SEXE, MARIAGE, CÉLIBAT
tique, on trouve qu'en France et en Angleterre, c'est dans le sexe masculin que se trouve la proportion la plus élevée d'aliénés. Mais il faut se rappeler qu'il existe parmi les hommes une population considérable d'idiots et de crétins, ce qui rétablit l'équilibre dans une certaine mesure, car si l'on déduit ces congénitaux du nombre total des aliénés, on trouve moins de fous dans le sexe masculin que dans le sexe féminin. En Prusse, dans les asiles, on trouve une proportion de six femmes aliénées contre cinq hommes. Il faudrait peut-être admettre, avec Jarvis, que la race influe dans une certaine mesure sur ce point. Quoi qu'il en soit, la différence entre les deux sexes au point de vue de l'aliénation est relativement peu importante.
Toutes les statistiques s'accordent à faire l'éloge du mariage et à signaler chez les célibataires et les veufs une plus forte proportion d'aliénés. Mariez-vous donc, messieurs, et deux fois plutôt qu'une. Mais je dois vous prévenir que, d'après tous les auteurs, l'une des causes les plus fréquentes de la folie, ce sont les chagrins, les soucis et les dissentiments de la vie conjugale. Il semble assez difficile de réconcilier ces données contradictoires. Il vaut peut-être mieux changer les termes de la question et se demander quels sont les célibataires qui deviennent fous.
A part les exceptions, la plupart des célibataires du sexe masculin sont pauvres d'argent ou de santé. Les premiers n'ont jamais pu fonder une famille, parce que les moyens matériels leur faisaient défaut; les seconds ont dû renoncer à la vie conjugale, pour cause de misère physiologique. Chez les premiers, les privations, le travail et l'angoisse ont contribué plus peut-être que le célibat h développer la folie; chez les seconds, les prédispositions morbides ou-
vraient largement la porte à l'ennemi. Mais un bon chanoine, pourvu d'une grosse prébende et d'une brillante santé est un célibataire très normal, qui peut vivre longtemps sans présenter le moindre trouble intellectuel.
Restent enfin les hommes vicieux, qui, s'adonnant à la débauche, sont peut-être les seuls célibataires dont la condition favorise directe^ment l'explosion de la folie. Mais il ne faut point oublier que si beaucoup de fous des deux sexes sont célibataires, c'est précisément parce qu'ils sont fous ; frappés de bonne heure dans leurs œuvres vives, ils se sont vus rejetés en dehors du mariage par la fatalité même de leur position.
Chez les veuves, on rencontre une proportion exagérée de folles, et cela ne s'explique que trop facilement lorsqu'on songe aux difficultés et aux douleurs sans nombre dont leur existence est entourée.
Quant aux prostituées, elles versent facilement dans l'aliénation mentale, d'une part, en raison des excès alcooliques qu'elles sont habituées à commettre, d'autre part, en raison de la faiblesse d'esprit qui chez beaucoup d'entre elles est un vice congénital. Tous les médecins qui se sont occupés de cette classe particulière de la société conviendront sans peine que l'intelligence y est à un niveau très inférieur ; et ce n'est point sans raison que le corps admirable de la Vénus de Milo est surmonté d'une tête d'enfant : c'est une beauté microcéphale.
Occupons-nous maintenant de l'influence des milieux. Il serait fort intéressant de savoir quels sont les climats dont les conditions influent le plus énergiquement sur le développement de la folie; mais dans l'état actuel de la science, il nous paraît impossible de résoudre la question. Les ré-