‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 90 sur 283 · URINES. SUEUR · texte numérisé non relu

URINES. SUEUR

Quelques phénomènes accessoires doivent être signalés ici. On a rencontré de l'albumine en quantité sensible dans les urines des aliénés. Lorsque je parle d'albumine, j'élimine tous les cas dans lesquels il y a altération des reins ou maladie du cœur. Il s'agit d'albuminurie chez les aliénés indemnes de toute autre affection ; mais ce phénomène est tellement banal, qu'il est difficile de lui attribuer une signification vraiment typique.

11 est un trouble plus profond signalé surtout par les observateurs anglais. C'est le diabète, ou plutôt la glycosurie. Le diabète proprement dit, avec polyurie, est rare chez les aliénés; la glycosurie l'est moins, et c'est là un trouble qui se rattache directement aux modifications que présente l'encéphale et peut-être le bulbe rachidien.

Un dernier fait, l'oxalurie, a été signalé chez certains malades par Lindsay.

Il est une fonction qui, dans l'ordre physiologique, se rattache de la manière la plus intime à la sécrétion uri- Daire : je veux parler de la sécrétion sudorale. Dans l'état normal, il existe une sorte de balancement régulier entre les deux fonctions; il n'en est pas de même chez les aliénés. La sécrétion de la sueur semble participer au mauvais état des fonctions de la vie végétative. Les malades n'urinent pas, ils transpirent moins encore, et c'est chez eux surtout que l'on constate cet état de la peau, cette sécheresse, qui résulte de la suppression de la transpiration cutanée. Chez certains individus, on voit au contraire se produire le phénomène inverse : les aliénés en état d'exaltation sont souvent mondés d'une sueur profuse.

Chez d'autres sujets, ce sont les glandes sébacées dont 1 activité fonctionnelle est poussée à rextrêmc ; il en résulte une véritable séborrhée, à laquelle il faut peut-être ralta-

192 l-'lîl''^''' PHVSIÛUIÎ DES ALIGNÉS.

cher cette odeur particulière que présentent les aliénés et •qui ne saurait être niée par un clinicien vraiment observateur. 11 vous sufllra de vous promener dans les salles de réunion de notre clinique pour vous convaincre de la vérité de ce fait. Cette odeur ne dépend pas du défaut de propreté des malades; ce n'est point l'odeur si fréquente dans les quartiers de gâteux; ce n'est point non plus l'odeur infecte que l'on rencontre dans une caserne ; ce n'est point ce parfum peu agréable qui s'exhale de toute réunion nombreuse d'individus malpropres. C'est une odeur spéciale et ce n'est guère qu'à la sécrétion sudorale ou sébacée qu elle

peut être attribuée.

Je passe à une autre fonction, dont les relations intime, avec le système nerveux central ont été depuis longtemps démontrées : je veuxparler de la sécrétion sali vaire. Celle-ci subit, chez les aliénés, des modifications notables en rappor aveclestroublesdel'innervationglandulaire;ellesubitdes

modifications dans sa quantité et dans sa composition chimique Chez les mélancoliques, la sécrétion sahvaire diminue comme toutesles autres, comme cehe de l'urine, comme celle de la sueur. La bouche est sèche, la langue est dure les lèvres sont parcheminées ; l'individu ne crache pas. Un phénomène inverse se produit chez les mamaques ; ici la iLivation est incessante. La salive off-t-elle chez ces malades des caractères spéciaux ? Sous ce rapport il faut d nguerdeuxvariétés.Danssesmémorablesexperiencessur

'glandes salivaires, Cl. Bernard avait démontre exi tnfe de deux sortes de salive. Tantôt la saln-ation es voauée par l'excitation des nerfs moteurs de la glande a rictrisez ces nerfs, vous voyez s'écouler une quan^^^ considérable de salive riche en vél-^l^ aqueux ^Lo q^ agit au contraire sur le grand sympathique, la sdne

SALIVE, SUC CASTIUOUE. 193

vient filante et visqueuse : c'est une modification complète de la sécrétion qui correspond à un ralentissement de la circulation.

