PRONOSTIC
D'une manière habituelle, les soins intelligents ont une influence favorable sur les rémissions et peuvent prolonger sensiblement la durée de l'existence.
Parmi les symptômes qui menacent les malades d'une mort rapide, il faut noter surtout l'excitation, lorsqu'elle persiste et tend à s'aggraver, au lieu de s'éteindre progressivement (1). Les formes dépressives sont moins graves, d'après M. Luys ; cependant les formes démentes primitives avec excitation sont fâcheuses à cause des troubles digestifs et de l'affaiblissement qui les accompagne.
M. Luys considère comme une condition favorable Vam7iésie qui s'empare souvent d'un paralytique, et qui lui permet de s'acclimater facilement dans un asile, oubliant son existence antérieure et les affections qui s'y rattachent.
Enfin, il est à peine nécessaire de signaler l'extrême gravité de certaines complications, et en particulier des convulsions épileptiformes. Nous avons déjà insisté sur ce point.
Messieurs, il semble au premier abord que le traitement de la paralysie générale soit une entreprise vouée d'avance à un échec certain. On a tant insisté, et avec juste raison, sur l'extrême gravité du pronostic dans cette maladie, que tous les efforts de la médecine semblent frappés d'impuissance ; et l'on admettrait volontiers que le seul résultat des moyens les mieux combinés est d'atténuer les progrès du mal et d'en retarder plus ou moins la terminaison nécessairement fatale.
Nous avons vu cependant que le pronostic, dans certaines conditions, n'est point absolument désespéré. La plupart
(1) Luys, TraUé des maladies mentales, 1881, p. 612,
des observateurs sont disposés à admettre que, dans sa période initiale, la maladie présente encore des chances de guérison, qui diminuent rapidement à mesure que l'évolution morbide se déroule, et disparaissent presque complètement à la période d'état.
Malheureusement, à la première période, le diagnostic est souvent difficile à formuler, et l'on perd un temps précieux avant d'instituer le traitement. On pourrait, sous ce rapport, comparer la paralysie générale à la phthisie pulmonaire, affection qui guérit certainement dans quelques cas, mais qui ne présente guère de chances favorables qu'à l'époque oii le diagnostic est encore incertain. Lorsque toute hésitation a disparu, lorsque les signes de la maladie sont nettement accentués, la guérison est devenue presque impossible. Il en est de même pour la paralysie générale.
Mais, avant d'aborder l'étude du traitement de cette maladie, il est deux questions qu'il nous paraît indispensable d'aborder, et qui sont unies par les liens les plus intimes.
Faut-il isoler les malades? En d'autres termes, doit-on les placer dans un établissement spécial?
Lorsque le paralytique général est en liberté, quelles sont les habitudes de vie qui lui conviennent le mieux? Quelle est la ligne de conduite que nous devons lui prescrire ?
Nous allons jeter un coup d'oeil rapide sur cette partie du sujet.
Séquestration. — Occupons-nous d'abord de la question, toujours capitale, de la séquestration du malade. Les paralytiques généraux doivent-ils être placés dans des établissements spéciaux, ou bien peuvent-ils rester en liberté, pour subir un traitement à domicile?
SÉQUESTRAIION. 801
S'il était possible d'interner dès le principe les malades de cette espèce, on leur rendrait un service éminent, non seulement au point de vue de leur santé, mais encore au point de vue de l'honneur et de la fortune. En effet, s'il est reconnu que c'est surtout à ses premiers débuts que la maladie est encore curable, il n'est pas moins certain que c'est à sa période initiale que se produisent ces actes répréhensibles, ces entreprises hasardeuses, ces dilapidations insensées, qui conduisent le malade à sa ruine, ou qui compromettent d'une manière irréparable sa réputation. Mais il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir l'internement pendant la durée de ce premier stade; le diagnostic n'est point assez ferme, et les préjugés de la famille ainsi que les habitudes de la société opposent des obstacles presque insurmontables à l'adoption de cette mesure salutaire.
A la période d'état, il devient évident pour tout le monde que l'internement du malade est une nécessité. C'est surtout à ce moment que nous voyons arriver les paralytiques généraux dans nos asiles; en d'autres termes, ils sont confiés à nos soins au moment oii leur intelligence tombe déjà en ruine; l'internement est alors une mesure de précaution nécessaire, mais d'une eflicacité bien douteuse au point de vue du traitement.
A la troisième période, quand le malade, ayant franchi les deux premiers stades delà maladie, commence à verser dans la démence, il pourrait sans inconvénient être rendu à sa famille; mais c'est surtout alors qu'on se refuse à le reprendre, par des raisons dont nous avons déjà parlé.
Sortie. — Pendant les périodes de rémission, le malade doit-il être rendu à la liberté?
Il convient d'user ici de la plus grande prudence, en
raison de la fragilité de ces guérisons apparentes. Si cependant l'amélioration se maintient pendant un assez long espace de temps, si, surtout, les facultés intellectuelles paraissent avoir repris leur équilibre, il peut être utile à la santé physique et morale du malade de le replacer dans les conditions normales de la vie.
Hygiène. — Le paralytique en liberté doit user des plus grandes précautions, et l'on doit lui conseiller d'éviter toutes les causes de fatigue et de surexcitation. Toujours porté à l'exubérance, à l'activité physique et morale, aux excès de toute espèce, il doit (dans la mesure du possible) réagir contre cette tendance ; il ne faut point lui conseiller les distractions, le théâtre, les voyages lointains : il faut au contraire circonscrire son activité dans d'étroites limites, lui imposer le repos intellectuel, le soustraire à la fatigue physique, lui interdire les travaux qui congestionnent les centres nerveux, le soustraire à l'action de la chaleur: on sait en effet que l'insolation (surtout dans les pays chauds) et les hautes températures auxquelles beaucoup d'ouvriers sont exposés, ont à cet égard une influence déplorable.
A l'intérieur des asiles, on doit surveiller la température des chambres où se tiennent les malades, et ne jamais souffrir qu'elle dépasse 15 à 18 degrés centigrades.
Il faut enfin, tout en donnant au malade une alimentation substantielle, le garantir contre sa propre voracité et lui interdire les excès alcooliques.
Mais qui ne voit combien il est difficile, en dehors des murs d'un asile, défaire observer de pareilles règles? Elles s'appliquent surtout aux paralytiques en état de rémission, qui ont gagné, en quelque sorte, par une amélioration sérieuse, le droit de vivre en liberté. Quant aux paralytiques