‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 174 sur 258 · ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES. SI · texte numérisé non relu

ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES. SI

bout d'un quart d'heure on voit changer complètement la pente de leur esprit.

Leur sensibilité n'est pas moins affolée que leur jugement. Stoïques devant les plus grands malheurs, elles s'emportent sous l'influence des plus minces contrariétés jusqu'à éprouver des crises nerveuses d'une extrême violence.

Par un contraste frappant avec la mobilité de leurs idées, ces malades sont animées d'un esprit exagéré de contradiction et d'un goût singulier pour la controverse. Elles prennent constamment le contre-pied de ce qu'on leur dit. Mais, par contre, elles ont au plus haut degré l'esprit d'imitation. On connaît les épidémies convulsives qui se développent si souvent chez les hystériques ; mais le délire n'est pas moins contagieux, et c'est surtout chez ces malades que l'on voit éclater ces idées folles qui, comme une traînée de poudre, parcourent une localité tout entière. Les hystériques ne sont jamais indifférentes pour leurs congénères; elles s'attirent ou se repoussent ; elles s'adorent ou se détestent.

Lorsque dans un service d'hôpital, au moment de la visite, il se déclare une crise d'hystérie, des quatre coins de la salle vous voyez accourir cinq ou six malades, toujours les mômes, qui s'empressent autour de la patiente ; ce sont les hystériques du service, qui ne sauraient laisser passer un accès sans s'en être mêlées ; et tandis que les autres malades de la salle manifestent de l'indifférence ou de l'ennui, les hystériques suivent avec un intérêt palpitant tous les détails de la crise, quitte à donner elles-mêmes, un instant après, le spectacle d'une attaque.

Il est fort naturel de supposer que cet empressement part d'un bon naturel, mais au fond il n'en est rien : il s'agit d'un mouvement de curiosité ou plutôt de l'attrait que ces

malades exercent les unes sur les autres, car au fond rien n'est plus égoïste que le caractère d'une hystérique ; constamment occupée à se plaindre, toujours disposée à gémir sur son propre sort, elle semble convaincue que tout dans l'univers doit converger vers elle.

Ajoutons enfin que rien n'est plus frappant chez ces malades que la rapidité, la soudaineté des impulsions et des actes. La cause la plus futile, la moindre contrariété, les refus opposés à un caprice passager, quelquefois des motifs plus frivoles encore, provoquent des explosions subites de colère souvent portées jusqu'à la fureur et accompagnées de violence. Il semblerait, pour parler le langage de certains métaphysiciens, que la sensation se transforme brusquement en idée, et l'idée en acte. C'est un réflexe, mais un réflexe moral.

Tous ces désordres de l'esprit peuvent se résumer en un seul mot : faiblesse. C'est, en effet, l'affaiblissement de la volonté qui est la clef de ces phénomènes singuliers ; avec une ferme volonté, on résiste à ces impulsions. L'hystérique n'y résiste pas, et c'est le secret de son extrême mobilité.

Mais, nous dira-t-on, le caractère hystérique, tel que vous le décrivez, n'est que l'exagération du tempérament féminin. Chez la femme à l'état normal nous retrouvons, à un moindre degré, toutes les perturbations que vous venez de décrire.

Sans doute, il existe un rapprochement qui s'impose entre le caractère hystérique et le tempérament féminin. Mais notons en passant que, dans les cas assez rares d'hystérie chez l'homme, ces troubles moraux sont encore plus accentués s'il est possible, ce qui prouve bien qu'il s'agit là d'une perturbation intimement liée à la maladie et totalement indépendante du sexe de l'individu. Mais il est un fait

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