DE L ALCOOUS!*IE CHRONIQUE
Ainsi donc, en thèse générale, le diagnostic ne présente aucune difficulté. L'histoire du malade est depuis longtemps connue ; il possède un dossier plus ou moins complet ; la famille et les amis s'empressent de fournir des renseignements au médecin, et il ne s'agit plus que d'établir la constatation officielle d'un état de choses, depuis longtemps reconnu.
iVlais il est des cas oii la sagacité du médecin et l'expérience du spécialiste doivent suppléer à l'insuffisance absolue des renseignements. Un homme du monde est pris tout à coup d'un délire violent; personne autour de lui ne soupçonne ses habitudes ou ne veut en révéler le secret. Le médecin, qui le voit pour la première fois, doit formuler, en s'appuyant sur les signes immédiats, un diagnostic d'autant plus difficile à établir qu'il semble en opposition avec la condition sociale du malade. On doit alors ne tenir aucun compte des circonstances extérieures, et ne tenir compte que des symptômes observés.
Je vous ai présenté l'un des cas où votre sagacité aura besoin de s'exercer ; vous me pardonnerez de ne point dresser le catalogue de toutes les circonstances où vous serez obligé de formuler une opinion à cet égard, soit au point de vue médical, soit au point de vue médico-légal. , Je vais donc essayer, messieurs, de vous présenter d'abord le diagnostic de l'alcoolisme chronique, en général ; nous discuterons ensuite le diagnostic des formes principales que peut affecter cet empoisonnement chronique.
En dehors de ses accès d'aliénation mentale, l'alcoolique présente une physionomie toute spéciale. D'une manière habituelle, il offre une expression d'hébétude, un regard vague et fuyant; le teint est blafard, le corps est gras, mais
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de cet embonpoint qui dénote, aux yeux de l'observateur, une mauvaise santé, et ce jugement est confirmé par le mauvais état des plaies, qui se cicatrisent difficilement, comme chez les diabétiques.
La face est souvent parsemée de varicosi,lés ; elles surabondent sur le nez, qui s'épaissit, devient charnu et se charge de graisse. Enfin, pour compléter le tableau, les yeux sont chassieux, et le malade transpire abondamment.
A ces symptômes généraux se joignent des troubles se rattachant à l'état du système nerveux et qui ne laissent subsister aucun doute sur le diagnostic.
D'abord le tremblement; il est trop connu pour que j'essaye de vous le décrire; mais il est bon de se rappeler que, lorsqu'il fait défaut, une émotion, une fatigue, et même la privation du stimulant habituel, suffisent pour le mettre en relief. Souvent un malade, qui repose tranquillement dans son lit, se met à trembler violemment quand on l'oblige à se lever et à marcher.
En second lieu, l'insomnie ; presque tous les sujets, lorsqu'ils sont convenablement interrogés, accusent une perte complète, ou tout au moins un trouble profond du sommeil. Un alcooUque qui dort tranquillement et qui goûte un véritable repos pendant la nuit, est une exception des moins fréquentes, un cas des plus rares en pathologie.
Enfin, sous le rapport de l'état mental, nous rencontrons les caractères que, dans la leçon précédente, je vous ai signalés : l'apathie, la dépression morale, l'instabilité du caractère; enfin, cette ankylose intellectuelle, qui vient immobiliser l'esprit dans la routine et le rendre incapable d'acquérir des idées nouvelles.
Ces données vous suffiront dans les cas ordinaires pour flairer l'alcoolisme et vous mettront en éveil ; mais il faut
DIAGNOSTIC DE l'aLCOOLISME CHRONIQUE. '">^
maintenant, serrant la question de plus près, établir le diagnostic différentiel des quatre grandes manifestations de l'alcoolisme chronique. Ce sont : le delirium tremens, l'épilepsie alcoolique, la lypémanie et la démence.
i" Delmum tremens. — On peut le confondre avecl'encéphalopathie saturnine aiguë, et le diagnostic est d'autant plus difficile, que les ouvriers empoisonnés par le plomb le sont presque toujours en même temps par l'alcool. Toutefois, il faut noter que, dans l'encéphalopathie saturnine, on constate infiniment moins de troubles que dans le delirium tremens. Les malades n'ont pas de titubation; ils saisissent et retiennent beaucoup mieux les objets qu'on leur présente ; ils n'ont pas le tremblement de la langue et des lèvres et n'offrent pas, par conséquent, d'embarras de la parole. Si l'on ajoute à ces signes négatifs les stigmates du plomb sur les gencives, sur la peau et sur les ongles, et si l'on tient compte des antécédents du malade, on pourra presque toujours établir nettement le diagnostic.
