‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 95 sur 258 · UE l'éTAI l'HYSIQUE DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

UE l'éTAI l'HYSIQUE DES ALIÉNÉS

chez tous les malades, sont un excellent moyen de se rendre compte des changements qui s'opèrent dans l'état général de l'économie. C'est par l'emploi de ce procédé que l'on est arrivé à démontrer un fait très-important.

A la période prodromique, à l'époque oiiles troubles intellectuels sont encore absents, prenez un individu non encore aliéné, mais sur lechemin de l'aliénation mentale. Cethomme ne présente pas encore de conceptions délirantes; cependant il va perdre inie partie considérable de son poids, et celle déchéance, très-rapide chez les jetines sujets, peut les amener en peu de temps à un état d'amaigrissement trèsprononci', alors qu'ils n'ont pas encore présenté de troubles intellectuels évidents.

Mais la folie éclate avec tous ses caractères ; reste alors à suivre la marche de ses phénomènes. Nous savons que la maladie peut parcourir rapidement ses diverses périodes; mais, devant vous retracer le tableau des troubles qui se présentent du côté de la nutrition chez les aliénés en général, je dois prendre pour type un de ces malades dont l'affection peut se prolonger pendant longtemps.

Dans la période d'invasion, le poids ne varie pas autant que dans la période prodromique; cependant les modifications qui se présentent sont toujours dans le sens de l'amoindrissement; mais ce que Von constate surtout, ce sont des troubles trophiqnes variés, longtemps avant que l'on ait observé aucun symiitùmo intellectuel. On peut noter des altérations profondes delà inilrilion, de la gangrène, des idcéralions, ce que l'en n api)('l(' /r déciibiliis a'uju. Cela se rencontre non-seulement dans la foiie, mais dans un grand nombre de maladies des centres nerveux. Ce sont tantôt des troul)les de la circulation ; tantôt des modifications gé-

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nérales de la nutrition de l'inflividu, qui ne se traduisent que partiellement par la diminution du poids.

L'orage se calme, les accidents du début commencent à s'apaiser et l'on entre dans la période d'état. Ace moment, l'économie semble avoir pris son parti despertesqui lui tout infligées. On a sacrifié l'intelligence, et l'on se remet à vivre à peu près comme auparavant ; alors les fonctions digestives reprennent leur état habituel et l'on peut avoir une certaine amélioration au |)oint de vue de l'embonpoint.

Mais nous arrivons à la période terminale; la masse du corps se développe de nouveau, et c'est là souvent un symptôme déplorable. Un fou qui engraisse est un homme perdu, dans l'opinion des gens du monde.

Rien n'est plus vrai, mais le contraire l'est également ; ce n'est pas que je veuille ici rien emprimter à cette morale justement flétrie par /es Provinciales^ et pour laquelle deux opinions contradictoires peuvent être également probables, à la condition d'avoir été soutenues l'une et l'autre par un docteur grave. Mais il est absolument nécessaire d'établir ici une distinction fondamentale. Nasse a eu le mérite de démontrer le premier l'importance de ce fait, que dans la convalescence de la folie il y a un rapide accroisseraentdu poids du corps. Cet accroissement est marqué surtout chez les jeunes gens et chez les femmes ; dans l'âge adulte, il est plus lent, dans la vieillesse, il est presque nul. Ce qui est surprenant, c'est le chifTre que cette augmentation de poids peut atteindre. J'ose à peine vous indiquer quelques données. On assure que, dans des cas favorables, cet accroissement peut aller jusqu'à 200 ou 300 grammes par jour. On assure, en outre, que, parvenu aux limites qu'il doit atteindre, il peut être de 30 ou 40 pour 100 du poids que l'individu présentait autrefois ; il aurait même

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été de JOO pour iOO. Ce sont là des faits singuliers, mais en même temps profondément significatifs.

Vous vous rappelez que Nasse a été en Allemagne le grand fondateur de l'école somatique, le précurseur de Jacobi, l'adversaire de Heinrotli et de l'école psychologique. A coup sûr, dans une affection qui présente si peu de traces anatomiques, il devait être heureux de trouver un fait d'une telle importance.

