‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 223 sur 283 · DE L'ALCOOLISME CHRONIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ALCOOLISME CHRONIQUE

égoïsrae absolu, dans une indifférence complète à tout ce qui sort du cercle étroit de leurs habitudes. Boire et toujours boire, voilà leur unique préoccupation. Cependant, à travers cette déchéance intellectuelle et morale, on voit encore s'agiter quelques vagues remords de conscience : ils éprouvent le besoin de se justifier, ils invoquent les nécessités de leur profession, ils accusent des chagrins violents qui les obligent à s'étourdir. Enfin, en dehors des excitations sans cesse renaissantes de l'ivresse, ils sont d'une tristesse profonde.

Chez la plupart de ces malades, on remarque un affaiblissement profond de la volonté. Rien ne peut mieux en donner la mesure que l'impuissance de leurs efforts pour se débarrasser de leur vice. J'ai connu un homme distingué et possédant une belle fortune, qui, après avoir perdu une femme qu'il affectionnait beaucoup, se mit à boire avec excès des liqueurs fortes. Voulant sortir de la dégradation où ses habitudes l'avaient plongé, il fit venir chez lui sa cousine, femme respectable et d'un âge mûr, et lui confia la clef de la cave pour mettre un frein à ses propres appétits. Mais, après une courte période de sobriété, on s'aperçut qu'il était presque constamment ivre ; on le surveilla etl'on finit par découvrir qu'il s'était fait fabriquer une fausse clef 5. l'aide de laquelle il pénétrait dans sa cave, déjouant ainsi les sages précautions qu'il avait prises contre lui-même.

Une longue suite d'excès entraîne l'alcoolique vers la démence ; il y parvient à peu près invariablement, lorsque sa carrière n'est point interrompue par une maladie intercurrente, par un accès mortel de delirium tremens ou par la manie grave des ivrognes [mania gravis potatorum), affection presque toujours mortelle, et qu'on observe plus

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souvent dans les pays du Nord que dans nos climats.

Messieurs, je me propose de condenser en une seule leçon tous les points qu'il nous reste à traiter au sujet de l'aU coolisme; car je ne voudrais point donner à cette question, malgré l'intérêt considérable qu'elle présente, un dévelop! peinent trop étendu par rapport aux autres parties de mou enseignement.

Je vous ai retracé les caractères les plus importants de l'état mental des alcooliques, je dois maintenant en discu, ter le diagnostic, en formuler le pronostic et en montrer les lésions. Enfin, je dois vous offrir quelques observations succinctes au sujet du traitement.

Diagnostic. — Les antécédents du sujet sont le point de départ le plus habituel et en même temps le plus sûr des conclusions que peut formuler l'observateur au sujet du diagnostic. C'est presque toujours après une longue odyssée, dont chaque étape est marquée par des excès plus ou moins prolongés, que nos malades viennent échouer à la Préfecture de police et plus tard à Sainte-Anne. C'est, en effet, dans la plupart descas, par une série d'accès d'abord très courts, puis de plus en plus prolongés, que les buveurs versent dans l'alcoolisme chronique. Au début, quelques jours d'isolement, de tranquillité et de régime suffisent pour rétablir l'équilibre de la raison, et après une très courte arrestation, ils sont remis en liberté. A mesure que le temps s'avance, les accès deviennent plus graves, etlorsque,^nfîn, les sujets sont absolument mûrs, suivant l'expression consacrée, on les transfère dans un asile d'aliénés.

Dans la pratique civile, les choses se passent à peu près de môme : le médecin assiste à des attaques d'abord légères et transitoires, puis de plus en plus graves et qui aboutissent, en dernière analyse, à l'aliénation mentale.

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