CELLULES CÉRÉBRALES
Au dernier degré, loin de proliférer, les noyaux du tissu interstitiel s'atrophient. C'est le dernier terme de ce processus irritatif, qui s'accuse, en premier lieu, parleur multiplication exagérée.
Ces altérations, qui peuvent se rencontrer dans toutes les régions de l'encéphale, ont pour siège de prédilection la couche libre de tissu conjonctif sous-jacente à la pie-mère, qui enveloppe les circonvolutions cérébrales, — ou mieux encore la couche profonde, qui est placée au-dessous d'elles. Ce sont donc la couche sus-corticale et la couche sous-corticale qui représentent le siège de prédilection des altérations de la névroglie.
111. Eléments nerveux proprement dits. — Mais, au milieu de cette marée montante qui envahit tout l'encéphale, que devient l'élément noble par excellence, la cellule nerveuse, la source du mouvement et de la pensée, le Saint des Saints, suivantl'expression pittoresque de Rindfleisch?
Compression, atrophie, disparition, tel paraît être le sort qui leur est réservé ; mais dans ce processus pathologique, qui doit aboutir en dernière analyse à la mort, on distingue plusieurs degrés.
11 se produit d'abord un gonflement (Meschede) qui porte surtout sur les noyaux, qui semblent dilatés au point de remplir la cellule tout entière. Survient ensuite une prolifération de ces éléments ; autour des vaisseaux, surtout au voisinage des excavations sanguines, on voit des cellules entourées d'éléments nucléaires. Ailleurs on trouve des cellules enveloppées dans le réseau conjonctif et entourées de vacuoles. Leur protoplasma est trouble, granuleux, et se colore fortement par le carmin.
Sur d'autres points, on trouve des cellules ayant perdu leur structure primitive, privées de prolongements, et char-
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géesde graisse et de pigment brun. Le carmin perd ici ses propriétés colorantes.
Nous voyons ailleurs des cellules hypertrophiées et granuleuses; enfin le dernier degré de la désintégration semble représenté par des cellules complètement granuleuses, sans noyau, et dont les prolongements eux-mêmes sont granuleux. Notons ici que, parmi les parties constituantes de la cellule, c'est le prolongement axile qui semble périr le dernier.
Les cylindraxes sont quelquefois hypertrophiés, et leurs extrémités sont renflées en iorme de massue.
Si l'atrophie des cellules se produit ainsi par l'altération de leur contenu, elle a souvent aussi pour conséquence une diminution absolue de leur volume. La cellule se rapetisse et se déforme, et le noyau, d'abord tuméfié, s'atrophie à son tour. La cellule se racornit de plus en plus, et il no reste plus à sa place qu'un corpuscule irrégulier.
On rencontre aussi, mais plus rarement, des cellules incrustées de sels calcaires.
• ,. Ces diverses lésions^ qui selon toute apparence ne dérivent pas constamment les unes des autres, et peuvent s.e développer parallèlement, sont loin d'appartenir en propre à la paralysie générale. On les rencontre dans d'autres maladies du cerveau, et plus spécialement dans la démence ; mais ce qui appartient en propre à l'afTection qui nous occupe, c'est leur fréquence extrême, leur très grande dissémination. Il est des cerveaux de paralytiques, dit Mendel, où l'examen le plus attentif ne parvient que difficilement à découvrir une seule cellule absolument saine et qui ait complètement échappé à ce travail de régression.
En résumé, les altérations que nous venons de décrire semblent converger vers un seul et même terme, uneseiile
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et même donnée générale: c'est la destruction, l'atrophie progressive des éléments nobles, étouffés par l'envahissement incessant d'un tissu d'ordre inférieur ; mais il n'existe aucun caractère spécifique de la paralysie générale, et les altérations dont nous venons de parler ne valent que par leur ensemble.