11 n'est pas de guérison solide sans cette augmentation du poids du corps. On voit des malades éprouver une amélioration intellectuelle quelquefois très-notable et cependant ne point engraisser ; mais, en général, dans ces cas, il faut se méfier des rechutes.

Si l'augmentation de l'embonpoint est un signe de démence incurable, et si, d'autre part, l'augmentation du poids du corps est un signe de guérison certaine, comment distinguer les cas favorables de ceux dans lesquels il faut porter un pronostic fâcheux? Gomment savoir, en somme, si l'engraissement est bon ou mauvais? Le critérium, en pareil cas, c'est l'état intellectuel. Chez un individu dont l'activité cérébrale s'engourdit, lorsqu'on voit augmenter le poids du corps, lorsqu'on voit les fonctions digestives reprendre leur activité, c'est alors qu'on peut dire : le fou qui engraisse est un homme perdu. On peut comparer ce qui se passe alors à ces modifications qui se produisent dans certaines maladies du système musculaire, et oii une hypertrophie considérable des muscles correspond à une diminution dans leur activité physiologique. Le malade, comme on l'a dit si justement, devient alors un tube digestif.

Mais il en est tout autrement d'un homme qui doit guérir ; l'esprit chez lui reprend son empire, l'expression de la

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physionomie est tout autre, la lumière de l'intelligence vient l'éclairer de nouveau. Ce n'est pas seulement de la graisse, ce sont des tissus plus nobles, plus élevés qui augmentent son embonpoint et annoncent sa guérison prochaine. Il serait intéressant d'appliquer ces données à chaque forme de l'aliénation mentale; c'est ce que nous chercherons à faire plus tard.

Je viens de vous tracer le tableau rapide des troubles de la nutrition générale. A ces phénomènes se joignent quelques désordres produits dans d'auties fonctions qui sont liées aux maladies organiques de la façon la plus directe : je veux parler des sécrétions. Parmi ces dernières, celle qui se rattache le plus directement aux variations de la santé, c'est l'excrétion urinaire.

On comprend aisément que si, dans toute maladie qui entraîne un trouble profond de la nutrition, l'analyse des urines offre un intérêt des plus sérieux, il doit en être ainsi, à plus forte raison, dans la folie. Rien ne serait plus utile, au point de vue de la clinique, rien ne serait plus satisfaisant au point de vue de la science pure, que d'établir une corrélation directe entre les troubles de l'entendement et l'élimination plus ou moins rapide de certains principes constituants de l'économie. Malheureusemeni, , les faits n'ont guère légitimé jusqu'ici les espérances que l'on avait conçues un peu prématurément à cet égard.

S'il fallait résumer ces montagnes de travaux que l'on a publiés sur l'état des urines chez les aliénés, la totalité de mon cours n'y pourrait suffire. Je me propose de vous indiquer seulement quelques données dont l'authenticité est parfaitement établie.

En premier lieu, dans la mélancolie et dans toutes les formes dépressives, on constate un amoindrissement notable

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de la diurèse. Les mélancoliques urinent peu, et la densité de leur urine augmente. On remarque une diminution de l'urée et des chlorures. La quantité d'urée correspond, diton, à l'activité des combustions qui se passent dans l'économie. En outre, c'est principalement sous cette forme que les matières azotées sont éliminées de l'organisme. On peut comparer, à ce point de vue, les mélancoliques aux goutteux^ chez lesquels l'urine, quoique très-fortement chargée de principes solides^ ne présente pas dans sa totalité la somme d'élimination nécessaire. L'acide urique et les urates s'accumulent dans le sang et dans les tissus, parce que la quantité d'urine excrétée dans les vingt-quatre heures ne suffit pas pour les entraîner au dehors.

Chez les maniaques, un autre phénomène attire l'attention ; le fait capital, bien constaté par beaucoup d'observateurs, c'est la diminution des phosphates. L'élimination du phosphore diminue non-seulement d'une manière absolue, mais encore d'une façon relative ; il y en a moins par rapport à la quantité des autres déchets organiques. Il est remarquable de voir cette diminution dans l'excrétion du phosphore coïncider avec la suractivité intellectuelle dont ces malades nous offrent le spectacle. On a dit : « Sans phosphore, pas de pensée, » et c'est à l'oxydation du phosphore qu'une certaine école a voulu rattacher le trâvail même de la pensée. Il n'est pas sans intérêt de constater que, dans ces cas pathologiques, la surexcitation des facultés intellectuelles ne coïncide pas avec une augmentation de la production des phosphates, ce qui aurait certainement lieu si l'oxydation du phosphore se trouvait exagérée.

