FOLIE PUERPÉRALE
fant, 4° la folie de l'allaitement. Nous aurons à passer en revue ces quatre chapitres différents.
Messieurs, la folie puerpérale proprement dite est celle qui se développe après l'accouchement et avant le retour des règles, à la fin de la première semaine ou au commencement de la seconde, et surtout du cinquième au dixième jour. Quelquefois le délire apparaît brusquement, mais, le plus habituellement, il est précédé de prodromes, tels que de l'irritabilité, de l'insomnie, un malaise général, une angoisse excessive. Une fois le délire établi, il peut affecter les formes les plus diverses ; la plus commune est la manie, la mélancolie est moins fréquente.
La manie "puerpérale se caractérise par un bavardage incessant, incohérent et semé d'injures violentes, avec conceptions délirantes, oîi l'on voit poindre quelquefois un vague délire des persécutions; mais ces conceptions sont trop fugaces et banales pour mériter une dénomination spéciale. Vous savez déjà que toutes les formes d'aliénation mentale sont modifiées par le sexe ; les vociférations, les cris, les fureurs du maniaque sont remplacés chez la femme par un bavardage excessif. C'est peut-être l'exagération d'une tendance naturelle. Ce délire, si caractérisé dans la manie puerpérale, s'accompagne en outre d'une perturbation des sentiments affectifs, qui se manifeste par une aversion profonde pour le mari ou l'amant et par une indifférence absolue pour l'enfant, indifférence qui peut se changer en haine et aboutir à l'infanticide. Aussi, doit-on toujours, en pareil cas, retirer l'enfant des mains de la mère, car il y a dos femmes qui, dans cet état, ontde véritables impulsions homicides.
Un fait très remarquable, c'est que l'érotisme et l'obscénité accompagnent presque toujours le délire puerpéral.
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Marcé, Foville et la plupart des modernes nient la fréquence de ce phénomène, peut-être exagéré par les anciens ; ils ont raison, si par érotisme ils entendent le désir sexuel ; mais ce qui est essentiellement particulier à la manie puerpérale, c'est le débordement d'obscénités qui vient souiller les lèvres des femmes les plus chastes et les mieux élevées. Souvent, sous l'empire de ces tendances, elles formulent les accusations les plus graves contre les hommes de leur entourage, et ces accusations sont quelquefois mieux écoutées qu'elles ne l'auraient mérité. Vous comprendrez facilement les conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter.
La durée de la manie puerpérale est généralement de six à huit mois. Le pronostic est relativement favorable, car il y a guérison dans les deux tiers des cas. Très souvent la maladie se termine par une crise de stupeur, d'oij. la malade sort guérie.
Il me reste maintenant, messieurs, à vous parler de la mélancolie puerpérale, caractérisée par la dépression habituelle de la mélancolie simple. Cette forme est, dit-on, trois fois moins commune que la précédente ; elle présente deux caractères importants. Ce sont d'abord les hallucinations, surtout celles de la vue et de l'ouïe qui se rencontrent très souvent dans cette forme de délire: c'est ensuite une tendance fort prononcée au suicide. Aussi, toutes les fois que vous aurez affaire à une mélancolie puerpérale, prévenez la famille et entourez la malade de toutes les précautions nécessaires. Ici, la durée est plus longue et la guérison moins certaine que dans la manie.
Nous glisserons sur les autres formes de délire qui peuvent éclater dans l'état puerpéral, pour vous parler des troubles physiques qui coïncident avec l'orage intellectuel.
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Je vous citerai d'abord la diminution de poids, signalée par les auteurs allemands. En pesant la femme à son entrée et à sa sortie de l'hôpital, on a pu constater une diEFérence en moins, qui peut s'élever jusqu'à 29 kilogrammes. On comprend que l'expulsion du fœtus, des membranes et du liquide amniotique, ne suffit pas pour expliquer une réduction pareille, dont une large part doit être mise sur le compte de la maladie ; car, depuis Nasse, la perte de poids est signalée au début de la plupart des affections mentales. — Un autre point très important, ce sont les accidents épileptiformes et la présence fréquente d'albumine dans les urines. Simpson était disposé h considérer la folie puerpérale comme un effet de l'urémie, et les crises épileptiques comme de véritables accès d'éclampsie; mais il esi certain que des cas bien authentiques de délire dans l'état puerpéral ont parcouru leur évolution complète, sans que jamais l'albumine ait apparu dans les urines. Nous pensons donc qu'il faut envisager ce phénomène comme une simple coïncidence et non comme la véritable cause du délire. — Je vous rappellerai également les troubles digestifs, qui sont assez habituels, tels que la constipation, l'anorexie, l'embarras gastrique ; ce qui se voit d'ailleurs au début de toutes les maladies mentales.
Dans les cas où la guérison n'a pas lieu, la folie puerpérale aboutit la plupart du temps à la démence. Nous laissons de côté ces cas extrêmement graves qui simulent le délire aigu et se terminent dans quelques jours par la mort.
Je vais maintenant, messieurs, vous dire quelques mots sur la folie de la grossesse.
