PLATON
La première question qui se présente à tout esprit logique, au seuil même de la médecine mentale, est nécessairement la suivante : Quel est le siège de l'entendement, et par quel mécanisme le jeu régulier de ses opérations peut-il être bouleversé? Prêtons l'oreille aux réponses que provoquait, il y a deux raille ans, cet éternel problème.
Fatigués aujourd'hui de ces discussions dont nous avons reconnu la stérilité, nous renoncerions volontiers à savoir quel est le siège de l'âme. Il n'en était pas ainsi des philosophes antiques, logiciens avant tout, et qui n'admettaient pas qu'il fût possible de passer à côté de ces problèmes sans chercher à les résoudre. Et puisque c'est de l'histoire que nous faisons ici, il faut nous mettre à la place de ces esprits antiques, puissants et naïfs; il faut suivre l'évolution de leurs idées, et nous rajeunir pour ainsi dire, suivant le mot si profond dePascal, en redevenant ce qu'étaient les anciens ; nous y gagnerons au moins de retrouver dans le passé le sens précis et les véritables origines de plusieurs des idées qui nous gouvernent encore aujourd'hui.
Le divin Platon, homme inspiré s'il en fût jamais, est un spiritualiste tellement convaincu, que, non content de nous reconnaître une âme, il nous en accorde trois : ce ne sont, en réalité, que les parties ou les puissances de l'âme,, dont il ne conteste pas l'unité. L'âme supérieure raisonnable, le X^Yo?, réside dans la tête ou plutôt dans l'encéphale ; les autres ont pour siège les parties inférieures, le cœur et les viscères situés au-dessous du diaphragme.
Puisqu'il existe une âme supérieure et des âmes inférieures, il est évident qu'il doit exister deux espèces bien différentes de délire : l'un céleste, inspiré par les dieux ; l'autre d'origine terrestre, et reconnaissant pour cause les maladies corporelles.