La paralysie générale, dans ses périodes initiales, présente quelquefois des cas d'excitation qui ressemblent trait pour trait au delirium tremens, et l'erreur sera d'autant plus facile que, souvent, des excès alcooliques ont marqué le début de la crise. Toutefois, le paralytique général présente infiniment moins d'hallucinations que l'alcoolique, et son délire offre moins d'exacerbations nocturnes. D'ailleurs, la marche de la maladie est absolument différente; l'alcoolique, s'il ne meurt pas, revient à la santé après un traitement régulier ; le paralytique, au contraire, remis de sa crise, présente le spectacle d'une décadence progressive qui, lorsqu'elle a été soigneusement observée, ne peut laisser aucune place au doute.
Peut-on confondre avec le delirium tremens la ménin-
tlO bES POLlËS ToXlÛÙËë.
gite aiguë? Nous avons ici, dans le thermotnètre, un élément précieux dè diagnostic. Sauf le cas du delirium fébrile, la température ne s'élève pas habituellement chez les alcooliques, tandis qUe, dans la méningite, l'hyperthèrmie est incontestablement l'un des éléments morbides les mieux accentués.
Nous laissons de côté, bien entendu, le delirium tremens symptomatique d'une affection aiguë, et qui participe alors à l'élévation de température que provoque l'affection principale.
Le délire de l'ui'émie, qui peut simuler le delirium tremens, est accompagné de vomissements ; le malade a une tençlance à tomber dans le coma et n'éprouve point d'hallucinations. Ce sont là leâ premiers éléments d'un diagnostic qui sera confirmé par les commémoratife, par l'examen des urines.
Dans la manie aiguë, oh rencontre, en général, infiniment moins de tremblement et les hallucinations sont beaucoup moins fréquentes. Par contre, le malade est beaucoup plus agité, beaucoup plus incohérent dans ses propos, et l'on ne peut pas, par une question fermement posée, couper court à son déUre et le rappeler, ne fût-ce que pour un instant, au sentiment de la réalité.
Quant aux empoisonnements par les narcotiques, par l'opium, la beUadone ou le datura stramouium, ils se distinguent du delirium tremens par l'état des pupilles et par la tendance aU coma. 11 est, d'ailleurs, une expérience thérapeutique qui peut servir à lever les doutes : c'est TeOet sédatif de l'alcool, si remarquable chez les alcooliques en état de délire.
2° Epilepsie alcoolique. — Chez les alcooliques, l'attaque convulsive est souvent identique à telle des comitiaux, et,
DÎAGNOS'I'IC DE l'alcoolisme CHRONIQUE. 771
SOUS le rapport des symptômes, ces deux états se ressemblent au point de se confondre. Mais ils se distinguent surtout par leurs causes occasionnelles.
L t'pilepsie alcoolique éclate le plus souvent après une émotion dans le cours de l'ivresse, ou après une orgie. Elle se montre aussi dans le delirium tremens ou pendant l'évolution du délire alcoolique. Rien de semblable pour la véritable épilepsie, dont les accès sont aussi capricieux par leur apparition qu'ils sont réguliers dans leur évolution. En outre, l'épilepsie alcoolique guérit par la suppression de la cause qui lui a donné naissance; l'épilepsie vraie persiste, et c'est ainsi qu'on peut formuler, avec certitude, sinon le diagnostic immédiat, du moins le diagnostic éloigné.
3" Lypémanie alcoolique.— Chez les alcooliques, la lypémanie prend très souvent la forme du délire des persécutions ; elle s'accompagne d'hallucinations très prononcées de la vue et de l'ouïe ; mais ce sont surtout les hallucinations de la vue qui prédominent. D'ailleurs, le caractère de ces troubles sensoriels suffît pour les distinguer de ceux qui résultent d'une vésanie proprement dite. L'alcoolique voit des animaux, des figures menaçantes qui le remphssent de terreur; il rêve aux occupations de son métier et vit au milieu de ses préoccupations journalières. Le persécuté a surtout des hallucinations de l'ouïe, et, sous l'empire de ses idées fixes, il s'éloigne de plus en plus des souvenirs de la vie normale. D'autre part, les signes physiques de l'alcoolisme diffèrent essentiellement de ceux de la mélancolie ordinaire, et, dans bien des cas, ils suffiraient à le faire reconnaître.
