‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 175 sur 258 · ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES · texte numérisé non relu

ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES

plus grave qui constitue au profit de l'hystérie un trouble psychologique vraiment caractéristique. Nous voulons parler de ce goût inné pour la tromperie qui dépasse la portée ordinaire de la duplicité et du mensonge. Pour ce qui touche aux symptômes de leur maladie, aux excentricités qui peuvent la caractériser, les malades, on le sait, sont toujours portées à l'exagération. Rien de plus dangereux, au point de vue scientifique, que de prendre pour des faits réels toutes les mystifications dont sont capables ces personnes, et c'est un écueil que n'ont point toujours évité les observateurs les plus justement célèbres. Mon maître, M. Moreau (de Tours), m'a souvent raconté que, pendant les premiers temps de son service à la Salpêtrière, il avait eu l'idée d'expérimenter les effets du haschisch sur les hystériques de son service, et qu'il avait obtenu les résultats les plus merveilleux. Mais tout à coup, saisi d'un scrupule bien légitime, il substitua des boulettes de mie de pain aux pilules qu'il avait précédemment administrées, et il eut la mortification de voir se reproduire les mômes symptômes avec une intensité toujours croissante. C'est ainsi que les phénomènes les plus étranges observés chez ces malades peuvent n'être que le fruit d'une simulation plus ou moins habile.

Choisissons un fait entre mihe. Une jeune hystérique, qui n'urinait presque pas, vomissait de temps en temps des flots d'un liquide qui présentait tous les caractères physiques et chimiques delà sécrétion urinaire. On était arrivé à croire à un véritable transfert de la sécrétion rénale sur les parois de l'estomac, lorsqu'une surveillance plus attentive fit découvrir la ruse de la malade ; elle avalait ses urines presque immédiatement après les avoir rendues. Que penser après de telles désillusions des faits merveilleux dont

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nous entretiennent certains médecins voués par profession au culte de l'hystérie ?

La même duplicité qui s'observe chez ces malades se rencontre dans les rapports ordinaires de la vie, en dehors de toute question relative aux symptômes de leur mal. Ce sont des accusations mensongères contre leur entourage ; ce sont des récits absolument imaginaires, mais assez bien construits pour paraître plausibles au premier abord. Enfin, comme l'a si bien fait observer, dans une occasion récente, M. le professeur Lasègue, il est des hystériques chez qui le besoin de tromper s'exalte jusqu'au délire. Elles mentent absolument pour le plaisir de mentir.

Un autre penchant qu'on reproche assez volontiers aux

hystériques, c'est l'érotisme, soit au point de vue sensuel, soit au point de vue moral. Les anciens ont beaucoup exagéré l'intensité de cette tendance, qui, pour le vulgaire, est devenue synonyme du mot hystérie ; les modernes, et surtout M. Moreau (de Tours), ont montré combien cette imputation formulée d'une manière aussi absolue était mal fondée.

Il est incontestable que chez beaucoup d'hystériques il existe une aversion absolue pour les rapports sexuels ; chez d'autres il existe une sorte d'érotomanie platonique s'appuyant plutôt sur l'imagination que sur les sens, et qui les prédispose à devenir amoureuses des hommes qui les entourent. Enfin, chez quelques-unes d'entre elles, on rencontre une véritable excitation sexuelle ; mais c'est là bien plutôt l'exception que la règle. Ce qu'il faut surtout retenir ici c'est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'extrême faiblesse de la volonté qui les livre sans défense à toutes les irrégularités du caprice. A l'état normal, quand la passion parle, la pudeur, l'éducation, les principes four-

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Dissent un point d'appui utile à la résistance. Chez les hystériques, il n'en est rien. Dénuées de tout ressort, elles succombent à la première impulsion des sens.

Au reste, presque toutes les malades de cette espèce sont vaniteuses et coquettes, préoccupées de leur personne et désirant toujours attirer l'attention. C'est là une tendance qui peut souvent se confondre en apparence avec l'érotisme et qui peut, dans une certaine mesure, en imposer à des observateurs peu habitués aux distinctions délicates et quelquefois subtiles de la psychologie morbide.

Les facultés intellectuelles sont conservées en apparence chez les hystériques, mais elles sont affaiblies en réalité. Souvent il arrive que leur conversation, pleine d'abandon et remplie d'un certain charme, les fait passer pour spirituelles et laisse supposer une certaine exaltation de l'intelligence; mais si nous allons au fond des choses, nous constatons un affaiblissement de la mémoire qui peut aller très loin, une frivolité extrême qui porte ces malades à s'intéresser aux plus petits sujets et à négliger les affaires les plus importantes ; enhn et surtout, un manque d'attention qui les empêche de suivre un raisonnement, de résoudre une difficulté et de s'attacher à un travail quelconque. Ce vice capital est la marqua évidente d'une déchéance intellectuelle et d'un amoindrissement des forces vives de l'esprit.

Tous les accidents que nous venons de signaler redoublent d'intensité aux époques menstruelles, et c'est surtout alors qu'on voit apparaître le caractère hystérique sous ses véritables couleurs.

Toutes les perturbations psychologiques dont nous venons de parler restent en-deçà de la frontière qui sépare la raison

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du délire. C'est avec les impulsions irrésistibles que la véritable folie apparaît tout d'abord.

Les hystériques ont un penchant prononcé au suicide. Tuke et Bucknill rapportent l'observation d'une jeune Anglaise qui s'est suicidée à l'âge de onze ans ; elle appartenait à une famille de trois sœurs, toutes hystériques, et qui toutes ont fini par le suicide. Cette prédisposition morbide se rencontre souvent chez tous les membres d'unemême famille; mais, pour ne considérer que les cas individuels, presque toujours l'hystérie joue un rôle prépondérant chez les jeunes filles qui, pour les motifs souvent les plus futiles, mettent fin à leurs jours. Ce qui est plus fréquent encore, c'est la simulation du suicide ; c'est ici que se placent ces empoisonnements fictifs, oii le laudanum joue un si grand rôle, ces coups de pistolet qu'on se tire, mais en ayant soin de ne pas se toucher, et les autres tentatives avortées qui n'ont d'autre but que de faire plaindre la victime et d'attirer des désagréments à son mari ou à ses proches. Il ne faut cependant pas oublier que pour simuler le suicide, il faut être déjà sur la pente d'un état morbide qui peut conduire à des tentatives plus sérieuses et qui seront suivies d'effet. Ce n'est là, pour ainsi dire, que le premier anneau de la chaîne.

L'homicide est très rare chez les hystériques , mais il en existe quelques exemples bien avérés. M. Moreau rapporte l'observation d'une femme qui , saisie d'une impulsion subite, voulait étrangler une de ses compagnes, et qui était sur le point d'y réussir, lorsque subitement elle fut prise d'un violent accès d'hystérie qui termina la crise.

L'impulsion au vol est au contraire très fréquente. On voit en pareil cas des femmes du grand monde commettre des vols insignifiants, sans aucune valeur, et se laisser sur-

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