VINGT-SIXIÈME LEÇON
Sommaire. — Hisloriqiie du sujet. — Troubles intellectuels des phthisiques. — Euphorie. — Caractère difficile de certains tuberculeux. — Délire ultime des phthisiques. — Fréquence relative de la phthisie chez les aliénés. — Influence réciproque de la phthisie et de la folie ; preuves. — Marche parallèle des deux affections chez quelques sujets.
— Alternance chez d'autres. — Hérédité morbide. — Caractères du délire. — Description. — Début. — Faux délire de persécution. — Etat de dépression traversé par des excès d'emportement. — Autres types.
— Durée, pronostic, terminaison. — Lésions anatomiques. — Traitement.
Messieurs,
Depuis longtemps je m'efforce de vous démontrer l'influence exercée sur les troubles de l'intelligence par les diathèseset les maladies générales.
Aujourd'hui je me propose de vous entretenir de ce qu'on pourrait appeler la folie tuberculeuse, ou, pour parler plus exactement, la folie chez les phthisiques.
Mais, il ne faut pas se le dissimuler, le lien qui unit la phthisie à la folie est plus subtil, plus fragile et plus délicat que les autres, et, tandis que pour d'autres maladies il m'a été facile de vous montrer ces lésions anatomiques qui, dans un grand nombre de cas, viennent frapper les centres nerveux et se localiser au quartier général de l'intelligence, lorsqu'il s'agit de la tuberculose je n'ai plus la même salis-
S42 DES FOLIES DlATHÉSlQliES.
faction à vous offrir. Sans doute, le tubercule, sous toutes ses formes, peut envahir les méninges et pénétrer dans le cerveau lui-même ; mais, vous le savez, l'expression symptomatique de ces lésions demeure presque entièrement en dehors du domaine psychique et vient se ranger tout naturellement, au point de vue clinique, dans le cadre des affections organiques de l'encéphale.
Il nous faut donc chercher nos preuves plus haut et plus loin ; il nous faut d'abord étudier ce que j'appellerai volontiers les perturbations normales du caractère et de l'intelligence chez les phthisiques; nous vous montrerons ensuite la tuberculose chez les aliénés; nous insisterons surtout sur les faits oii l'on voit la phthisie et la folie entrer alternativement en scène et jouer, pour ainsi dire, le rôle de ces ■personnages qui, dans une seule et même action dramatique, revêtent tour à tour les costumes les plus divers; enfin, nous insisterons sur l'importance évidente de la diathèse tuberculeuse comme facteur héréditaire dans l'aliénation mentale, et c'est par là que nous terminerons notre démonstration.
Mais, avant d'aborder le corps même du sujet, vous me permettrez sans douLe de me conformer à une habitude à laquelle je tiens essentiellement, et de rendre hommage à ceux qui nous ont ouvert la voie.
Si nous trouvons chez les anciens quelques indications sommaires ou, pour mieux dire, quelques allusions aux rapports entre la tuberculisation et la folie (1), c'est à notre
(I) On rencontre dans les œuvres de Mead une fort belle observation de folie plithisique. Nous la traduisons en l'abrégeant.
« Une jeune (ilie fut atteinte d'une toux violente, avec hémoptysie. Saignée abondamment, elle vit disparaître la violence des symptômes, qui cependant ne disparurent pas entièrement. Deux mois plus tard