4- Démence alcoolique. - La démence chez les alcooliques est caractérisée plutôt par la torpeur que par l'aboli-
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tion complète des facultés. L'alcoolique dément est moiiicoraplètement nul que le dément véritable. Cependant, il faut en convenir, parvenue à un certain degré, la démence alcoolique ne se distingue plus par aucun caractère doautres formes de la déchéance intellectuelle.
Il me reste dire quelques mots du diagnostic entre l'alcoolisme et la paralysie générale. Nous avons déjà touché ce sujet à propos du delirium tremens ; mais, il faut bien le savoir : à tous les degrés et dans toutes les formes de l'alcoolisme chronique, on se heurte à celte difficulté. Rappelons donc, en quelques mots, les différences essentielle qui séparent ces deux maladies.
' La faiblesse musculaire est l'un des grands caractères de l'alcoolisme. Chez les paralytiques généraux, au contraire, les forces musculaires sont assez bien conservées au début, quelquefois même elles sont exaltées, et les troubles de la raotilité, le tremblement qu'ils présentent sont des phénomènes plutôt spasmodiques que paralytiques. Lorsque, à une période plus avancée, la paralysie s'affirme, les autres phénomènes de la maladie sont trop nettement accentués pour qu'il soit possible de s'y méprendre.
L'alcoolisme s'accompagne presque toujours d'un certain degré de dyspepsie; l'appétit est nul, la soif est vive, et, chez les vieux buveurs, il existe une sécrétion exagérée des glandules mucipares de l'estomac qui s'exprime par des vomissements glaireux. Au contraire, chez les paralytiques généraux, les fonctions digestives sont, en général, bien conservées et quelquefois même exagérées. Le paralytique dévore, l'alcoolique ne mange guère, et c'est là, très incontestablement, un élément de diagnostic.
Au point de vue moral, la dépression, la tristesse, la lypémanie, sont l'expression habituelle de l'alcoolisme. La
DIAGiNOSTlC DE L'ALCOOLISME CHRONIQUE. ^'^
satisfaction, le contentement, l'exaltation du moi sont, au contraire, le type de la paralysie générale. Sans doute, il est des paralytiques tristes et des alcooliques gais; mais, dans la paralysie générale, la mélancolie prend le plus souvent la tournure hypocondriaque ; on se voit alors en présence de malades très préoccupés de leur santé et craignant sans cesse la mort. Les alcooliques, au contraire, sont extrêmement portos au suicide, et l'on ne rencontre pas habituellement, chez eux, ces terreurs hypocondriaques qui caractérisent si nettement la forme dépressive de la paralysie générale.
Les hallucinations, peu communes dans la paralysie générale, sont, au contraire, l'un des traits dominants de l'alcoolisme. Elles s'y présentent avec une telle abondance, une telle netteté et des caractères si spéciaux, qu'il est difficile de les méconnaître. .
L'insomnie est bien plus prononcée chez les alcooliques que chez les paralytiques, et ils sont exposés à des crises nocturnes, qui, comme l'a si justement fait observer Lasègue, constituent la note dominante de leur maladie.
Enfin, l'intelligence est incontestablement mieux conservée chez les alcooliques, qui, dans la majorité des cas, sentent parfaitement leur faiblesse et déplorent eux-mêmes leur affaissement moral.
Ces différences permettront, le plus souvent, de ne point confondre l'alcoolisme chronique avec la paralysie générale. Toutefois, il est des cas oiî les deux maladies présentent les ressemblances les plus intimes et ne peuvent être différenciées que parleur mode d'évolution. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, à propos de la pseudo-paralysie générale alcoolique.
Pronostic. — L'alcoolisme exerce son action nuisible sur
tous les organes de l'économie. La plupart des buveurs succombent à une maladie de foie, de l'estomac ou des poumons ; mais ce qui nous préoccupe surtout ici, c'est leur état cérébral.