IV. Lésions diverses. — Occupons-nous maintenant des lésions accessoires de la paralysie générale.
Moelle épinière. Presque toujours altérée, à des degrés divers, comme l'a démontré Westphal, la moelle épinière présente chez les paralytiques généraux une altération granuleuse, dont la signification a été très diversement interprétée. Signalée pour la première fois, dans la maladie qui nous occupe, par Tiirck et Joffé, cette lésion a été rencontrée par Westphal chez tous les paralytiques dont il a examiné l'axe médullaire : il en déduit la conclusion que cette altération est constante, et qu'il faut lui attribuer la plupart des troubles de la motilité que l'on observe chez ces malades. Cette opinion, confirmée depuis par les recherches de Weiss et de Sander, a été combattue par Simon, qui fait observer que ces granulations se rencontrent dans la moelle épinière de presque tous les sujets, et notamment chez les phthisiques. 11 ajoute que chez bon nombre de paralytiques généraux la proportion de ces éléments ne dépasse pas ce qu'on pourrait appeler Vétat normal.
Après avoir fait la part de l'exagération, il faut reconnaître que la moelle épinière est bien réellement atteinte, sinon chez tous les paralytiques, du moins chez un grand nombre d'entre èux. D'ailleurs les altérations qu'elle présente diffèrent de l'état granuleux. On y rencontre souvent la dégénéralion grise des cordons postérieurs ou latéraux, La première de ces lésions correspond toujours,
d'après Weslphal, aux symptômes de l'ataxie ; la seconde, à ceux de la paraplégie.
On trouve quelquefois des plaques disséminées de sclérose sur le trajet de l'axe spinal.
Quelquefois, au contraire, il existe du ramollissement sur certains points.
Enfln, la substance grise, presque toujours hypérémiée, est quelquefois le siège d'extravasations et même d'hémorrhagies assez abondantes (hématomyélie).
Les méninges spinales peuvent également se trouver lésées; on signale surtout la pachyméningite interne, avec ou sans hémorrhagie, et les indurations de l'arachnoïde.
Le cervelet, qui, d'après Bayle, ne serait jamais malade, offre au contraire des lésions multiples : on constate souvent à sa surface des adhérences avec la pie-mère ; on y trouve presque toujours une congestion manifeste et un certain degré de ramollissement. Ces lésions prédominent dans l'écorce (Luys).
Le bulbe et les corps olivaires, lorsqu'ils sont altérés, sont plutôt indurés que ramollis.
Les noyaux d'origine des nerfs crâniens sont habituellement respectés. Cependant on a trouvé quelquefois de la sclérose, dont les cellules ganglionnaires sont plus ou moins complètement dégénérées. Le nerf lui-même est quelquefois altéré dans sa partie périphérique.
On a signalé, dans quelques cas, la dégénération grise et l'atrophie du nerf olfactif, du nerf optique, de la cinquième paire et du ganglion deGasser.
Parmi les nerfs périphériques, le sciatique est celui qui présente le plus souvent des lésions de ce genre.
Les ganglions du grand sympathique, d'après MM. Bonnet et Poincaré, présentent une pigmentation très prononcée,
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mie diminution du nombre des cellules nerveuses et une hypertrophie du tissu conjonctif. Obersteiner a trouvé une pigmentation manifeste du ganglion cervical supérieur; et Mendel a rencontré des granulations très abondantes et un état granuleux des cellules nerveuses, dans plusieurs des ganglions du grand sympathique. Ces lésions, il faut bien le dire, peuvent exister dans les maladies les plus diverses, et n'ont, par conséquent, aucune valeur réelle.
En dehors du système nerveux, c'est le tissu osseux qui présente les altérations les plus remarquables. Le ramollissement, la friabilité des os ont été signalés en France par M. Biaule, et en Angleterre par Ormerod, Ashe, Williams et Ringrose Atkins. On constate alors une diminution notable de la proportion des sels calcaires et une augmentation très évidente des éléments graisseux.
On a noté également la dégénérescence graisseuse du coeur.
Enfin, comme la plupart des aliénés, les paralytiques généraux sont très exposés à la congestion et à l'hyposlase pulmonaires.
Messieurs, j'ai cherché à vous présenter d'une manière succincte le tableau des lésions anatomiques de la paralysie générale. Si j'ai négligé quelques détails, j'ai la conviction de vous avoir très impartialement exposé l'état de nos connaissances à cet égard. Quant aux conclusions qu'il convient d'en déduire, au point de vue de la nature de la maladie, nous les avons discutées plus haut par anticipation.