‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 179 sur 258 · ÉTAT MENTAL DES CUORÉIQUES · texte numérisé non relu

ÉTAT MENTAL DES CUORÉIQUES

assez intense, et à peine guéri de sa jaunisse il était devenu choréique.

A mesure qu'il avançait en âge, il devenait de plus en plus difficile à vivre. Envoyé à l'école, il s'y montrait, au contraire, un élève fort intelligent et y remportait presque tous les prix. Mais en grandissant, il devenait incapable de supporter la moindre contrariété. Grossier avec ses parents, violent avec ses frères, il lui est arrivé plus d'une fois de renverser la table pendant un repas, de casser les carreaux, de frapper son père et son grand-père, et les petits enfants de la maison.

Enfin, l'excès de ces mauvais procédés a décidé ses parents à le faire interner. Quand nous l'avons vu, il était relativement calme depuis trois semaines, mais s'il évitait les accès d'emportement, il était sans cesse agité, ne pouvant pas rester en place, ni se livrer à un travail régulier. Toute contrainte lui était insupportable, toute attention prolongée lui était impossible. Le sommeil était troublé, il avait des rêves effrayants, il criait et parlait en dormant. Mais si l'équilibre des facultés intellectuelles était visiblement troublé chez lui, il ne présentait aucun symptôme d'une perversion du jugement. La mémoire et l'intelligence étaient plus actives que de coutume, et l'on ne pouvait pas appliquer à cet état intellectuel le nom de folie c'était un impulsif et non un vésanique. Mais qui ne voit combien un pareil état intellectuel est éloigné de la normale ?

Nous avons appris depuis que ce jeune homme, aujourd'hui guéri, exerce la profession de couvreur, qui semble, au premier abord, peu appropriée à son état soit physique, soit intellectuel.

Cependant il est des choréiques chez qui l'on constate de véritables symptômes d'aliénation mentale ; et d'abord, on

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rencontre chez certains d'entre eux de \éritables hallucinations; elles portent surtout sur le sens de la vue, comme chez les hystériques et les épileptiques. Elles sont surtout hypnagogiques, c'est-à-dire se produisant au moment même oii commence le sommeil. Enfin elles ont toejours un caractère pénible et terrifiant. Quelquefois aussi il existe des hallucinations de l'ouïe, du toucher et du sens génital ; mais leur importance est beaucoup moins grande que celle des hallucinations visuelles.

A côté de ce phénomène, il existe un véritable délire de la phonation. Chez certains malades, il est des paroles, toujours les mêmes et souvent vides de sens, qui sont involontairement répétées par le sujet ; ce sont assez souvent des obscénités, quelquefois des injures grossières et toujours des absurdités. Un officier, cité par Arndt, s'écriait à chaque instant ; schwein urd, expression grossière et vide de sens.

Une dame, fort connue dans la haute société parisienne, avait scandalisé tout le cercle de ses connaissances par des propos d'une crudité vraiment extraordinaire, qui lui échappaient à chaque instant. c< Mes idées, disait-elle, sont des chevaux emportés que je ne puis maîtriser.» Arndt compare cet état à l'obsession démoniaque, état dans lequel les malades vomissent à chaque instant des blasphèmes et des grossièretés, contrairement à leur propre volonté.

Il est un point capital qui sépare ces malades des épileptiques, c'est que les troubles psychologiques s'amendent notablement quand l'intensité des mouvements choréiques diminue ; il n'y a point ici, comme dans l'épilepsie et dans l'hystérie, de balancement entre l'intensité des troubles intellectuels et celle des accidents convulsifs. C'est là un caractère dont l'importance ne saurait vous échapper.

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