I-SEUDO-PAHALYSlIi GÉNÉItALE SATUIlMiNE
habituelle des vrais paralytiques. Enfin, le malade, après un temps variable, mais qui ne dépasse pas liabituellement une année, rentre en possession de lui-même et retrouve ses facultés intellectuelles. Il ne faudrait point supposer, cependant, que la terminaison de ]a maladie est toujours heureuse ; chez certains sujets, la marche de la maladie suit une pente fâcheuse, et la mort arrive, comme chez les paralytiques, au milieu d'un affaissement général.
Dans la majorité des cas que possède la science, la maladie se termine par la guérisonou l'amélioration. Mais il est incontestable que, chez les individus frappés une première fois par le poison, les récidives sont fréquentes * lorsqu'ils s'exposent de nouveau à l'action du plomb.
Il est donc évident que, si l'encéphalopathie saturnine peut emprunter quelquefois le masque de la paralysie générale, elle ne doit point être confondue avec cette affection . Dans le premier cas, il s'agit d'un empoisonnement du cerveau, dont la marche est subordonné à l'élimination de l'agent toxique; lorsqu'une fois il a été chassé de l'économie, les facultés reparaissent, et la raison reprend son empire. Dans le second cas, au contraire, il s'agit d'une affection à marche envahissante, qui conduit presque fatalement à la mort.
^ Nous avons longuement insisté sur la forme délirante de l'encéphalopathie saturnine ; nous passerons rapidement sur les autres variétés symptomatiques, qui présentent moms d'intérêt à notre point de vue spécial.
La forme convulsive ou épileptique est, d'après Grisolle, la plus fréquente de toutes. Elle peut débuter par le vertige, mais ne paraît point être précédée par une aura. Sous tous les autres rapports, les accès ressemblent absolument à ceux du haut ma/; ils ont une tendance à se reproduire à
de très courts intervalles, et le malticle peut, dans une seule journée, avoir un grand nombre d'attaques; enfin, comme dans toutes les formes du saturnisme cérébral, la mort peut venir subitement fermer la scène, et cette terminaison soudaine est plus fréquente dans la forme convulsive que dans les autres variétés de l'encéphalopathie saturnine.
La forme comateuse, moins fréquente que les autres, peut leur succéder; mais il est des cas où elle se développe d'emblée. Le malade tombe alors dans un engourdissement de plus en plus profond : il a l'aspect d'un homme endormi, il devient de plus en plus insensible aux excitations extérieures ; mais, de temps en temps, ce sommeil létlaargiqueest interrompu par des cris, des plaintes, de l'agitation inconsciente. Souvent les paupières sont largement ouvertes; mais le malade, comme b'il était frappé d'amaurose, paraît incapable de distinguer les objets extérieurs.
Cet état peut se terminer par la mort; mais le plus souvent les accidents se dissipent peu h peu, le malade reprend connaissance, et le premier sentiment qu'il éprouve est celui de la faim. Il est presque inutile de dire qu'il ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé.
Les trois formes qui viennent d'être décrites peuvent se combiner entre elles pour constituer une forme mixte dans laquelle les accidents se succèdent suivant un ordre et des groupements très divers.
Enfin, l'on pourrait admettre une cinquième forme qu on pourrait'appelerla forme apoplectique; elle est caractérisée par des hémorragies cérébrales, qui surviennent, soit après les accidents convulsifs (Lemaire), soit au cours des autres manifestations, comme dans le cas de Berger (1).
(1) Berl. klin. Wochensohrift, 1874., p.
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Messieurs, les accidents que nous venons d'étudier sontils en rapport avec l'albuminurie saturnine, signalée pour la première fois par M. le docteur Ollivier, et avec les néphrites, qui ont été observées chez les saturnins? Cette question est encore en litige, et nous ne saurions avoir la prétention de la résoudre, pour ainsi dire, en courant. Il doit nous suffire de vous avoir signalé la possibilité du fait.
J'arrive maintenant au point le plus intéressant, à la partie vraiment scientifique de la question : je veux parler de l'anatomie pathologique.
Les lésions anatomiques de l'encéphalopathie saturnine sont encore très imparfaitement connues, et nous ne sommes 'pas beaucoup plus avancés sous ce rapport que ne l'étaient Grisolle et Tanquerel des- Planches. En laissant de côté les cas oii l'intoxication, probablement superficielle, n'a point aissé de traces dans l'encéphale, on peut dire que la lésion la plus commune est une sorte d'hypertrophie apparente. Les circonvolutions sont tassées les unes contre les autres; elles sont dures et résistantes, et les sillons sont presque effacés, de sorte que la surface des hémisphères est presque unie. Le cerveau présente une teinte ictéroïde; la pulpe cérébrale est exsangue; enfin, sauf le cas de ramollissement circonscrit, la consistance du cerveau ressemble à celle de la pâte de guimave (Martin-Solon). La capacité des cavités ventriculaires est diminuée ; elles ne renferment point de sérosité.
Une coupe pratiquée à travers la substance cérébralë montre la pâleur de la substance grise, qu'il est difficile de distinguer de la substance blanche. Cette pâleur de la substance grise paraît tenir à l'anémie,' qui est incontestablement la lésion la plus habituelle et la plus constante de l'encéphalopathie saturnine.