L'alcoolique peut toujours guérir s'il parvient à secouer le joug de ses habitudes, pourvu, toutefois, qu'il ne soit point arrivé à ce degré de désorganisation qui rend impossible le rétablissement des fonctions normales et condamne le sujet à une sorte de demi-démence; mais il est extrêmement difficile pour le malade de se réformer s'il n'est point placé sous une surveillance des plus rigoureuses. Toutefois, on a vu des conversions mémorables, et il n'est aucun médecin qui ne puisse en citer des exemples. Mais si l'alcoolisme est guérissable, la dipsomanie ne l'est point; nous étudierons d'ailleurs ce sujet, avec tou^ les développements qu'il comporte, dans la leçon prochaine.
Rappelons-nous, d'ailleurs, que, si le pronostic est grave pour le coupable lui-même, il ne l'est pas moins pour sa postérité. Par voie de transmission héréditaire, l'alcoolisme conduit à toutes les formes de l'aliénation mentale, et surtout à ces dégénérescences qui constituent dans la pathologie mentale un chapitre à part.
Lésions anatomiques. — Si dans les principaux viscères on trouve des preuves non douteuses de l'action de l'alcool sur les tissus, il faut convenir que, dans le système nerveux, on ne rencontre aucune altération caractéristique. Les lésions de l'alcoolisme sont nombreuses et profondes ; mais ne présentent, en aucun cas, de caractère spécifique.
On peut diviser en trois grandes classes les lésions cérébrales : elles sont congestives, inflammatoires ou dégénératives.
On rencontre souvent des congestions superficielles des
LÉSIONS nE L'AIXOOLISME CHRONIQUE. '
hémisphères ; les méninges sont vasciilarisées, et les <30iichpe corticales participent à l'hyperémie.
Souvent aussi l'on trouve des traces de piéningite ; il existe, chez plusieurs sujets, un épaississeraent opalin de la pie-mère et de l'arachnoïde ; mais la lésion la plus impprtante parmi les altérations de cet ordre, c'est la pachyméningite, ce sont les néo-membranes de la durpr^ière qui deviennent l'une des sources les plus fréquentes de ces hémorragies méningées si fréquentes chez les alcooliques.
On trouve enfin des adhérences de la pie-rpère aux circonvolutions sous-jacentes, et ces lésions ne se distinguent en rien de celles de la paralysie générale, si ce n'est par leur fréquence infiniment moins grande.
Parmi les lésions dégénératives, nous signalerons surtout les altérations des vaisseaux cérébraux. On rencontre souvent un état athéromateux très prononcé des artères, et des varicosités nombreuses, chez les vieux alcooliques. On cpn}prend dès lors qu'ils doivent être sujets aux hémorragies cérébrales qui se rattachent tantôt aux apévrismes miliaires, tantôt à la dégénérescence des parois artérielles ; mais une conséquence plus directe encore de l'athérome, c'est le ramollissement, soit cérébral, soit spinal, qui se montre parfois dans une grande étendue. Par contre, op trouve, chez certains alcooliques, des plaques disséminées de sclérose cérébrale.
Un certain degré d'atrophie du cerveau se remarque chez la plupart des vieux alcooliques ; lorsque ce processus le.st très prononcé, le crâne semble offrir une capacité trop grande pour le cerveau qu'il renferipe ; c'est surtout alors que l'on constate de l'œdème cérébral, des épanchem.ents sous-méningés ou ventriculaire qui vieoppnt, en quelque
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sorte, combler le vide produit par le retrait de la substance cérébrale.
N'oublions pas enfin que, chez certains sujets, loin d'être hyperémiée la surface de l'encéphale est pâle, anémique, décolorée ; c'est une conséquence naturelle des altérations vasculaires que nous venons de décrire.
On rencontre parfois une infiltration graisseuse des cellules corticales et des dépôts pigmentaires.
Enfin, l'analyse chimique a permis de reconnaître la présence de l'alcool dans le cerveau, surtout dans les cas de mort rapide à la suite d'accidents aigus.
Sauf ce dernier caractère, les lésions que nous venons de décrire, prises individuellement, ne sont point spéciales à l'alcoolisme; on les rencontre, pour la plupart, dans d'autres maladies, mais elles sont la preuve évidente d'un vice profond de nutrition de l'organe. L'alcool détermine d'abord un état congestif auquel succède une subinflammation chronique qui se termine par l'atrophie. On comprend dès lors pourquoi la maladie, qui, dans ses premières phases, paraît facile à guérir, aboutit en dernière analyse à une démence incurable.
