‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 222 sur 258 · TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

TEMPÉRATURE

formes de la paralysie générale sont beaucoup moins graves que la maladie dont ils empruntent le masque, les accidents épileptiformes sont au contraire beaucoup plus graves que les véritables accès de mal comitial. Ils sont une cause très fréquente de mort, et même en éliminant ce danger suprême, ils amènent invariablement une dégradation très rapide,' au point de vue physique aussi bien que sous le rapport de l'intelligence. Ces réflexions s'appliquent surtout aux convulsions qui affectent une forme générale ; il est des convulsions locales qui ressemblent aux accidents de l'épilepsie spinale et n'ofl'rent point le même degré de gravité.

Westphal est le premier qui ait signalé dans le cours de ces attaques une forte élévation de la température qui peut aller jusqu'à 40 degrés centigrades ; il a été suivi dans cette voie par L. Meyer, M. Magnan et beaucoup d'autres observateurs.

Cette élévation de la température générale semblerait se rattacher aux troubles de l'innervation sympathique ; il en serait de même à plus forte raison pour ces élévations locaes de température dont on a signalé l'existence; mais le fait n'est pas encore assez bien démontré pour que nous puissions entamer une discussion à cet égard.

Nous sommes amenés à dire quelques mots sur l'état de la température dans le cours de la paralysie générale. Elle se maintient d'habitude au niveau physiologique aussi longtemps qu'il n'intervient aucune complication ; mais vers la fin de la gaaladieil peut se produire uncoUapsus profond qui abaisse la température jusqu'à 24 degrés ou une hyperthermie qui l'élève jusqu'à 43 degrés.

Nous arrivons maintenant à un autre symptôme que

nous croyons devoir rattacher aussi aux troubles de l'innervation sympathique. 11 s'agit de ces tumeurs sanguines du pavillon de l'oreille signalées tout d'abord par Bird en 1833 et plus tard par Ferriis en 1838. Elles ont été étudiées depuis par M. Lunier, et par un grand nombre d'autres observateurs, parmi lesquels nous citerons Fischer et M. Foville.

Ces tumeurs se rencontrent surtout chez les sujets du sexe masculin atteints de paralysie générale; on les observe cependant dans quelques autres affections et surtout chez les aliénés.

Lorsqu'on assiste au début du processus morbide, on voit le pavillon de l'oreille devenir rouge, gonflé, douloureux, et ce phénomène s'accompagne souvent en même temps de certains indices de congestion cérébrale.

L'épanchement se produit souvent avec une grande rapidité ; quelques heures suffisent pour l'amener à son entier développement. D'après M. Vallon (1), cette marche serait l'indice caractéristique d'une lésion traumatique et les othématomes spontanés mettraient plusieurs jours pour atteindre leur maturité. On pourrait donc, en tenant compte de cette circonstance, distinguer les cas produits par le traumatisme de ceux dont l'origine se rattache à l'état général.

Le volume de la tumeur est très variable ; en général le gonflement occupe tout le pavillon, mais en respectant le lobule de l'oreille. Il peut oblitérer le conduit auditif et donner lieu à une surdité prononcée. »

Peu de jours après son apparition, la tumeur, qui paraît contenir des caillots, donne au toucher de la crépitation. A

(1) Vallon, l'Encéphale, n° du 2S mars 1881, p. 224.

HÉMATOMES DE l'oRETLLE. 739

ce moment l'incision de la masse donne issue à du sang mêlé de sérosité. Un stylet introduit par la plaie fait constater un décollement assez étendu. Malgré la gravité apparente de ces lésions, la guérison a presque toujours lieu après un espace de six à huit semaines. Il reste une déformation, souvent permanente, et qui s'accompagne d'induration et d'épaississement. Aussi peut-on souvent formuler le diagnostic d'une paralysie générale par l'inspection des oreilles du malade.

Au point de vue anatomique on a considéré l'hématome comme le résultat d'un épanchementde sang dans les tissus; reste à savoir quel est le siège précis de la lésion. Située, d'après M. Foville, sous le périchondre, elle serait placée entre le cartilage et la peau pour d'autres observateurs (Habille). D'après M. Vallon, la lésion est située dans l'épaisseur du périchondre ; elle aurait pour point de départ la rupture des vaisseaux de cette partie du pavillon.

On considère en général l'hématome comme l'indice de troubles sérieux survenus du côté du grand sympathique. Certains auteurs et en particulier M. Magnan croient pouvoir l'attribuer à des violences exercées sur la personne des aliénés. Si jamais l'hématome reconnaît une pareille origine, il iaut admettre qu'elle est exceptionnelle et que dans la grande majorité des cas la tumeur se développe spontanément.

Si l'hématome paraît être en rapport avec des lésions soit organiques, soit fonctionnelles du grand sympathique, la corrélation est infiniment mieux démontrée pour les troubles oculo-pupillaires qui jouent un si grand rôle dans la symptomatologie de la paralysie générale et dont nous avons parlé plus haut.

Si les diverses altérations qui viennent d'être signalées

semblent incriminer le grand sympathique, on a cru trouver parfois des preuves encore plus manifestes des lésions de ce nerf par l'exploration directe. On aurait constaté, en effet, sur le trajet du sympathique cervical une douleur manifeste à la pression et des battements carotidiens. Mais il ne faut point l'oublier, le pneumogastrique, très sujet aux douleurs de ce genre, pourrait bien être en pareil cas le seul vrai coupable.

Nous avons étudié la plupart des phénomènes qui dans la paralysie générale peuvent être attribués (à tort ou à raison) à l'influence du grand sympathique.

Il me reste à vous parler de deux symptômes importants qui sembleraient plutôt se rattacher au domaine du pneumogastrique : je veux parler de la dysphagie si fréquente dans la paralysie générale et des troubles qui surviennent du côté de la voix, soit qu'il s'agisse d'un état spasmodique (laryngisme), soit au contraire qu'il y ait une paralysie ou tout au moins un affaiblissement des muscles du larynx.

Passons maintenant aux troubles trophiques de la paralysie générale. On peut les diviser en généraux et en locaux.

Chez ces malades le plus souvent l'appétit est exagéré, l'assimilation est facile et les sujets ont une tendance à engraisser rapidement. Mais ces observations s'appliquent surtout aux premières périodes de l'affection, et presque toujours vers la fin de la maladie on voit survenir un amaigrissement rapide et prononcé qui s'accompagne assez souvent de diarrhée et de marasme. Enfin, dans certains cas, il survient une fonte qui fait perdre au malade en peu de temps une partie considérable de son poids.

TROUBLES TROFHIQUES. 741

Les troubles trophiqiies d'ordre local sont extrêmement nombreux ; leur énumération complète nous entraînerait trop loin. Qu'il me suffise de vous en indiquer deux. Le premier est le zona, remarquable par la fréquence avec laquelle on l'observe chez les paralytiques ; le second est la gangrène, qui peut se produire sur divers points de l'économie, mais qui se manifeste surtout au sacrum et aux parties voisines sous forme de décubitus aigu.

Messieurs, cette rapide esquisse des symptômes physiques de la paralysie générale présente de nombreuses lacunes. Mais nous croyons devoir abréger cette matière trop étendue, et dans la prochaine leçon nous étudierons les formes principales de la paralysie générale.

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