• Nous rencontrons ces deux phénomènes chez les maniaques. Tantôt la salive est très liquide et très abondante; tantôt, au contraire, on voit apparaître, en quantité également considérable, une salive épaisse, qui semble avoir de la peine à se détacher : c'est la salivation par le grand sympathique.

Ces troubles de la sécrétion salivaire se présentent quelquefois d'une manière périodique; c'est ce qui se passe chez un des malades que nous avons en ce moment dans le service, et qui se trouve dans la période d'excitation d'une Me circulaire. Chez lui, la salivation coïncide avec une sueur profuse ; il y a là une excitation spéciale du système nerveux agissant sur certaines glandes.

Quelquefois on rencontre, chez les aliénés, un véritable ptyalisme, un crachotement perpétuel qui se rattache à un état permanent.

Il me reste à vous dire quelques mots sur d'autres sécrétions. La production du suc gastrique se modifie chez les aliénés; chez les mélancoliques, elle est plus ou moins complètement supprimée, et c'est l'une des causes de cette sitophobie, de cette liorreur des aliments, qui se manifeste souvent chez eux dans la période dépressive. Chez d'autres, la sécrétion est au contraire exagérée, comme on le voit chez les déments, chez les maniaques.

^ Ce qui paraît surtout diminuer chez les aliénés, c'est la sécrétion du suc intestinal; cela peut expliquer, dans une certaine mesure, la fréquence de la constipation chez les lous, et plus spécialement chez les mélancoliques. Il estutile de remarquer que, chez beaucoup d'individus,

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la voracité qui les caractérise coïncide avec une maigreur extrême. Ce sont donc des malades qui ont une exaltation des fonctions de l'estomac, mais chez qui l'assimilation est imparfaite.

D'autres sécrétions peuvent subir des modifications. Chez beaucoup de mélancoliques, on voit se tarir complètement la source des larmes. Un malade, cité par Guislain, disait : « Je ne puis plus pleurer; mes yeux soiit aussi secs que

mon cœur. » r . j.

Il est des sécrétions qui se rattachent à des faits d un ordre spécial : je veux parler de celles de l'âppareil génital. La sécrétion du sperme est modifiée chez les aliénés au dé bût de la folie. Chez les maniaques, chez les paralytiques, elle s'exagère ainsi que les désirs génitaux ; à ce moment, les malades se livrent à des excès de toute espèce; mais, d'une manière habituelle, cette période d'excitation ne dure pas longtemps. Chez les vrais aliénés, les fonctions génitales semblent abolies, et ils n'éprouvent aucune impulsion de

ce genre. . , , , .

Chez les femmes, la fonction dé l'ovulation est également troublée, mais on pourrait dire que les phénomènes éprouvent à cet égard une marche inverse. Au début de la folie, quelle que soit sa forme, la menstruation est supprimée, e ie parle ici de la folie proprement dite, de celle qui survient sous l'influence de causes morales ou cérébrales . L oA'ula tion s'arrête, et c'est par là que commence l'évolution des phénomènes. Plus tard, à la période terminale on voit habituellement la menstruation se rétablir par deux ordre de causes différentes ; chez les unes, parce que la santé 1^^ même devient meilleure : chez les autres, parce q a coutumance s'est établie, et que l'otganisme a re e cours de ses fonctions pour ce qui touche a la vie vogotatne

ÉTAt DE LA PEAU. 195

Au Milieu de ces troubles divers qUe présentent les séci'étîons, on doit s'âttendré à des modifications profondes dans l'état de l'enveloppe cutariée. Elles font partie de cet habitus extérieur eii rapport âvec les troubles de la hulrilion qui caractérisent si souvent la folié;

Et d'aboi-d là pèau, chez les aliénés, offre une tetidatice à l'atrophie ; elle est dittlinuéé dâns son fonctionneraëiït,la transpiration sudoralè tend à se tarir, et, par suite, l'êpidéfttie devient sec et fehdillé.