Vous connaissez tous cet état mental particulier à quelques femmes enceintes, qui arrivent à manifester des
désirs, des exigences et des envies, qui ne laissent pas d'avoir une certaine influence sur le progrès de l'évolution du fœtus. Rien n'est commun comme de voir ces dépravations de l'appétit, connues sous le nom depica&t de malacia, qui poussent ces malades à rechercher des mets étranges, à se nourrir de craie, de terre, de charbon et quelquefois même à manifester des tendances plus répugnantes encore. Il est fréquent de rencontrer des femmes fort respectables et très honnêtes qui expriment un violent désir de se nourrir de certains aliments, à la condition qu'ils soient volés. Déplus, un besoin irrésistible de vol qui entraîne ces malades à satisfaire leur cupidité et à s'approprier des objets de toute nature, a été souvent observé par les aliénistes ; c'est une variété de kleptommiie. Le médecin légiste peut être appelé à se prononcer sur des cas de ce genre, et il ne doit pas ignorer que ces faits se rattaclient souvent aux troubles intellectuels de la grossesse.
Chez les femmes en état de gestation, quand la folie se déclare, c'est généralement dans les trois derniers mois, et si c'est la manie qui prédomine dans l'état puerpéral, on peut dire que c'est la mélancolie qui est la forme la plus habituelle pendant la grossesse.
On s'est demandé si l'accouchement pouvait guérir la folie. La chose est possible, mais ce que l'on voit le plus souvent, c'est que le délire, qui a débuté pendant la grossesse, se continue dans l'état puerpéral.
Quant à la folie qui éclate au moment même du travail, c'est un délire passager, transitoire, qui reconnaît pour cause soit un travail difficile, soit une parturition clandestine, soit des conditions morales fâcheuses comme l'isolement, l'abandon, la misère. Il est caractérisé surtout par des tendances infanticides ; aussi, consulté par les tri-
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bunaux, l'expert doit-il toujours rechercher quel était l'état mental de la malade avant le crime, quelles étaient les conditions dans lesquelles elle était placée, et comment l'acte a été commis. On sait, en effet, que dans les circonstances de l'infanticide, on peut saisir quelquefois des preuves manifestes d'aliénation mentale. Ainsi, une femme étrangle son enfant et ne prend pas la précaution de faire disparaître le lien dont elle s'est servie et qu'elle laisse autour du cou : preuve manifeste qu'elle ne raisonnait pas, au moment du crime.
En dernier lieu, j'arrive au délire de la lactation, qui se manifeste habituellement vers le deuxième ou troisième mois de l'allaitement. Il a pour causes principales l'anémie et l'affaiblissement de la nourrice et pour adjuvant la misère ; il revêt surtout le type mélancolique et présente un caractère plus grave et un pronostic moins favorable que celui de la folie puerpérale proprement dite.
Il me reste, messieurs, à vous dire quelques mots de la nature, du traitement et de l'étiologie de cette affection et c'est par là que je terminerai.
L'anatomie pathologique n'a jamais donné ici que des renseignements contradictoires. Tantôt on a observé de la méningite avec suppuration, tantôt de la congestion, quelquefois on a rencontré diverses lésions des parties profondes de l'encéphale, souvent aussi il n'existait aucune altération appréciable. C'est qu'en effet les états morbides que provoque, du côté de l'encéphale, la puerpéralité, sont aussi nombreux que divers, et la folie puerpérale n'est une espèce morbide qu'au point de vue de son étiologie. C'est un tronc unique d'oiî partent des branches divergentes. Nous avons donc affaire, non pas à une maladie toujours la même, mais à une série de maladies diverses ; cela suffit
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pour nous rendre sceptiques quant au traitement, et pourtant les médications qui ont été successivement proposées sont multiples.
Je commencerai par vous rappeler la saignée qui est restée en honneur dans l'aliénation mentale jusqu'à Pinel.
Je suis loin de dire que ses effets ont toujours été désastreux, mais ils l'ont été souvent, et bien des femmes ont versé dans la démence par l'usage intempestif des émissions sanguines ; je vous recommanderai donc la plus grande prudence dans son emploi. Je vous citerai le tartre stibié, donne par la méthode rasorienne. Les purgatifs légers seront donnés avec précaution , surtout quand il existe des phénomènes de gastricité ; dans les cas d'insomnie et d'agitation, les narcotiques, les sédatifs et les bains seront employés avec utilité, ainsi que toute la série des bromures alcalins, qui joue un rôle si important dans le traitement des affections mentales. Il est aussi une méthode qui a réussi entre les mains de M. Baillarger : c'est la diète lactée. Enfin, messieurs, s'il est une précaution capitale que je doive souligner, c'est dïnterdire une seconde grossesse à toute femme qui a été folle une première fois pendant l'état puerpéral.
Je terminerai par quelques considérations sur l'étiologie. Relativement au nombre des accouchées, la folie puerpérale n'est pas une maladie fréquente, surtout dans les hôpitaux ; il est naturel de penser, d'ailleurs, qu'un acte purement physiologique ne doit pas souvent troubler les facultés de l'esprit. Mais les cas de folie puerpérale sont assez nombreux par rapport aux autres causes d'aliénation mentale, puisque la proportion varie, selon les statistiques, de trois à sept pour cent. Ce chiffre est donc assez impor-