‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 208 sur 283 · IIÉKÉDITÉ MORBIDE ! PHTISIE ET FOLIE · texte numérisé non relu

IIÉKÉDITÉ MORBIDE ! PHTISIE ET FOLIE

mille de treize enfants. Sur ce nombre, quatre sont morts phtisiques, cinq ont succombé h la méningite ou sont morts de convulsions en bas âge, deux ont été emportés par la variole ; il n'en reste que deux vivants, la malade et sa sœur, qui jouit d'une bonne santé, mais qui a perdu quatre enfants de méningite.

Ainsi donc, sur treize enfants, nous en voyons quatre verser dans la phtisie, six dans la folie ou les affections cérébrales, et le seul membre bien portant de la famille a des enfants frappés eux-mêmes du vice héréditaire.

Enfin, si les phtisiques ont parfois des enfants aliénés, il n'est pas rare de voir des enfants de fous mourir poitrinaires, tout en conservant jusqu'au dernier soupir une raison absolument irréprochable.

Je crois, messieurs, vous avoir administré des preuves suffisantes pour établir la corrélation entre la tuberculose et la folie. Il faut maintenant aborder un ordre d'idées différent, et nous demander quels sont les caractères du délire dans la folie tuberculeuse, s'il est vrai qu'elle se distingue au point de vue psychologique des autres vésanies.

Pour Clouston, la question doit être résolue par l'affirmative ; il va jusqu'à prétendre que la seule étude des troubles psychiques permet d'établir le diagnostic de la folie tuberculeuse. Nous allons en reproduire, d'après cet observateur, les traits les plus caractéristiques.

Le début de la maladie s'annonce comme une manie ou une mélancolie. On observe de l'excitation ou de la dépression ; mais bientôt la période aiguë s'éteint, et le malade tombe dans l'état chronique. Il présente une disposition d'esprit toute spéciale. Il est en proie à une irritabilité morbide, à une mauvaise humeur continuelle. Il est atteint

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de la manie du soupçon [mania of suscipion). Il présente, pour ainsi dire, un faux délire de persécutions.

Il existe en même temps une sorte de paresse intellectuelle, une aversion profonde pour le travail, une horreur du mouvement.

Cet état de dépression est souvent traversé par des accès d'emportement. Sans aucun motif, le malade se met en colère; mais son irritation ne dure pas longtemps.

Peu à peu, le sujet verse dans la demi-démence, coupée quelquefois -par des intermittences périodiques ; des éclairs d'intelligence viennent parfois traverser l'obscurité, et c'est surtout chez les aliénés phtisiques que l'on constate le retour complet de la raison aux approches de la mort, qui a' été constaté par tant d'observateurs.

Cette description est sans doute exacte dans un grand nombre de cas, maison aurait tort delà considérer comme l'expression absolue de la vérité. J'ai pu moi-même vous indiquer quelques faits dans lesquels l'expression du délire était loin de répondre au type esquissé par l'auteur anglais.

Détail curieux ': la phtisie peut exister, quoique rarement, chez les paralytiques généraux ; on observe alors un délire mélancolique avec dépression, au lieu de ce délire expansif avec idées ambitieuses, qui est de règle chez ces malades.

L'état physique est caractérisé par l'atonie des fonctions nutritives. L'appétit est nul ; le pouls est faible et lent, et les malades, une fois tombés en démence, n'engraissent point comme les autres aliénés.

La durée de la maladie ne dépasse guère trois ans, et son pronostic est de la plus triste gravité, d'abord au point de vue mental, ensuite, et surtout, au point de vue pby-

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sique, La terminaison est presque nécessairement fatale, et, quand le malade guérit de sa folie, il meurt de phtisie pulmonaire.

Cependant Schroder van der Kolk prétend avoir observé des cas de guérison complète ; mais cet excellent homme était un optimisme incorrigible, et le scepticisme n'était pas au nombre de ses vertus.

Il nous reste à parler des lésions anatomiques de la folie tuberculeuse, s'il en existe. D'après Schiile, on trouve chez plusieurs sujets une hyperémie veineuse des méninges, avec anémie de la substance corticale sous-jacente. Le cerveau est pâle et œdématié, et présente, par places, une vascularisation irrégulière. Au microscope, on constate l'infiltration graisseuse et la rupture de quelques cellules corticales.

Un fait plus important, s'il est exact, est signalé par Clouston. Le poids spécifique de la substance grise serait extrêmement amoindri.

En somme, il s'agit d'un cerveau pauvre, anémique, mal nourri, et ces conditions suffisent chez des sujets prédisposés pour déterminer l'explosion de la folie.

Quant aux oscillations si remarquables entre les progrès de la phtisie et la marche de l'aliénation mentale, elles s'expliquent par la grande loi pathologique de la révulsion. Une action morbide développée sur un point entrave la marche du processus morbide partout ailleurs. C'est ainsi, comme le disait notre illustre maître, le professeur Bouil- Iaud,que l'apparition de l'endocardite dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu produit, sur les articulations malades, un elfet analogue à l'application d'un vésicatoire.

Il me paraît donc absolument inutile d'invoquer, comme le voudraient certains auteurs allemands, une irritation

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portée tantôt sur les lOrigines du pneurao-gastrique ^phtifiie), Dttantôl sur celles du grand sympathique (folie). Est-il bien nécessaire de faire intervenir ici ces deux grands personnages pour jouer leur comédie accoutumée ?

Quant au traitement, il est facile d'en poser les règles : sans s'occuper de l'état psychologique, il faut surtout songer à combattre la diathèse et ses manifestations locales.

Les analeptiques, le phosphate de chaux, une alimentation généreuse et facilement assimilable, les révulsifs et les hémostatiques, tels sont les principaux moyens que la thérapeutique met à notre disposition. C'est au médecin qu'il appartient, dans chaque cas particulier, d'en régler sagement l'emploi^ sans se faire illusion, d'ailleurs, sur le soFt qui attend le malade.

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