PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
spécial et pour nous autoriser à admettre l'existence d'une paralysie générale d'origine saturnine? Evidemment non; car, nous le savons aujourd'hui, les adhérences du cerveau aux méninges sont loin d'offrir l'importance qu'on leur attribuait autrefois. On les rencontre non seulement dans la paralysie générale, mais aussi dans le délire aigu et dans d'autres affections de l'encéphale. Il n'est donc nullement étonnant que l'action du plomb puisse quelquefois aussi les produire.
Il existe donc des lésions anatomiques très nettement caractérisées dans beaucoup de cas de délire saturnin ; mais la dénomination qui leur convient le mieux est celle de méningite^ et, dans l'état actuel de la science, on ne saurait aller plus loin.
Quant à l'action du plomb sur les centres nerveux, elle a donné naissance à plusieurs hypothèses qu'il me paraît suffisant de vous indiquer d'une manière très succincte.
Hermann admet que, de même que la colique saturnine, l'encéphalopathie est produite par l'irritation que détermine le plomb dans la substance cérébrale. Il y aurait une sorte d'intolérance des éléments de l'encéphale pour ce corps toxique : mais c'est là une pure hypothèse ; et puisque l'auteur admet la présence du poison dans la masse du sang, il devrait nous expliquer pourquoi, dans certains cas, le métal, circulant dans les artères du cerveau, détermine les symptômes de l'encéphalopathie, tandis que, dans d'autres cas, l'organe demeure indifférent en présence des mêmes excitations et ne réagit point.
Rosenslein croit devoir rapporter les troubles encéphalopathiques à l'anémie, qui résulte de la contracture des petits vaisseaux.
Entin, M. Danjoy paraît avoir prouvé que l'urémie est
quelquefois responsable des accidents observés. On sait, en elfet, que le rein des saturnins est souvent atteint de néphrite interstitielle atrophique.
Pour résumer l'ensemble de nos connaissances sur ce point, nous dirons que l'encéphalopathie saturnine nous est mieux connue par ses symptômes que par ses lésions, et que la physiologie pathologique de cette affection échappe jusqu'ici complètement à toutes les recherches.
Le pronostic de la folie saturnine est extrêmement grave : d'abord parce que la mort peut survenir brusquement dans toutes les formes de la maladie, et surtout dans la forme convulsive; ensuite parce que les récidives sont extrêmement faciles et fréquentes, et enfin parce que certaines formes de la maladie marchent rapidement vers la démence. Il n'en est pas moins vrai qu'on peut espérer la guérison dans la plupart des cas, et que, dans la forme délirante, la guérison est la règle. Au reste, le rétablissement du malade est en quelque sorte une question de degré. Quand l'empoisonnement est léger, les accidents se dissipent avec facilité ; quand il est intense, la guérison est plus difficile. La gravité du pronostic est donc en raison directe de la profondeur de l'imprégnation.
La pseudo-paralysie générale saturnine est incontestablement une forme plus grave que les autres variétés d'aliénation mentale qui peuvent succéder à l'empoisonnement par le plomb; elle semble coïncider, en effet, avec des lésions beaucoup plus accentuées des méninges et de la substance corticale.
L'épilepsie, ou, si l'on veut, l'éclarapsie, est à coup sûr la plus fâcheuse de toutes les manifestations de l'encéphalopathie saturnine, soit qu'elle se présente isolément,