Les attnexës du système cUtàtié sUbissfeht l'influénce de Cët état : les ôrigles deviennent fragiles, se déehirént, se fendillent ; chez un gl-afld nofflbrë d'aliénés, oii voit se produire l'atrophie du système {ïileux ; les cheveux deviéniieiit secs, cassants, rarës ; chez beaudoup il se développe Une calvitie précoce. Ces troubles peuvent égalemeflt porter suf la coloration des poils. Uien de plUs fréquent que devoir blanchir les cheveux à la suite d'UH accès d'âliéflatîofi mentale. Quelquefois les chevéUx blanchissent et repreflnent alternativement leur coloration normale. Stievens â rap^ porté l'histoire d'Un maniaque ifitëritiittent, dont là folie offrait un caractère péHodique : les dheVëUx, ChSi Cet homme, passaient d'un blanc d'argent à un noir assez prononcé, d'est ià un fait assez singulier et qui pëut Rencontrer quelque incrédulité. Pourtant, dâns l'ordre pathologique, les faits de ce genre në gorit pas absolument irlconnus. Dans la maladie d'Addison, dans la mélanOdermie liée à une altération des capsules èUrféfiales, on voit se développer une pigmentation dè là |jèau et dU Système pileux, et l'on a vu des clievëux blancs redevenir noirs par suite de cette pigmentation générale.

Les aliénés présentent souvent un état analogue. La raélanodermie peut se rencontrer dans un grand nombre de

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maladies. Il y a, chez les tuberculeux, une coloration parti- ' | culière qui paraît coexister avec le ralentissement de l'hé- j matose. Les phtisiques respirent mal; l'oxydation du sang \ se fait mal chez eux, et il se dépose dans la peau du pigment et du carbone non consommé. De même les mélancoliques noircissent par la raison qu'ils ne brûlent pas leur carbone. Aussi voit-on souvent la couleur normale revenir chez ces sujets lorsqu'ils marchent vers la guerison.

Des altérations plus profondes peuvent se développer dans d'autres tissus. On rencontre des lésions très prononcées du système osseux et du système cartilagineux. G est a ce dernier ordre d'idées qu'il faut sans doute rattacher quelques phénomènes très remarquables, comme les hématomes de l'oreille et d'autres régions; ces lésions se rencontrent surtout dans la paralysie générale. Je désire attirer principalement votre attention sur les altérations des os.

On sait depuis longtemps que les aliénés, certains d entre eux du moins, sont très -exposés aux fractures de tout genre. Rien n'est plus facile que de leur casser les cotes. On a souvent accusé la camisole de force et les gardiens, mais, ces fractures tiennent en grande partie au mauvais état de

r— e aussi, chez les aliénés, l'ostéo-malacie. Un travail sur cette question a été présenté en 1879 par Ringrose Atkins au congrès de l'Association médicale r tannique, à Cork. Cette question a ete étudiée en AU magne et en Angleterre par divers observateurs, Gudden, Merser, etc. Au point de vue macroscopique, les os deviennent mous, fragiles, faciles à couper; ils tendent à prend une tlte grisâtre particulière. Cet état paraît coïncider

ecu-au^^^^^^^^^^^

Lorsqu'on étudie au microscope ces altération., on

ALTjiUATIOINS DES OS. 197

constate une tendance à la disparition des éléments caractéristiques du système osseux, qui sont remplacés par de la graisse. C'est donc une dégénérescence graisseuse du squelette en même temps qu'une diminution de la quantité des sels calcaires. Ce sont là des phénomènes qui existent également dans l'ostéo-malacie ordinaire, par exemple dans celle qui peut se montrer chez les femmes dans l'état puerpéral.

Cette dégénérescence graisseuse se rencontre ailleurs ; on la retrouve dans les vaisseaux dont les parois sont altérées, et c'est là une des causes du purpura et des taches ecchymotiques qui sont si fréquentes chez certains aliénés. Je me contenterai de vous rappeler l'observation d'un malade chez qui le purpura était tellement général, que, vu de loin, c'était un homme bleu.

^ Il me reste à vous signaler quelques autres troubles fonctionnels. L'état du pouls, les troubles circulatoires, que je vous ai déjà signalés, semblent se rattacher à une modification de la circulation capillaire ef à la stase veineuse. Les troubles dont je veux vous parler ici se rapportent plutôt à des altérations artérielles.

