‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 251 sur 258 · DÉFINITION DU CRÉTINISME · texte numérisé non relu

DÉFINITION DU CRÉTINISME

côtés, en diffère cependant par des caractères essentiels que nous aurons tout à l'heure à vous signaler. Il s'agit, vous le savez déjà, du crétinisme.

Voyons tout d'abord comment on doit envisager cette condition particulière; nous en étudierons ensuite les causes, la prophylaxie et le traitement.

La définition du crétin comprend deux caractères indispensables : il existe, en effet, dans cette anomalie, un côté physique et un côté moral.

Cette manière de voir n'a pas été toujours admise. Pour Fodéré, il n'existait point de différence essentielle entre l'idiotie et le crétinisme, et pour beaucoup de pathologistes, le goitre surajouté à la nullité de l'intelligence suffirait pour caractériser cette dégénérescence. Ils auraient dit volontiers : «Est crétin tout idiot pourvu d'un goitre. » C'est là une erreur profonde, car s'il existe des rapports intimes entre le goitre et le crétinisme, il est aujourd'hui bien démontré que les vrais crétins ne sont point goitreux ou ne présentent qu'à un très léger degré cette infirmité.

Mais, sans anticiper sur celte partie du sujet, nous allons étudier le type physique et moral que nous présentent ces êtres dégradés. A l'exemple de la commission sarde, nous admettons qu'il existe trois degrés, désignés sous les noms de crétin^ demi-crétin et crétineux. Occupons-nous tout d'abord des crétins complets, offrant le véritable type delà dégénérescence.

Dès leur naissance , les petits crétins présentent des indices qui peuvent faire soupçonner l'avenir qui les attend. Ils présentent une tête volumineuse ; le front est déprimé en arrière; l'occipital vient à sa rencontre, ce qui donne à l'ensemble du crâne une forme pointue.

La face est œdémateuse; le regard est sans expression

et cette lumière qui vient éclairer bientôt la physionomie des petits enfants ne viendra jamais animer leur visage. La face présente déjà les traits qui la caractériseront plus tard : le nez est épaté ; la langue déborde les lèvres, qui sont épaisses et charnues ; le col est gros et court, et cependant l'enfant tient mal sa tête, qui ballotte de tous côtés. Souvent enfin on constate une légère hypertrophie du corps thyroïde.

Les caractères fonctionnels viennent confirmer les inductions tirées des signes physiques. Le petit crétin tette avec difficulté; il ne sourit jamais; il ne reconnaît point les personnes qui l'entourent, pas même sa nourrice ; il ne donne jamais enfin aucune preuve d'affection ou d'intelligence, et pour compléter le tableau, il demeure dans un état de somnolence presque continuelle.

A mesure que l'enfant grandit, on constate que, malgré son appétit vorace, il se développe très lentement. La dentition, par exemple, est tardive, incomplète, irrégulière; les dents sont noires, mal plantées sujettes à la carie, et, presque toujours, en nombre inférieur au chiffre normal. La seconde dentition, chez plusieurs de ce§ sujets, ne se fait jamais, ou du moins ne se montre que très incomplètement.

L'enfant marche très tard ; ce n'est qu'à sept ou huit ans qu'il peut se tenir sur ses jambes ; il est toujours très maladroit et sait à peine se servir de ses mains; sa taille ne se développe pas; ilreste toujours très petit et ne mesure à l'âge adulte que quelques centimètres au-delà d'un mètre. A vingt ans, le sujet a les apparences d'un enfant, et, par contre, dès les premières années de la vie, il ressemble à un vieillard. C'est, en effet, un petit vieux ridé, au teint blafard, aux yeux éteints, et plongé dans cette profonde indif-

ORGA^ES GÉNITAUX. ASPIXT EXTÉRIEUR. 833

férence aux choses d'ici-bas, qui semble être si souvent l'apanage d'une vieillesse avancée. A cet état physique et moral correspond le nom de crétin^ qui signifle. dit-on, parfait chrétien^ car les êtres ainsi dépourvus de toute responsabilité morale sont incapables de pécher. C'est sans doute par une série d'idées semblables que les musulmans sont arrivés à considérer leurs idiots comme des saints auxquels ils rendent un culte.

Signalons enfin l'arrêt de développement plus ou moins complet des organes génitaux. La verge est réduite à un petit cylindre surmonté d'un gland très petit ; les testicules sont minimes, souvent même on n'en trouve pas dans le scrotum. Les vrais crétins, les crétins complets, ne se reproduisent jamais. Voilà pourquoi, d'après Cerise, le goitre est si peu prononcé chez eux, car le développement du corps thyroïde s'opère en général à l'époque de la puberté. Cependant, d'après M. Baillarger, on trouve souvent chez ces sujets un goitre, mais il est fort petit.

Parvenus à l'âge adulte, ces sujets frappent les yeux par leur taille exiguë, ramassée, trapue, par leur tête grosse et mal conformée, large à la base, rétrécie au sommet. Le diamètre bilatéral est très considérable par rapport au diamètre antéro-postérieur ; en d'autres termes, le crétin est brachycéphale, ce qui tient en grande partie à l'aplatissement de l'occipital. La tête forme à la nuque une ligne droite.

La face est large, aplatie ; les yeux sont très écartés ; le nez est écrasé ; la bouche est mal formée, les lèvres sont épaisses, la mâchoire inférieure souvent proéminente ; les oreilles sont énormes et très écartées. Enfin il existe souvent une asymétrie faciale assez prononcée.

Le col est court et en même temps large, ce qui donne

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au sujet, vu par derrière, une encolure de taureau. Il y a souvent manque d'harmonie et de proportion entre la longueur du tronc et celle des membres ; ceux-ci présentent souvent un développement exagéré, et, chez plusieurs individus, la disproportion se manifeste entre les parties du squelette qui constituent les mêmes membres ; l'humérus est trop court pour les avant-bras, le fémur pour les os de la jarnbe. Les mains et les pieds sont habituellement courts et de forme arrondie.

Sur ce corps mal bâti, la nature a jeté une enveloppe plus disgracieuse encore. La peau est flasque, blafarde, terreuse, rude au toucher, dépourvue de poils et sillonnée de rides nombreuses et profondes, ce qui ajoute à l'ensemble de la physionomie un air singulier de décrépitude.

Le système pileux, nous l'avons déjà dit, est pauvre chez les crétins. Ils sont imberbes, sans poils au pubis, et la surface du corps est entièrement glabre ; par contre, les cheveux sont très abondants, assez rudes, plantés très bas et ordinairement châtains. Ils ne tombent jamais et ne blanchissent pas. La calvitie et la canitie sont inconnues chez les crétins.

L'abdomen est saillant, la colonne vertébrale souvent cambrée. Du reste, le rachitisme, la scoliose et les autres déformations du tronc et des membres se rencontrent très souvent chez ces sujets. Il faut y joindre une sorte d'oedème pâteux, qu'on a souvent observé chez eux. Nous laissons entièrement de côté la question du myxoedème, qui n'est pas encore sufOsamment élucidée. Nous voulons seulement appeler l'attention sur l'existence d'un véritable œdème chez les crétins proprement dits.

Nous venons de décrire les caractères physiques et psy-

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