‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 80 sur 283 · INFLUENCE DE LA IDÉMOIRE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA IDÉMOIRE

de la pensée dans les hallucinations de l'ouïe. Quant à l'influence de la mémoire, elle n'est contestée par personne. Il est facile, en effet, de démontrer que bien souvent les images, les discours, les apparitions, en un mot, les hallucinations en apparence les plus spontanées ne sont en réalité que la reproduction des souvenirs ensevelis depuis longtemps dans les profondeurs inconnues de notre esprit, et qui ressuscitent, à notre insu, sous l'influence, d'une excitation morbide.

Mais, sans parler de ces tableaux complexes qui résultent de l'assemblage d'une multilude d'éléments disparates, il existe de nombreuses observations où les impressions vives qui ont laissé une trace profonde dans la mémoire se reproduisent dans les hallucinations. Nous n'en citerons que deux exemples. Une jeune fille voit le feu prendre à la maison de ses parents; aussitôt elle est atteinte d'un délire inrieux, voit le feu partout, croit brûler elle-même et succombe au bout de quelques semaines ; son dernier cri est • «Au feu! au feu (1)1 »

On assure que Méhémet-Ali, pacha d'Egypte, était sujet à im phénomène pathologique du môme genre. Un jour, dans un combat, il se laissa entraîner au milieu des ennemis Éloigné des siens, entouré de toutes parts, il allait périr il parvmt cependant à se dégager sain et sauf; mais l'im- Pression qu'il avait reçue au moment du danger avait été trop profonde pour ne point laisser de traces. Longtemps après cet événement, il éprouvait, à certains intervalles, "ne hallucination singulière. Tout à coup, au milieu du ^'ience du palais, on l'entendait pousser de grands cris : il

débattait avec effort, comme un homme attaqué; cela

(I) Griesinger, op. cit., p. m.

ne durait qu'un instant: c'était la scène du combat qui se

reproduisait (1).

On ne saurait donc exagérer l'influence des dispositions intellectuelles et morales dans les phénomènes de cet ordre; mais, s'il est incontestable que rimagination, la mémoire et les sentiments exercent une influence prépondérante a cet é-ard, il n'est pas moins bien démontré que les fausses perceptions ne présentent quelquefois aucun rapport appréciable avec les idées, les souvenirs et les affections du malade- ce sont des visions fantastiques, des apparitions bizarres, qui semblent, au premier abord, de véritables

créations du hasard.

11 en est souvent de même dans les rêves, dont la profonde analogie avec le délire sensoriel a frappé presque tous les observateurs modernes. « L'homme donne un corps aux produits de son entendement; il rêve tout éveillé, » dit Esquirol en parlant des hallucinations (2). Cette idée, que la plupart des auteurs ont acceptée dans une certaine mesure a été développée par M. Moreau (de Tours) avec une grande puissance de logique (3). On ne saurait meconnaître la ressemblance frappante, disons mieux, les rapports intimes qui relient entre eux ces deux ordres de faits; Ltefois, ce rapprochement, que tout semble lustifier au point de vue psychologique, n'est pas absolument correct dans le sens médical. Les rêves, en effet, sont compatible ■ avec la santé la plus irréprochable ; les hallucinations au ^ contraire, sont toujours l'expression d'un état patl^^^^^ gique, comme nous chercherons à le démontrer plus lom.

(1) Pariset, cité par Baillarger, Mémoire cité, p. 3iO. Paris, 1845, p. 1-43.

HALLUCINATIONS UYPNAGOOIQDIÎS. 101

Ces réserves faites, nous sommes prêt à reconnaître que les rêves, dans la plupart des cas, présentent tous les caractères essentiels des véritables hallucinations. Le rêveur, comme l'halluciné, est pleinement convaincu de la réalité de ses perceptions imaginaires; comme l'halluciné, il voit apparaître, sous une forme animée, les préoccupations qui l'agitaient pendant l'état de veille; comme l'halluciné, il assiste au dédoublement de sa propre intelligence, et retrouve ses propres pensées dans la bouche d'un autre luimême (1); enfin, comme nous l'avons déjà fait observer, les impressions du rêve persistent quelquefois à l'état dé veille et viennent se mêler aux faits de la vie réelle. « Pour un assez grand nombre d'aliénés, dit Moreau (de Tours), la folie n'est, en réalité, que la continuation d'un rêve (2). »

Mais il est une condition parfaitement normale qui se rapproche encore plus, s'il est possible, de l'aliénation mentale : c'est l'état intermédiaire à la veille et au sommeil, qui favorise de la manière la plus évidente le développement des hallucinations chez des individus qui jouissent d'ailleurs de la plénitude de leurs facultés intellectuelles.

vi?-f W'' ^'"'■y- ^«^tain personnage qui

venait de Mussidan, je lui demandai où se trouvait cette ville : Ces

ir/e t'"'' ''''''' département de la Dor-' gne Je me réveille peu d instants après avoir eu ce rêve... Je me

o n LT" géographique, et, à mon grand

onnement je constate que l'interlocuteur de monrê.e savait mieux t «^'«^t-à-dire que je m'étais rappelé en rêve

' fait oublie a Tétai de veille. » Op. cit., p. M6

M Faure L??' ^""^»''<^^ ""ssi l'intéressant travail do

VS^^ très remarquable de ce genre (Des

" prolonges) u la suite de mon opuscule sur la morphinomaiii .

102 DES liLliMENTS MOUlîIDES DE LA EOLIE.

Depuis longtemps les physiologistes avaient signalé l'existence de ces perturbations sensorielles qui, chez plusieurs sujets, se produisent au moment où ils vont s'assoupir; mais les connexions intimes qui rattachent ces phénomènes à la folie ont été mises en lumière pour la première fois par M. Baillarger (1): il a prouvé que ces troubles précèdent quelquefois l'explosion d'une maladie mentale, et que, dans certains cas, ils se prolongent après le réveil du malade et peuvent ainsi devenir le point de départ d'une perturbation plus ou moins complète de l'intelligence. ' M. Maury, s'appuyant sur son expérience personnelle, s'est livré à une analyse très approfondie de ces phénomènes qu'il décrit sous le nom ^hallucinations hypiagogiques. Il a montré leurs rapports avec les impressions venues de l'extérieur; et, fait plus remarquable encore, il a constaté que souvent les rêves les plus comphqués n'ont

point d'autre origine. ^

On voit par là que, nées dans la période intermédiaire a la veille et au sommeil, ces hallucinations donnent la main d'une part au rêve, d'autre part à la folie; quelle preuve plus manifeste pourrions-nous donnner de l'étroite parenté qui relie ces deux états?

Il nous reste à discuter une question longtemps controversée et sur laquelle, grâce à des concessions réciproques, l'accord semble à peu près rétabli.

Les hallucinés sont-ils toujours fous? Telle est la question qui, depuis les travaux si mémorables de M. Lélut, a été agitée avec ardeur, je dirai presque avec passion, et

ii) De l'influence de. Vélal intermédiaire à la veille et au so,n,ml JX yrodLtion et la n^arcU des hallucinations [Annales med.opsychologiques, 1845).

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