Traitement. — Nous avons déjà parlé des moyens thérapeutiques qu'il convient d'opposer au délire tremblant et à la manie grave des buveurs. Nous ne parlerons donc ici que du traitement de l'alcoolisme aigu et chronique.
Presque toujours, nous l'avons dit, quand le malade renonce de gré ou de force à ses habitudes, il guérit complètement. Le moyen d'action qui se présente naturellement le premier à l'esprit, c'est la séquestration ; mais il faut y joindre l'exercice physique et les distractions de tout genre, qui viennent fournir un aliment aux centres nerveux privés de,leur stimulant naturel.
TllAITEMENT m l'aLCOOLISME CIlllOINKiUli;. 'H
On a cherché quelquefois (à l'étranger) à inspirer le dégoût de l'alcool à ces malades par l'abus des préparations alcooliques. On introduit des liqueurs spiritueuses dans tous les mets qui leur sont offerts ; le filet au madère, l'omelette au rhum forment la base de leur régime, et aucun plat ne paraît sur leur table sans être largement alcoolisé. Au bout d'un certain temps, les malades, dit-on, éprouvent un tel dégoût, qu'ils renoncent pour toujours aux boissons spiritueuses; mais, de l'aveu même des promoteurs de ce système, il est des sujets qui, loin de prendre en horreur un pareil régime, s'en accommodent parfaitement et paraissent y trouver le moyen de satisfaire leurs penchants. En outre, il est évident que, chez plusieurs de nos malades, un pareil régime compromettrait gravement la santé physique.
L'hygiène des alcooliques doit être basée sur une alimentation tonique : on leur donnera une nourriture riche en éléments phosphorés ; ils boiront du lait, du vin et du café. Une fois rétablis des conséquences immédiates de leurs abus, ils feront bien, s'ils en ont le courage, de pratiquer l'abstinence totale et de renoncer pour toujours aux boissons fermentées ; c'est le meilleur moyen de ne jamais retomber dans leur péché d'habitude. Leurs efforts, en ce sens, seront facilités par l'usage des amers. Enfin, l'hydrothérapie peut rendre ici de grands services, comme dans tous les cas d'affaibhssement général du système nerveux.
11 nous reste à dire quelques mots des moyens pharmaceutiques.
Nous ne voulons point nous occuper du traitement de l'alcoolisme en général ; mais les troubles de l'estomac sont liés d'une manière tellement intime aux accidents nerveux, qu'il est impossible de les négliger.
Contre la paresse digestive, on emploiera les toniques
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amers et, plus spécialement, les préparations de noix vomique. Contre les vomissements glaireux, on emploiera le nitrate d'argent sous forme pilulaire, h la dose de 1 ou 2 centigrammes par jour. Contre les douleurs et les vomissements incoercibles, on fera usage de la glace et des préparations opiacées. Enfin les révulsifs appliqués au creux épigastrique donneront quelquefois des effets utiles.
Il nous reste à parler du traitement des accidents nerveux.
L'insomnie appelle l'emploi des bromures alcalins, des bains prolongés et des sédatifs en général. Les narcotiques ne paraissent point agir avec avantage chez les malades de ce genre, lorsqu'ils sont parvenus à l'état chronique.
On a préconisé l'oxyde de ^inc contre les hallucinations de l'alcoolisme, mais l'efficacité de ce remède ne paraît nullement démontrée. Nous en dirons autant de l'huile empyreumatique de pommes de terre, que certains auteurs ont regardée comme un spécifique contre le tremblement.
Mais il est un autre ordre de médicaments qui, maniés avec prudence, seront utiles dans toutes les formes et à tous les degrés de l'alcoolisme : ce sont les purgatifs qui agissent à la fois contre les accidents gastriques, en balayant le tube digestif, et contre les accidents nerveux en décongestionnant les centres par leur action révulsive sur l'intestin. Le tartre stibié remplit les mômes indications.
En résumé, il n'existe aucun traitement spécifique contre l'alcoolisme ; mais on peut se flatter d'obtenir d'excellents résultats d'une hygiène sévèrement observée et d'une abstinence sagement réglée. A ces deux grands ordres de moyens, les médicaments pharmaceutiques viendront en aide comme d'utiles auxiliaires, mais sans jamais occuper le rôle principal.