‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 51 sur 258 · STAHL · texte numérisé non relu

STAHL

l'époque d'ingénieuses théories sur la production des maladies mentales.

A ce moment nous voyons apparaître sur la scène un des hommes les plus remarquables que la civilisation moderne ait enfantés ; je veux parler de Slahl.

Certes, les idées de cet illustre médecin sont aux antipodes de toute l'éducation que nous avons reçue, et il faut un violent effort de l'intelligence pour se reporter à un état intellectuel aussi différent du nôtre.

Il le faut pourtant ; car, sans cet effort, il serait absolument impossible de comprendre un système qui a, pendant de longues années, joué un rôle immense en psychiatrie, et dont l'influence se fait encore sentir par certains côtés. Je vous demande donc un instant d'attention soutenue, vous promettant, d'ailleurs, de ne pas longtemps abuser de votre complaisance.

Placé en face du problème de la vie, Stahl est frappé d'une idée, que plus tard Bichat devait exprimer dans des termes sinon identiques, du moins fort analogues : l'instabilité des composés organiques en présence des forces du monde physique saisit avant toute chose son imagination, et lui fait envisager la vie comme une résistance perpétuelle à la mort.

La matière n'a pas en soi le principe de la durée; abandonnée à elle-même, elle se désagrège et se transforme. Il faut donc à l'être vivant une force à la fois créatrice et conservatrice, dont les divers organes ne sont en quelque sorte que l'expression particulière.

Cette force, qui domine et gouverne la matière organisée au milieu de ses transformations incessantes, cette force, qui préside à ses évolutions normales, est aussi celle qui rétablit l'équilibre des fonctions quand il est troublé.

16 ÉcoLi: rsycHOLOtiiQuii allemande,

et qui prévient la maladie aussi longtemps que l'harmonie existe. Par elle, on s'explique la réaction mutuelle des diverses parties les unes sur les autres, et l'action de l'ensemble sur les parties. Enfin, c'est grâce à la connaissance de la loi qui préside à ses rapports avec la matière que le médecin parvient à comprendre, par la souffrance locale, ou par les manifestations d'un antagonisme maladif, ce que Stahl appelle Vimpulsion pathologique générale.

Tel est donc le rôle prépondérant de l'âme dans le méc.'uiisme de la vie : non seulement elle préside au fonctionnement de ces organes, auxquels elle a donné l'existence, mais encore elle rétablit l'harmonie quand l'équilibre naturel est ébranlé, et ramène l'ensemble du système à l'état normal.

Mais , puisque l'intention de la nature est toujours bonne, comment se fait-il que le résultat soit souvent déplorable ?

Ici se place la nuisible et funeste intervention du péché.

Si le régime de l'économie est troublé, si l'économie périclite, c'est, d'après Stahl, parce que l'idée elle-même est troublée ; c'est parce que l'homme a désobéi à la mission providentielle qu'il avait reçue ; c'est, en un mot, parce que le péché originel et les péchés individuels ont perverti les tèndances de l'âme; or, toute tendance de l'âme contraire aux lois morales est l'origine d'un trouble de la santé. Stahl finit donc par arriver à la conception de la moralité comme source de tout ordre dans la vie du corps et de l'entendement; et, d'autre part, à l'immoralité comme point de départ de tout désordre, soit physique, soit mental.

Tel est, comme l'a fort bien démontré M. le professeur

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Lasègiie, le point de départ de l'école psychologique allemande, ainsi qu'on l'appelle en psychiatrie.

Le mal moral une fois admis comme origine du mal physique, rien de plus naturel que d'y faire rentrer les troubles de l'intelligence. Car, si le péché peut donner la fièvre, h plus forte raison peut-il engendrer la folie.

Je ne saurais entreprendre ici, messieurs, de vous exposer les idées de Langermann, le fondateur de l'école, celles de son élève Ideler et de ses nombreux successeurs. Le temps nous oblige à limiter nos études et à concentrer toute notre attention sur l'homme qui représente le plus complètement le système, et qui l'a formulé de la manière la plus absolue; il en est l'expression la plus élevée, la véritable incarnation.

Heinroth, un des meilleurs élèves de Pinel, professeur de psychiatrie à Leipzig, membre de la Société royale de Londres, correspondant de notre Académie de médecine, a été l'un des aliénistes les plus distingués du siècle et l'un des rares Allemands qui ont aimé la France. A ces titres divers, il mérite assurément toute notre attention. Ses doctrines sont aussi complètement éloignées que possible de nos opinions modernes, et c'est précisément à cause de cette opposition qu'il nous intéresse, comme le représentant le plus accompli d'une race de puissants esprits, aujourd'hui presque complètement éteinte.

L'homme vit, en tant qu'homme, dit Heinroth, par la raison.

Mais, avant d'atteindre ce dernier échelon, l'intelligence doit parcourir bien des étapes. Au premier degré, l'enfant n'a qu'une existence objective, il ne vit que par les sens ; au deuxième degré, l'individualité perdue jusque-là dans le monde extérieur se replie sur elle-même. Le moi se des-

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sineen opposition avec le non-moi, avec les phénomènes qui se passent hors de lui ; c'est un arbre dont les racines sont cachées dans la terre et dont le sommet est dans les cieux. A ce deuxième degré, que ne dépassent jamais la plupart des hommes, la vie entière est remplie par la lutte avec les obstacles extérieurs ; il n'y a rieri de plus pour l'homme que lui et le monde.

Mais, au dernier terme du perfectionnement humain, un élément jusqu'alors inconnu fait son apparition sur la scène ; cet élément nouveau, c'est la conscience, qui vient prendre sa place et commander.

Tant que nous nous laissons mener par elle, une merveilleuse harmonie s'établit entre nous et le monde extérieur; il y a unité dans la vie de l'homme, parce qu'il y a conformité avec sa mission; partout on règne la conscience, il n'y a plus de guerre.

La santé n'est donc que l'harmonie merveilleuse de nos pensées et de nos désirs, accompagnée de la jouissance qui s'attache providentiellement à l'accomplissement intégral d'une fonction. Au contraire, la maladie commence quand les ressorts de l'organisme ont perdu leur unité d'action.

Or, l'homme qui vit en lui-même sait s'abstraire du monde extérieur; mais celui qui se laisse saisir par le m'onde est, au contraire, agité par des désirs sans cesse renaissants. On souffre, on a des craintes, et le fruit de ce douloureux enfantement, c'est la passion.

L'origine des troubles de la raison est tout entière dans ce travail intime; c'est une diathèse sans laquelle les accidents extérieurs ne sauraient créer la folie; c'est ainsi que Heinrolh arrive à formuler cette pensée profonde ; « La folie est une maladie de l'être tout entier. »

Quand la sensibilité cesse d'avoir son guide naturel, qui

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