TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ
signalé M. Teissier (de Lyon), et c'est là peut-être une des causes de l'hypochondrie à laquelle ces malades sont si souvent exposés. Mais à une époque plus avancée de la maladie, l'état de l'intelligence ne permet plus d'apprécier avec exactitude les conditions de la sensibilité. Toutefois il est certain que chez quelques-uns de ces malades le sens tactile est complètement aboli ; on peut les piquer et les pincer sans qu'ils manifestent aucune impression et l'on a vu certains paralytiques se brûler profondément sans en être avertis autrement que par l'odeur qui s'est dégagée de leurs chairs carbonisées.
L. Meyer prétend cependant que l'anesthésie cutanée est un fait rare chez les paralytiques généraux, tandis qu'elle est fréquente, au contraire, chez les alcooliques. Nous pouvons affirmer, d'après nos observations personnelles, que cette assertion est inexacte en ce qui concerne les paralytiques généraux ; ils sont très souvent privés de la sensibilité tactile.
Mais, si l'enveloppe cutanée est le siège principal de cette anesthésie, les sens plus élevés y participent à leur tour. Beaucoup de paralytiques éprouvent des troubles de la vue qui peuvent aller jusqu'à l'amaurose plus ou moins complète. Klein a décrit en pareil cas une rétinite paralytique, et M. Galezowski a constaté quelquefois un œdème péripapillaire. Souvent, au début de la maladie, on rencontre une injection rouge ou rosée de la papille avec dilatation variqueuse des veines voisines. Quant à l'atrophie de la papille, elle n'existe point dans la vraie paralysie générale, exempte de complications cérébrales.
Chez plusieurs paralytiques, on reconnaît une perte de l'odorat et du goût, accompagnée d'une voracité extrême et d'une grande malpropreté. Les sujets engloutissent leurs
aliments sans aucun discernement et ne craignent point d'ingérer les substances les plus repoussantes. Ces défauts résultent souvent d'une dégénérescence du nerf olfactif et du glosso-pharyngien. Quelquefois même le nerf acoustique participe à ces lésions ; on voit alors se manifester de la surdité ; mais ce phénomène est peu commun dans la maladie qui nous occupe.
Messieurs, j'aborde maintenant un sujet des plus importants; je veux parler des troubles qui se rattachent manifestement aux lésions de l'innervation sympathique. Leur étude est d'autant plus intéressante que c'est surtout sur eux que porte l'effort de la thérapeutique.
La paralysie générale est surtout une affection congés tive, et à toutes les périodes de son évolution les malades sont exposés à des accidents congestifs.
L'état de la face suffirait pour le prouver. Souvent sans aucune cause manifeste, elle devient vultueuse, elle se congestionne, et se couvre d'une rougeur absolument insolite. En même temps, les oreilles sont tuméfiées, les conjonctives sont injectées et l'érythème s'étend jusqu'à la région cervicale. Tantôt ces phénomènes sont permanents, tantôt ils sont passagers, et l'état des fonctions cérébrales s'en ressent manifestement.
Ils se localisent souvent d'un seul côté. En cet endroit, la peau rougit, la température s'élève et souvent il se produit des transpirations locales. On peut enfin constater sur divers points des taches érythémateuses qui résultent évidemment d'une paralysie des capillaires;
On voit ces accidents se produire sous l'influence d'une émotion, à la suite d'un repas trop copieux, par l'effet de la chaleur ou par suite d'une constipation prolongée. Ces
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crises congesUves sont presque toujours accompagnées d'un peu d'excitation intellectuelle; mais tout se borne là. A une période plus avancée de la maladie, les congestions se produisent avec une tout autre intensité et ce sont alors de véritables complications.
Sous l'influence de causes multiples et quelquefois sans cause appréciable, le malade tombe dans un état torpide de somnolence et d'inertie qu'on pourrait appeler une derai-stupeur. A ce moment, la face est habituellement très congestionnée, trahissant ainsi le secret de ce qui se passe à l'intérieur du crâne. Dans peu de temps, souvent au bout de quelques heures, on voit survenir le coma, avec résolution des membres et respiration stertoreuse. Ces accidents, dont nous venons de décrire l'évolution progressive, peuvent se manifester brusquement et simuler une attaque d'apoplexie; quelquefois enfin, il se produit des syncopes plus ou moins durables.
Ces accidents n'ont point toute la gravité qu'on pourrait être tenté de leur attribuer. Sauf quelques cas malheureux, le coma des paralytiques se dissipe aussi rapidement qu'il est venu, mais presque toujours il est suivi d'une aggravation manifeste de l'état intellectuel et des accidents physiques de la maladie. Souvent même il se produit une hémiplégie incomplète et quelquefois une aphasie passagère ou permanente. Au degré !e plus faible, on constate une certaine maladresse des doigts qui indique manifestement une perturbation motrice.
Ces accidents cèdent assez facilement aux purgatifs ou même à la saignée : par contre, les bains, les calmants, les sédatifs sont éminemment nuisibles et doivent êlre évités.
Il est des hémiplégies passagères qui se manifestent d'emblée. Le malade laisse tomber un objet qu'il portait, ou bien
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le sol semble se dérober au-dessous de lui, il perd l'usage d'une jambe. Ces paralysies brusquement survenues peuvent durer quelques heures ou quelques jours ; elles se dissipent en laissant derrière elles un affaiblissement presque constant, une hémiparésie incomplète.
Enfin, dans les cas les plus graves, il se produit une véritable attaque, avec ictus apoplecti forme. Le malade tombe foudroyé avec perte de connaissance ; il reste quelque temps dans le coma ; la respiration est stertoreuse, les membres sont en résolution complète ; il peut y avoir émission d'urine et de matières fécales. Le malade peut mourir dans cet état; mais le plus souvent il revient à lui-même et retrouve l'usage de ses membres en conservant une hémiplégie plus ou moins complète.
Une complication beaucoup plus fréquente, c'est l'épilepsie, ou du moins les attaques épileptiformes. Les crises sont caractérisées par le cri initial, par la pâleur, puis par la rougeur de la face, par la présence d'une écume sanglante à la bouche, enfin, par les convulsions caractéristiques du mal comitial.
Quelquefois ces accidents se produisent sous forme d'attaques séparées par des intervalles plus ou moins longs. Quelquefois c'est une série d'accès subintrants, un véritable état de mal. Enfin il se produit quelquefois un simple vertige.
On se demande naturellement en quoi ces accidents diffèrent de la véritable épilepsie, dont ils reproduisent si fidèlement les principaux caractères. La réponse est facile : ils sont essentiellement congestifs. Le coma, les troubles consécutifs durent beaucoup plus longtemps que dans l'épilepsie vraie, et les phénomènes d'obtusion intellectuelle sont beaucoup plus prononcés. Enfin, si les accidents apoplecti-