Chez les déments parvenus à cette période d'affaissement oîi l'influence de l'encéphale est réduite à sa plus faible expression, il y a un défaut de parallélisme entre l'état g'é-

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ii''imI cl la sécrétion iirinaire ; c'est là encore un indice de (.elle déchéance organique dans laquelle toutes les fonctions de l'économie subissent un ralentissement évident.

En résumé, il y a diminution de l'excrétion urinaire, diminution de quantité et de qualité ; les reins cessent de remplir convenablement leurs fonctions, ils sont paresseux au travail, comme tous les autres organes de l'économie.

Quelques phénomènes accessoires doivent être signalés ici. On a rencontré de l'albumine en quantité sensible dans les urines des aliénés. Lorsque je parle d'albumine, j'élimine tous les cas dans lesquels il y a altération des reins ou maladie du cœur. Il s'agit d'albuminurie chez les aliénés indemnes de tout autre affection; mais ce phénomène est tellement banal, qu'il est difficile de lui attribuer une signification vraiment typique.

li est un trouble plus profond signalé surtout par les observateurs anglais. C'est le diabète, ou plutôt la glycosiM'ie. Le diabète proprement dit, avec polyurie, est rare chez les aliénés ; la glycosurie l'est moins, et c'est là un trouble qui se rattache directement aux modiflcations que présente l'encéphale et peut-être le bulbe rachidien.

Un dernier fait, l'oxalinMe, a été signalé chez certains malades par Lindsay.

Il est une f)nction qui, dans l'ordre physiologique, se rattache de la manière la plus intime à la sécrétion urinaire : je veux parler de la sécrétion sudorale. Dans l'état normal, il existe une sorte de balancement régulier entre les deux fonctions; il n'en est pas de même chez les aliénés. La sécrétion de la sueur semble participer au mauvais état des fonctions de la vie végétative. Les malades n'urinent pas, ils transpirent moins encore, et c'est chez eux surtout que l'on co.nstate cet état de la peau, cette sécheresse, qui

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résulte de la suppression de la transpiration cutanée. Chez certains individus, on voit au contraire se produire le pliénomène inverse : les aliénés en état d'exaltation sont souvent inondés d'une sueur profuse.

Chez d'autres sujets, ce sont les glandes sébacées dont l'activité fonctionnelle est poussée à l'extrême ; il en résulte une véritable séborrhée, à laquelle il faut peut-être rattacher cette odeur particulière que présentent les aliénés et qui ne saurait être niée par un clinicien vraiment observateur. Il vous suffira de vous promener dans les salles de réunion de notre clinique pour vous convaincre de la vérité de ce fait. Cette odeur ne dépend pas du défaut de propreté des malades : ce n'est point l'odeur si fréquente dans les quartiers de gâteux, ce n'est point non plus l'odeur infecte que l'on rencontre dans une caserne; ce n'est point ce parfum peu agréable qui s'exhale de toute réunion nombreuse d'individus malpropres. C'est une odeur spéciale, et ce n'est guère qu'à la sécrétion sudorale ou sébacée qu'elle peut être attribuée.

' Je passe à une autre fonction, dont les relations intimes avec le système nerveux central ont été depuis longtemps démontrées : je veux parler de la sécrétion salivaire. Celle-ci subit chez les aliénés des modifications notables en rapport avec les troubles de l'innervation glandulaire ; elle subit des modifications dans sa quantité et dans sa composition chimique. Chez les mélancoliques, la sécrétion salivaire diminue comme toutes les autres, comme celle de l'urine, comme celle de la sueur. La bouche est sèche, la langue est dure, les lèvres sont parcheminées, l'individu ne crache pas. Un phénomène inverse se produit chez les maniaques ; ici la salivation est incessante. La salive offre-t-elle chez ces malades des caractères spéciaux? Sous ce rapport il faut dis-

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