‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 55 sur 283 · ARISTOTE · texte numérisé non relu

ARISTOTE

Parmi les délires d'origine céleste, il faut ranger, d'après Platon :

Le délire des prophètes, inspiré par Apollon;

Le délire des poètes, inspiré par les Muses ;

Le délire des bacchantes, inspiré par Bacchus ;

Le délire des amants, inspiré par Éros.

Quant au délire grossier, d'origine purement terrestre, qui correspond en réalité à ce que nous désignons sous le nom de folie, il reconnaît pour cause toutes les altérations des humeurs, qui peuvent troubler le jeu des divers organes.

Cette naïve et poétique théorie, tout imprégnée de la mythologie de l'époque, était peut-être la plus hardie qu'il fût possible de formuler au temps oii le peuple athénien faisait mourir Socrate, et oii la moindre atteinte aux croyances enfantines, qui constituaient le fond de l'orthodoxie hellénique, entraînait la peine capitale.

Une doctrine plus ferme et plus logique, sinon plus physiologique, est formulée par ce grand philosophe, que l'amitié des rois mettait au-dessus des ressentiments delà foule.

D'après Aristote, l'âme se divise en deux parties : l'âme rationnelle et l'âme irrationnelle ; l'une et l'autre ont pour siège le cœur; et pour ne laisser planer aucun doute sur sa pensée, il ajoute que le cerveau ne participe en rien aux sensations.

Or, la qualité maîtresse de l'âme est la chaleur; elle en fait partie intégrante, essentielle, et plus sa chaleur vitale est grande, mieux elle fonctionne. Le froid et le chaud vont donc expliquer toutes les folies, qui sont tantôt des échauffcments, c'est-à-dire des excitations, tantôt des refroidissements, c'est-à-dire des dépressions de l'âme.

D autres philosophes, s'inspirant plus ou moins directement des idées d'Aristote, ont fait de l'âme un pnenma.

8 ÉCOLE d'alexandrie.

une vapeur subtile qui circule avec le sang, dont elle n'est qu'une évaporation. Mais au point de vue de la psychiatrie, la conséquence immédiate de cette notion physiologique, c'est que le sang gouverne eu maître absolu les fonctions intellectuelles. La raison se conserve en son entier, tandis que le sang est bien constitué ; s'il se corrompt, elle s'altère.

Poussant jusqu'à l'extrême les doctrines du maître, Théophraste, dans son Traité du vertige^ admet que le cerveau n'est qu'une excroissance de la moelle épinière, une sorte d'éponge humide destinée à tempérer les ardeurs de l'âme. C'est, comme vous le voyez, la théorie du rhume de cerveau. Le vertige, d'après Théophraste, est une affection de l'âme ; mais on doit en rapporter le siège au cœur, origine et centre de toutes les sensations.

Laissons un instant les disciples d'Aristote, et revenons aux platoniciens. L'école d'Alexandrie, essentiellement antimatérialiste, regarde l'âme comme un reflet de l'intelligence divine, une image affaiblie, mais fidèle, du principe éternel. Cette âme se divise en deux parties : l'une intelligente, qui se dirige en haut vers la tête ; l'autre irrationnelle, qui se dirige en bas vers le corps.

Or, comme aux yeux des Alexandrins l'âme rationnelle est toute l'intelligence, et comme ils en plaçaient lé siège dans le cerveau, ces vieux spiritualistes étaient déjà bien plus près de la science moderne.

Le centre psychique et sensoriel n'est plus le cœur ; c'est une partie de l'encéphale ; pour Hérophile, c'est la voûte à trois piliers ; pour Erasistrate, les méninges ; pour Strabon, les hémisphères. On ne saurait approcher davantage de la vérité. Ajoutons enfin qu'Erasistrate avait formulé d'avance, par une intuition de génie, une idée essentiellement moderne : c'est que l'étendue de l'intelligence est en rapport

Page 1