III. Il existe des lésions vraiment caractéristiques, mais
(1) L'un des faits qui ont exercé, sous ce rapport, la plus grande inQuence sur l'esprit des contemporains, est celui que rapporte Esquirol : une maniaque, en pleine crise d'agitation, est tuée par une de ses compagnes. L'autopsie, pratiquée dans des conditions où l'on semblait devoir surprendre la nature sur le fait, ne révéla dans l'encéphale aucune lésion appréciable.
â06 DES LÉSIONS ANAtOMtftUÉS IIE LA FOLIE.
sêLileniëtît dcins les cas oîi la folie est compliquée de pàt-alysie oU d'&utres tfoUbles du rtioUVement.
IV. Les lésions anatomiqUes, lorsqu'elles existent, doivent êti*e considéréesj non comme les causes, fflais comtne les COiiséqiieîices de là rnaladie.
Avant de discuter ces arguments, dont je ne saurais lîié^ cdilnaître la valeur^ je veux dresser le catalogue de ilos conndss&iices et préciser la somme des données positives que nous possédons à cet égard; et peut-être reconnaîtronsnous que nous n'étions pas aussi pauvres qUe nous l'avions pensé. C'est àinsi qu'un grand seigneur ruinée qui fait l'ifivetitâire de ses biens, sê trouve quelquefois plus riche qu'il ne l'avait supposé.
Il est bien entendu que la paralysie générale, l'idiotie et les déformations congénitales du cerveau doivent être absolument laissées de côté. G'ëst à la vésaïiie pure que nous avons exclusivement affaire.
Constatons, avant tout^ que les lésions grossièr.es de l'encéphale ne produisent que bien rarement la folie. Les tumeurs, les hydaties, lés abcès, les anévrysmes de calibre, les fortes hémorragies, les ramollissements étendus produisent quelquefois des troubles intellectuels, mais ne deviennent guère la cause d'une véritable aberration mentale.
Dans un travail que j'ai publié il y a quelques années, avec Krishaber, sur la symptomatologie des tumeurs cérébrales (1), j'avais réuni deux cent soixante-quatorze cas de tumeurs et abcès des hémisphères, et, dans ce nombre si considérable de faits, je ti'ai rencontré que SLt eftS
(l)Ball et krishaber, Cerveau (ÎUnieufs du), in Dict . cncycL des se. médicales.
ANiîniiR cÉuÉnnAi.E. 207
de folle (1/55), mais il existait des troubles intellectuels dans quatre-vingt-cinq cas (1 /3).
Du resté, il y a longtemps que Griesinger, signalatit là différence entre les lésions h foyers Èt les lésions diffuses de l'encéphale avait remarqué- (Juë ce sont surtout ces dei*iiières qui ëtigéndrent l'aliénation mentale ; et les observations si célèbres d'Abercrombie et de M, le professeur Richet, dans lesquelles un hémisphère tout entier (tantôt le droit, tantôt le gauche) avait pu être détruit sans qu'il se fût manifesté aucun trouble de l'intelligencej ont démontré que l'on peut perisér avec Une moitié dei cerveau quand une fois on en à pris l'habitude. Des faits iionibretix sont venus depuis lors confirmei* cette manière dé voir.
C'est donc à des lésions plus délicates, plus subtiles^ ët par cela même plus difficiles à ttouver, que se rattachent probablement ces troubles profonds des facultés intellectuelles qui constituent l'objet de nos études eiî médecine mentale.
Ces prémisses Une fois posées, entrons eri matière.
Uiie distinction indispensable simpose à tout observateur qui Veut étudier l'ensemble des faits que nous connaissons aujourd'hui. Il faut séparer là folie aiguë de la folie chronique. La première est un orage qui éclate avec violence, et peut déterminer la mort avant que les organes aient gardé l'empreinte de son passage. La seconde^ atl conttaire, a eu, pour ainsi dire, le temps d'y appose!- sa signature, et l'on doit s'attendre à en retrouvefles marques. En effet, dans la folie aiguë, les autopsies soflt bien plus rares et eti même temps infiniment moins satisfaisantes quë dans les cas chroniques.
Il faut l'avouer franchement : dans un grand nombre de cas de vésarlie aiguë, le certeciu paraît absolument saifi
208 l>ES LÉSIONS ANATOMIQUES DE lA FOUE.
à l'autopsie. Ces faits négatifs, qui font le désespoir de certains aliénistes, sont pour le moins aussi intéressants que les faits positifs. Ils établissent un rapport intime entre la folie d'une part, et, d'autre part, l'épilepsie, la chorée, l'hystérie, la paralysie agitante et toutes ces grandes névroses où la motilité, la sensibilité et l'intelligence sont lésées tour à tour ou simultanément, sans qu'il existe aucune lésion matérielle appréciable des centres nerveux.
Mais on trouve des lésions positives dans beaucoup de cas. Nous allons en dresser rapidement la liste.
Les troubles de la circulation occupent la première place. Quelquefois on observe de l'anémie. La substance cérébrale et'spinale est exsangue et les vaisseaux sont plus ou moms complètement vides de sang. Mais, dans la grande majorité des cas, c'est le contraire qui a lieu, c'est l'hyperémie qui prédomine ; elle a pour siège de prédilection la pie-mère et la substance corticale sous-jacente. Les capillaires veineux surtout sont gorgés de sang et il existe une couleur rouge de la substance corticale, occupant des îlots dissémines. Tout récemment, chez un mélancolique, qui a succombe dans e service à une pneumonie congestive, je vous montrais, a la surface des deux hémisphères, cet état congestif qui ressemble, au premier abord, à une ecchymose sous-meningée. On rencontre parfois des apparences analogues dans le rhumatisme cérébral.
A côté des hyperémies et des stases sangmnes, il laut placer les effusions séreuses, qui jouent un rôle important en pathologie mentale, soit qu'il existe un véritable epanchement liquide, soit que l'on ait affaire à un œdème du
cerveau. ni,,/»
Mais il est des lésions plus profondes encore. Quelquefois, au niveau de l'hyperémie, il existe un ramollissement