DE L'EXCITATION MANIAQUE
Sommaire. — Définition de Falret. — Surexcitation générale des facultés de l'intelligence. — Surexcitation des mauvais instincts. — Surexcitation intellectuelle. — Malades impossibles à vivre.
Phénomènes physiques. — Besoin perpétuel de mouvement. — Exaltation des sensations génitales, surtout chez les femmes. — Manie de la destruction.
Etat physique. — Insomnie, sensation de bien-être, sorte de turgescence vitale. — Diminution de poids. — Les hallucinations sont rares chez ces malades.
L'excitation maniaque n'est qu'un symptôme. — Elle est souvent le premier terme de la folie circulaire ou de la paralysie générale. — Elle peut être un symptôme de l'hystérie.
Traitement de l'excitation maniaque. — Isolement. — Moyens pharmaceutiques.— Bains tièdes prolongés etcourants galvaniques.
Messieurs,
Dans la leçon précédente, je vous ai tracé lô tableau de la manie aiguë ; j'ai cherché à vous en indiquer la marche, à en préciser les caractères, à définir la forme de délire qui lui est propre , à vous montrer les phénomènes physiques qui l'accompagnent d'une manière à peu près conslante.
Je vais maintenant aborder l'histoire d'un état pathologique qui se rapproche, par bien des côtés, de celui qui \iont de faire l'objet de nos études et qui pourrait, au point de vue purement psychologique^ être considéré comme un premier degré, comme un stade inférieur de la manie pro-
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prement dite ; je veux parler de l'excitation maniaque.
Je crois que l'on doit réserver une place à part à cette forme de l'aliénation mentale et ne pas la confondre avec la manie. Montrer les différences et les analogies qui réunissent ces deux états sera, je l'espère, un moyen nouveau de vous prouver que, dans l'étude de ces formes diverses du délire, ce sont des collections de symptômes et non pas des maladies proprement dites que nous trouvons devant nous.
- L'excitation maniaque, comme la manie aiguë, lorsqu'elle résulte d'une prédisposition morbide et non d'un accident imprévu, débute le plus habituellement après un stade de dépression analogue à cette période mélancolique qui caractérise la manie aiguë. Cette période une fois terminée, on voit éclater un état particulier dont nous diviserons les manifestations en deux ordres: les troubles intellectuels et les phénomènes purement physiques.
Qu'est-ce que l'excitation maniaque? Les définitions sont toujours difficiles à formuler ; c'est un écueil sur lequel se brisent les esprits les plus réfléchis et les plus vigoureux, et lorsqu'il s'agit d'un phénomène aussi variable dans ses manifestations que l'excitation maniaque, notre embarras est encore plus grand. Je me contenterai donc de vous rappeler la définition de Falret, qui me paraît convenir à la plus grande partie des cas. Ce qui caractérise cet état intellectuel, cette forme de psychose, c'est la surexcitation générale de toutes les facultés, le désordre des actes, sans trouble manifeste de l'intelligence. Nous allons apprécier les différents termes de cette définition en cherchant à les justifier.
On rencontre, chez les excités maniaques, une surexcitation générale de toutes les facultés de l'intelligence, et
surtout une exagération singulière de ses manifestations extérieures; à celte excitation générale se joint une mobilité d'idées, qui cependant ne va pas jusqu'à l'incohérence. Il existe en même temps une pertubation morale qui porte les malades à des actes extravagants et q uelquefois coupables.
Mais, au milieu de ce tumulte intellectuel, il subsiste un certain degré de logique, qui domine la situation et empêche les malades de tomber dans l'absurdité complète. Examinés superiiciellement, ils ne semblent pas présenterde délire au premier abord, et souvent on peut s'entretenir longtemps avec eux sans saisir de conceptions délirantes. Telle est, en pareil cas, l'une des sources les plus fécondes des dissentiments quiéclatentsi sou vent entre la familledu malade, les amis qui viennent le visiter, les autorités chargées de l'interroger et le médecin qui s'occupe du traitement. Observant le sujet avec une attention soutenue pendant un long espace de temps, l'aliéniste acquiert souvent des preu-' ves manifestes de délire, qui échappent à des visiteurs moins exercés et moins attentifs. Le malade, qui se plaint volontiers de son entourage, et surtout deson médecin, parle souvent avec une grande élégance, avec beaucoup de recherche, ou tout au moins son élocution est très facile ; et c'est un tel homme, s'écrie-t-on, que l'on veut faire passer pour foui
On est souvent frappé de l'étendue de leur esprit, de l'originalité de leurs conceptions, de la hardiesse de leurs pensées. Chez beaucoup de ces malades, l'inspiration naturelle, l'excitation morbide de l'intellect supplée au défaut d'éducation ; on a vu des paysans s'exprimer en leur patois avec une véritable éloquence. Mais, si l'on s'attache à suivre pendant quelque temps la conversation de ces sujets , on est frappé de la violence des sentiments qu'ils expriment ; chez eux, tout semble exagéré ; pour eux, le