‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 263 sur 283 · TRAITEMENT, 9SS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT, 9SS

Le traitement de l'idiotie repose sur le développement systématique de toutes les fonctions qui paraissent sommeiller chez l'individu. Il faut développer à la fois la sensibilité, la motilité et l'intelligence. La gymnastique est ici d'un grand secours et l'on peut atteindre, sous ce rapport, un degré vraiment élevé de développement, grâce à des exercices méthodiques et gradués. J'ai mu dans divers établissements, et en particulier à la colonie de Vaucluse, de jeunes idiots marcher au pas et exécuter quelques manœuvres au son du tambour. Il est évident que, par de tels exercices, on développe l'intelligence aussi bien que les muscles. Il convient également de faire l'éducation de leurs sens, de leur apprendre à voir, à toucher, à entendre, de développer en un mot leurs facultés de perception extérieure. Enfin l'on peut, avec une sérieuse attention, développer chez eux la faculté du langage, et leur apprendre à imiter, dans une certaine mesure, ce qu'ils voient faire autour d'eux. Mais le grand principe, dans l'éducation de ces enfants, est de chercher les aptitudes qui peuvent subsister au milieu de cet affaiblissement général, et de cultiver chez eux le talent du dessin, l'aptitude au calcul, le goût de la musique et les autres capacités qui persistent chez bon nombre d'entre eux. L'intelligence générale profite à son tour de cette gymnastique cérébrale, et lorsqu'il ne s'agit point d'idiots de la dernière espèce, on parvient souvent à réaliser des progrès vraiment remarquables, chez des intelligences qui semblaient absolument déshéritées.

Tout en applaudissant aux efforts intelligents et à la persévérance philanthropique de Seguin, de Belhomme, de Voisin, de Delasiauve, d'Ireland et des autres éducateurs de la jeunesse idiote, on ne peut se défendre d'un scrupule de conscience en voyant dépenser tant d'intelligence et tant

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d'activité pour une culture essentiellement stérile, et qui ne donnera jamais qu'une très pauvre et misérable récolte. Lorsque tous les enfants normalement constitués de l'Europe recevront cette instruction élémentaire qui, dans bien des cas, leur fait absolument défaut, il sera temps, semblet-il, de s'occuper de l'instruction des idiots. Jusque-là, c'est un singulier paradoxe, en apparence du moins, que de prodiguer tous les bienfaits de la culture intellectuelle à des enfants qui n'ont point d'intelligence à cultiver. Mais, pour appr^scier à leur juste valeur les efforts tentés dans cette direction, il faut les considérer comme une belle et vaste expérience destinée à nous montrer quels sont les moyens les meilleurs pour lutter contre des intelligences rebelles et triompher de leur inertie. La grande cause de l'éducation, envisagée dans son vaste ensemble, est destinée sans nul doute à en profiter un jour.

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