724 IlliS FOLIES TOXIQUES.
L'histologie, jusqu'à présent, ne nous a rien appris sur ' les lésions de l'encéphale dans l'empoisonnement saturnin. « Quand on veut chercher à savoir, dit M. le professeur Renaut, dans sa thèse d'agrégation, si le cerveau des saturnins présente des modifications histologiques en rapport avec l'intoxication plombique, on n'en peut trouver aucune, même en employant les meilleures méthodes (1). »
La chimie nous apprend qu'il existe, chez les sujets atteints d'encéphalopathie saturnine, du plomb dans le cerveau: cependant, lorsqu'on a eu soin d'enlever les méninges, d'essuyer la surface du cerveau et d'injecter de l'eau dans les artères, on ne trouve souvent aucune trace dQ ce métal, comme dans le cas de M. Moutard-Martin (2).
11 nous reste à parler des lésions signalées par M. Devouges dans la paralysie générale saturnine. Ce sont surtout des adhérences qui unissent les hémisphères entre eux et avec les méninges; une sorte de matière glutineuse semble coller ensemble ces diverses parties. Dans d'autres cas, on a trouvé des adhérences de la base du cerveau à la dure-mère (3). On a constaté aussi des fausses membranes de la dure-mère et du ramollissement cérébral.
Ces lésions sont-elles suffisantes pour constituer un type spécial et pour nous autoriser à admettre l'existence d'une paralysie générale d'origine saturnine? Évidemment non; car, nous le savons aujourd'hui, les adhérences du cerveau aux méninges sont loin d'ofl'rir l'importance qu'on leur attribuait autrefois. On les rencontre non seulement dans
(1) Renaut, Thèse d'agrégation, Paris, 187S.De Vintoxicaiion saturnine chronique, p. So.
(2) Kenaut, Thèse citée, p. 56.
(3) Sesselmann, De Vencéphalopalhie chronique d'origine saturnm (thèse de Nancy, 1819, p. 54).
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la paralysie générale, mais aussi dans le délire aigu et dans d'autres affections de l'encéphale. Il n'est donc nullement étonnant que l'action du plomb puisse quelquefois aussi les produire.
11 existe donc des lésions anatomiques très nettement caractérisées dans beaucoup de cas de délire saturnin ; mais la dénomination qui leur con^-ient le mieux est celle deméningite, et, dans l'état actuel de la science, on ne saurait aller plus loin.
Quant à l'action du plomb sur les centres nerveux, elle a donné naissance à plusieurs hypothèses, qu'il me paraît suffisant de vous indiquer d'une manière très succincte.
Hermann admet que, de même que la colique saturnine, l'encéphalopathie est produite par l'irritation que détermine le plomb dans la substance cérébrale. Il y aurait une sorte d'intolérance des éléments de l'encéphale pour ce corps toxique :mais c'est là une pure hypothèse; et, puisque l'auteur admet la présence du poison dans la masse du sang, il devrait nous expliquer pourquoi, dans certains cas, le métal, circulant dans les artères du cerveau, détermine les symptômes de l'encéphalopathie, tandis que, dans d'autres cas, l'organe demeure indifférent en présence des mêmes excitations et ne réagit point.
Rosenstein croit devoir rapporter les troubles encéphalopathiques à l'anémie, qui résulte de la contracture des petits vaisseaux.
Enfin, M. Danjoy paraît avoir prouvé que l'urémie est quelquefois responsable des accidents observés. On sait, en effet, que le rein des saturnins est souvent atteint de néphrite interstitielle atrophique.
Pour résumer l'ensemble de nos connaissances sur ce point, nous dirons que l'encéphalopathie saturnine nous
est mieux connue par ses symptômes que par ses lésions, et que la physiologie pathologique de cette affection échappe jusqu'ici complètement à toutes les recherches.
Le pronostic de la folie saturnine est extrêmement grave : d'abord parce que la mort peut survenir brusquement dans toutes les formes de la maladie, et surtout dans la forme convulsive ; ensuite parce que les récidives sont extrêmement faciles et fréquentes, et enfin parce que certaines formes de la maladie marchent rapidement vers la démence. Il n'en est pas moins vrai qu'on peut espérer la guérison dans la plupart des cas, et que, dans la forme délirante, la guérison est la règle. Au reste, le rétablissement du malade est en quelque sorte une question de degré. Qitànd l'empoisonnement est léger, les accidents se dissipent avec facilité ; quand il est intense, la guérison est plus difficile. La gravité du pronostic est donc en raison directe de la profondeur de l'imprégnation.
La pseudo-paralysie générale saturnine est incontestablement une forme plus grave que les autres variétés d'aliénation mentale qui peuvent succéder à l'empoisonnement parle plomb; elle semble coïncider, en effet, avec des lésions beaucoup plus accentuées des méninges et de la substance corticale.
L'épilepsie, ou, si l'on veut, l'éclampsie, est à coup sûr la plus fâcheuse de toutes les manifestations de l'encéphalopathie saturnine, soit qu'elle se présente isolément, soit qu'elle vienne compliquer les autres formes. Nous avons vu, en effet, qu'elle pouvait souvent conduire à la mort subite. Quant à son influence fâcheuse sur l'état intellectuel, elle n'est point contestable. Les facultés du malade baissent après chaque attaque.
Le traitement de la folie saturnine, en dehors des indi-