TROUBLES IJE LA MOTILITÉ DANS LES MEMBRES
du système des muscles de l'œil ; ils peuvent quelquefois reconnaître la paralysie générale pour cause.
Nous arrivons maintenant aux troubles de la motilité dans les membres supérieurs, qui, d'après M. Lasègue, seraient les premiers à ouvrir la scène. Comme le fait justement observer l'éminent professeur, c'est la perte des mouvements délicats qui vient la première. Un artisan ne sait plus travailler, un peintre ne sait plus dessiner, un musicien ne sait plus jouer de son instrument; enfin, pour citer un symptôme trivial, mais caractéristique, le sujet ne peut plus se boutonner ni remonter sa montre. Ces détails, bien que vulgaires en apparence, ne sont point sans intérêt au point de vue clinique. C'est souvent par là que le malade reçoit son premier avertissement.
Cependant, au début, la force des mains paraît conservée. La pression du dynamomètre accuse un degré élevé, et le même individu qui ne peut plus continuer son métier, portera de lourds fardeaux et pourra serrer vigoureusement la main de l'observateur. Plus tard, la faiblesse arrive et l'époque de transition est marquée par une détérioration très remarquable de l'écriture qui saute aux yeux les moins exercés. Ces notions sont résumées par Westphal dans une formule générale. Ce sont surtout, dit-il, les mouvements intelligents, ceux dont la finesse est acquise par l'éducation, qui sont troublés ou perdus les premiers.
L'alîaiblissement de la force musculaire, à une période plus avancée de la maladie, est souvent accompagné d'un tremblement des mains que l'on constate, comme chez les alcooliques, en plaçant les doigts dans l'extension. J'arrive aux troubles de la locomotion dans les membres"
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inférieurs. Ils présentent une évolution analogue à celle que nous venons de décrire.
Au début, les malades paraissent robustes ; ils présentent même une certaine exagération du mouvement. Ils font de longues courses, ils semblent infatigables; mais, à les regarder de près, on constate certaines irrégularités. Ils ont de la lourdeur dans la marche ; ils avancent la taille cambrée, les jambes écartées, et tombent lourdement d'un pied sur l'autre. Si, au milieu de leur course, on les appelle brusquement, ils éprouvent une certaine difficulté à changer de direction. Ils ne peuvent plus pivoter sur leur axe; ils oscillent quelques secondes avant de partir. Les militaires ne peuvent plus marquer le pas, les danseurs perdent leur souplesse : ce sont les qualités professionnelles qui disparaissent, comme nous l'avons déjà vu pour les membres supérieurs.
Ce sont là des phénomènes du début ; mais à une époque plus avancée, quand les accidents sont plus manifestes, on peut diviser en deux grandes classes, d'après "Westphal, les troubles de la motilité des membres inférieurs. Chez les uns, c'est le type de l'ataxie qui domine ; ils se font remarquer par l'incoordination de leurs mouvements et lancent leurs jambes en marchant comme les ataxiques. Chez les autres, c'est la paralysie, ou plutôt la parésie qui domine. Ils fléchissent sur leurs jambes et certains d'entre eux sont complètement paralysés. Mais ce qu'il importe avant tout de remarquer, c'est que ces accidents peuvent se rencontrer chez des sujets dont la moelle épinière ne présente aucune lésion et chez lesquels le cerveau seul peut être incriminé.
Viennent enfin les troubles du côté des sphincters, qui sont tantôt resserrés, tantôt, au contraire, absolument
EXCITATION FONCTIONNELLK. CONTRACTURES. 731
relAchés. Le malade devient alors gâteux, il n'a plus qu'un pas à faire pour arriver à la vraie paralysie générale, dans laquelle les forces motrices sont tellement affaiblies, qu'il ne peut plus quitter le lit ; c'est un grabataire.
Non seulement il existe chez nos sujets des accidents qui semblent relever de la paralysie, mais on trouve aussi chez eux des phénomènes d'excitation. Souvent, dans les premiers temps de la maladie, ils éprouvent celte dynamie ou excitation fonctionnelle dont a parlé M. Régis ; ils ont un besoin perpétuel de mouvement, ils vont et viennent sans cesse, ils déploient une activité tracassière. On a cru quelquefois devoir leur mettre la camisole pour les empêcher de se fatiguer inutilement ; ainsi maintenus, ils remuent sur place, leur tronc s'agite, les pieds tourmentent le sol. Chez certains sujets les bras sont animés d'un mouvement de va-et-vient perpétuel, comme pour scier du bois.
Tous ces mouvements s'arrêtent pendant le sommeil, pour reparaître au moment oîi le sujet se réveille.
Certains paralytiques généraux semblent atteints d'une véritable chorée ; ils se livrent à des mouvements désordonnés et involontaires et sont absolument incapables, comme les vrais choréiques, de boire dans un verre.
Les contractures sont fréquentes dans la paralysie générale; elles affectent plus spécialement les fléchisseurs de la tête et surtout le sterno-mastoïdien. Il est une attitude singulière que prennent volontiers les paralytiques lorsqu'ils sont dans la position horizontale : couchés sur le dos, ils maintiennent la tête soulevée au-dessus des oreillers et demi-fléchie sur la poitrine. Ils se maintiennent pendant des journées entières dans cette situation incommode, sans paraître éprouver aucune fatigue. Cependant,
il ne s'agit point toujours d'une contracture, comme j'ai pu m'en assurer plus d'une fois. Il semblerait y avoir à cet égard un acte volontaire, malgré son absurdité.
On constate aussi quelquefois une contracture des masséters qui amène le trismus. Quant au grincement des dents, dont nous avons déjà parle, il semble être placé sous la dépendance des ptérygoïdiens internes.
Signalons enfin la paralysie de la vessie et celle de l'intestin, qu'on observe souvent à une période avancée de la paralysie générale.
Nous avons étudié dans cette rapide esquisse la plupart des troubles de la motilité qui surviennent chez nos malades ; occupons-nous maintenant des troubles sensitifs et trophiques auxquels ils sont exposés.
Examinons d'abord les altérations de la sensibilité tactile. L'une des difficultés auxquelles on se heurte au seuil même de la question, c'est que les troubles sensoriels étant des phénomènes éminemment subjectifs, c'est en grande partie aux renseignements fournis par le malade que nous en devons la connaissance; mais au début, dans la période prodromique, l'intelligence est encore à peu près intacte, les sujets rendent assez bien compte de leurs sensations et le problème est plus facile à élucider.
Le premier phénomène qui sollicite notre attention, c'est l'inégalité, c'est l'irrégularité de la distribution de la sensibilité tactile à la surface du corps. Il existe incontestablement chez les paralytiques généraux des zones d'hyperesthésie et d'anesthésie. Certains d'entre eux présentent une anesthésie généralisée (de Grozant). D'autres accusent une sensation de brûlure, de fourmillement, de pression. Enfin, on trouve chez eux des névralgies viscérales, comme l'a