Leuret et Mitivié ont publié un traité sur l'état du pouls chez les aliénés. Ils l'ont étudié surtout au point de vue du rythme et de la fréquence ; mais ces phénomènes sont relégués au second plan par les données que nous fournit ilasphygmographie. Quelques données principales se déi tachent des nombreux tracés publiés à cet égard. Wolff a iformulé,àla suite de ses recherches, des conclusions qui ■peuvent se traduire ainsi. En premier lieu, à l'état pathoogique normal pour ainsi dire, il existe un rapport entre 1 a courbe des températures et les oscillations du pouls ; le iiracésphygmographique présente des différences de niveau

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en rapport avec l'élévation pu l'abaissement de la température. La caractéristique des aliénés, c'est la perte ce parallélisme entre les battements des vaisseaux, d'une part, et les fonctions de caloriûcation, d'autre part. C'est 1^ nn fait qui témoigne d'un trouble profpnd dans la synergie des fonctions.

En second lieu, dans les cas graves, le dicrotisme ac^ compagné de la lenteur du pouls a été observé bien des fois chez des sujets sains d'esprit, mais frappés d'une altération profonde du système nerveux central. On le rencontre également chez des aliénés présentant des formes graves et qui ne doivent pas guérir. Lorsque vous trouverez, phe? nos malades, un pouls lent et diorote, l'individu aura toute chance de marcher vers la démence,

A côté des altérations du pouls se placent les variations delà température. La folie, disait Esquirol, est une affection sans fièvre; ainsi nous devons nous attendre à ue pas ren. contrer ces variations thermométriques qui accompagnent d'ordinaire les affections aiguës. Quand elle produit des modifications de température, c'est le plus souvent dans le sens de l'abaissement. Chez les mélancoliques, le thermomètre placé dans le rectum peut facilement descendre jus. qu'à 3S degrés ; mais ce qui paraît plus étrange, c est qu un phénomène analogue se produit quelquefois chez des agites Chez les malades de cette espèce, on constate longtemp avant la terminaison fatale, des phénomènes de collapsus qui ne sont indiqués que par des abaissements de la tem rature qui peut descendre à 30, 28, 28 degrés. On cite ZeL cas dans lequel le thermomètre serait tomb a chiffre de 23 degrés centigrades, quelque temps avant la mort.

TiîMPÉnATimE. -199

Ce qui paraît se dégager de l'étude de ces observations, c'est qu'un abaissement notable de température peut précéder d'un temps assez long la crise finale qui doit se terminer d'une façon défavorable.

Cependant, on voit quelquefois la température monter; on la voit surtout se développer chez les individus frappés d'une constipation opiniâtre, chez ceux dont la sécrétion urinaire est ralentie. On voit, enfin, cette élévation se manifester chez les individus qui ont subi une excitation physique ou morale, et, dans ce cas, le thermomètre a pu s'élever jusqu'à 40 degrés.

Si l'état de la température centrale fournit des renseignements intéressants, le fait est encore plus frappant lorsqu'il s'agit de températures locales. Sous ce rapport, des recherches plus complètes et plus précises ont été faites dans ces temps derniers. On sait actuellement qu'il existe, dans beaucoup de formes d'aliénation mentale, des difî"érences très notables de température entre les parties supérieures et les parties inférieures du corps, entre l'une et l'autre moitié. On constate souvent, chez les maniaques, chez les agités, des différences qui peuvent aller à 1 degré et au delà. Ces modifications sont habituellement en rapport avec un trouble de température locale en sens inverse du côté de l'encéphale. C'est le système des impressions croisées. Une excitation faradique, portée sur un côté de I l'encéphale, développe une augmentation de température ■1 du côté opposé du corps. Au contraire, une excitation lé- • gère et longtemps prolongée amène un abaissement de

température du côté opposé.

I Peut-être trouverons-nous dans les faits de ce genre exphcation de ces modifications de température qui se présentent chez les fous.

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