide. Dans les cas oii l'on voit éclater simultanément les deux états morbides, la mélancolie peut imprimer à la tuberculose une évolution précipitée et la transformer en phtisie galopante. Les auteurs anglais en ont cité d'assez nombreux exemples.

2° La phtisie et la folie peuvent obéir à la loi d'alternance et se remplacer mutuellement.

U n'est point rare de voir un aliéné, après la guérison de sa maladie mentale, offrir tout à coup des symptômes de tuberculose, qui s'arrêtent, si la folie reparaît, et qui suivent leur cours ordinaire, si la raison maintient son empire.

Dans un cas observé par Schrôder Van der Kolk, un 'jeune homme, après avoir passé trois ans en état de stuipeur, parvint à une guérison assez complète pour pouvoir

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se marier ; mais, peu de jours après, il fut pris d'une violente hémoptysie et mourut poitrinaire un an plus tard.' La sœur de ce jeune homme eut un accès de manie dont elle guérit ; mais, peu de temps après, elle mourut aussi d'une phtisie pulmonaire.

Le cas contraire peut également être observé. L'affection pulmonaire se développe et semble destinée à suivre son évolution habituelle, lorsque tout à coup le déUre éclate, et, à partir de ce moment, les signes physiques et les symptômes rationnels de la phtisie disparaissent, et la santé générale semble s'affermir.

J'ai donné des soins à la femme d'un honorable praticien de Paris, qui présentait, de la manière la plus évidpte, les signes d'une tuberculisation déjà fort avancée au sommet du poumon gauche. Contrairement à notre attente, cette maladie parut rétrograder, les signes physiques s'amendèrent, et la santé générale devint excellente; mais en même temps on vit se dessiner un caractère vraiment atroce. Persécuté sans trêve par sa femme qui l'accusait bien à tort de commettre des écarts que les habitudes laborieuses de sa vie rendaient impossibles, le malheureux médecin se vit soupçonné, surveillé, vilipendé. On faisait des visites à ses clients pour l'accuser de torts absolument imaginaires ; on lui tendait des pièges ; on l'obligeait à se lever au milieu de la nuit pour courir chez des clients qui ne l'avaient point demandé ; on brûlait ses papiers, on déchirait ses factures, on cherchait par tous les moyens à lui' nuire. On en vint enfin à l'accuser formellement d'une tentative d'empoisonnement. Le pauvre mari, qui, depuis longtemps, regrettait d'avoir guéri sa femme, se vit réduit à la misère et finit par mourir de fatigue et de chagrin. Sa femme vit encore et jouit, au point de vue physique, d'une

DE \A FOI.IR CAm LES PHTISIQUES. "UJ

excellente santé; son état psychologique est toujours le môme, et l'un de ses flls a été enfermé dans un asile d'aliénés.

Il s'agit évidemment ici d'un cas de folie lucide, développé à la suite d'une phtisie guérie et paraissant en quelque sorte se substituer à la maladie primitive et usurper sa place. Les faits de ce genre ne sont pas exceptionnels, et Skae, dont je vous ai déjà cité les travaux, prétend que, dans des cas bien avérés de folie tîiberculeuse , il n'est point rare de voir alterner plusieurs fois de suite les deux affections. C'est ainsi qu'une hémoptysie survenant brusquement au cours d'une maladie mentale ferait cesser pendant un certain espace de temps les troubles intellectuels.

Ces oscillations morbides ne sont point le privilège exclusif des deux maladies dont nous venons de parler. Elles peuvent également se montrer dans le cours de certaines affections voisines, soit de la phtisie, soit de la folie. Schrôder Van der Kolk a vu guérir un cas de démonomanie chronique à la suite d'une phtisie laryngée, dont les progrès finirent par emporter le malade. Guislain rapporte un cas des plus remarquables dans lequel un accès de mélancolie profonde, avec mutisme obstiné, fut provoqué chez une femme par une frayeur subite. Quatre ans plus tard, elle fut prise d'une bronchite, et la mélancolie disparut ; mais la bronchite une fois guérie, la mélancolie revint, et ces alternances morbides continuèrent à se produire à plusieurs reprises différentes.

• J'avais, dans mon service à l'hôpital Laënnec, une jeune femme atteinte d'épilepsie depuis quatre ans. A la suite d'un traitement approprié, les attaques se sont d'abord éloignées, puis ont fini par disparaître, mais en môme temps des signes évidents de tuberculisation se sont mani-

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festés. Depuis quelques mois, l'état pulmonaire s'est nota> bleraent amendé ; mais les accès d'épilepsie sont revenus et le caractère de la malade est devenu tellement insuppor table, qu'il a fallu la renvoyer de l'hôpital.

Il est à peine nécessaire d'insister sur l'importance de ces faits; c'est le propre des diathèses, c'est Je propre des maladies générales de se porter successivement sur divers points et de menacer tour à tour des régions fort éloignées de l'économie. La goutte remonte à l'estomac quand elle abandonne les articulations, et l'on sait que, chez un goutteux, l'un des meilleurs moyens de faire cesser une migraine habituelle^ un état d'affaissement cérébral, c'est de ramener la fluxion vers les jointures. C'est là, messieurs, de la vieille médecine, comme on dit aujourd'hui ; mais cette vieille médecine, fondée sur l'observation clinique, loin d'être en contradiction avec la science moderne, puise une force nouvelle dans les connaissances plus étendues que nous possédons aujourd'hui.

3° L'hérédité morbide, envisagée non seulement chez l'individu, mais dans sa famille, vient nous prêter un nouvel appui. On rencontre assez souvent la phtisie chez les parents ou les descendants des aliénés, et l'on peut alors invoquer la transmission directe ; mais il est peut-être plus fréquent de rencontrer cette association morbide chez les collatéraux, et la preuve n'en est que plus frappante et plus irrésistible. Dans une seule et même famille, Schrôder Van der Kolk a vu plusieurs frères et sœurs devenir aliénés, tandis que les autres mouraient poitrinaires. Je retrouve dans mes souvenirs personnels de nombreux faits de ce genre.

Nous avons en ce moment à la Clinique une femme atteinte de paralysie générale, qui fait partie d'une fa-

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