‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 1 sur 207 · G. MASSON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

G. MASSON, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE l’ ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, boulevard Saint-Germain, 120.

PREFACE

PAR M. CORNIL

Professeur à la Faculté de médecine de Paris.

Mon cher confrère,

Jeviens de lire avec le plus grand intérêt les bonnes feuilles de vos Leçons sur les maladies microbiennes. Elles sont d’une lecture facile et, permeltez-moi de vousle dire, attrayante, car vous écrivezavec clarté et avec une conviction, une chaleur communicatives. En vous lisant, j’ai vu défiler la longue suite des faits nouveaux, des théories, des doctrines, les unes déjà vieillies, les autres dans toute leur force, qui se sont produites pendant les vingt dernières années.

Comme tout est changé depuis les premiers temps de nos éludes médicales! Au début de mon internat, il y a quelque trente ans, on traduisait encore, du latin en français, des ouvrages de médecine des siècles passés que beaucoup de nos maîtres proclamaient comme la quintessence, le nec plus ultra de

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notre art. Je ne veux nullement médire des anciens, qui nous ont laissé d’admirables descriptions de certaines maladies, mais nous avons mieux à faire que de recopier leurs observations cliniques depuis que nos sens sont armés d’instruments qui en centuplent la pénétration.

Aussi avons-nous élé mêlés, à la fois comme spectateurs et acteurs, à l’évolution de l’histologie et de la physiologie qui, sans avoir dit leur dernier mot, n’en sont pas moins constituées, dans leur ensemble, comme des sciences complètes clonl les assises sont absolument stables. On leur ajoutera, personne n’en doute, bien des chapitres nouveaux; on élucidera bien des points obscurs, mais elles n’en forment pas moins, dès aujourd’hui, un tout complet et cohérent.

C’est l’histologie, et plus particulièrement l’histologie pathologique, qui avait fixé vos premiers Iravaux; vous étiez l’un des plus assidus élèvesde Robin, à une époque où il n’y avait à Paris d’autre laboratoire que le sien et celui que nous avions ouvert, Ramier et moi.

11 nous semblait alors que les modifications des lissus et des cellules observées au microscope, devaient nous donner le dernier mot sur la pathologie. Celle phase de noire histoire médicale a appris en effet à notre génération toutes les lésions observées non plus seulement à l’œil nu, mais bien dans l’intimité des éléments constitutifs des lissus, c’est-à-dire dans les cellules et leurs dérivés.

PREFACE

L’histologie nous montrait la structure réelle des cellules, des tissus et organes, leurs lésions pathologiques, la constitution vraie des productions morbides. Celle science nouvelle devenait la base de l’anatomie pathologique. Elle révélait l’intervention de l’activité propre des cellules à l’origine des maladies; elle rattachait la pathologie à la physiologie en montrant les variations de structure des cellules à l’état normal et morbide, en assimilant les phénomènes histologiques observés dans la formation embryonnaire des êtres et dans le début des néoplasies. C’était tout un corps nouveau de doctrines dont la constitution n’a pas manqué de provoquer des réactions, des opinions contradictoires, des disputes d’école dont le bruit est depuis longtemps éteint. Les théories, les doctrines exclusives, ont passé ou sont reléguées au second plan; mais il nous est resté une science complète avec ses descriptions exactes et ses faits immuables.

L’histologie permettait de pénétrer plus avant dans le secret des lésions; elle nous révélait leur genèse ; elle avait reculé les limites des problèmes pathologiques en s’approchant de leur solution, mais elle ne nous avait pas appris la cause initiale des altérations cellulaires.

Quels sont les agents qui mettent en mouvement les forces inhérentes aux cellules, qui les poussent à croître et à se multiplier, qui les accumulent en nombre immense, tantôt dans un foyer de pneumonie, tantôt dans un nodule de tuberculose ou de

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morve, ailleurs dans de véritables tumeurs, comme dans l'actinomycose du bœuf?

Pourquoi I ouïes les lésions histologiques, si voisines qu’on ne saurait les distinguer par l’examen microscopique seul, s’accompagnent-elles de symptômes si dilférents, représentant pour chaque maladie une marche, une évolution, une gravité spéciales et caractéristiques?

Les observateurs au microscope ont passé pendant bien des années sans les voir à côté des parasites qui provoquent cette affluence, cette accumulation des cellules, qui déterminent la spécificité des lésions cellulaires et des symptômes observés.

Une direction nouvelle a été imprimée par un homme dont l’imagination puissante et le grand esprit n’avaient pas été déviés par avance dans un moule façonné aux idées médicales régnantes. M. Pasteur a donné à la médecine celle impulsion géniale et admirable qui l’a fait entrer dans la voie féconde où elle se meut aujourd’hui. Ses découvertes, unies à celles des Davaine, Chauveau, Toussaint, qui l’avaient précédé ; à celles des innombrables savants qui ont marché sur ses traces, forment déjà nn ensemble de doctrines lel que la microbie , le parasitisme, révèlent l’étiologie d’un très grand nombre de maladies de l’homme et des animaux.

La cause de ces maux est en dehors de nous ; ce n’est plus l’économie animale qui fabrique de toutes pièces les poisons morbides. L’agent initial est un des nombreux parasites microbiens qui vivent dans

l'aii’, dans l’eau ou dans le sol. Ce!, agent, une fois déterminé, on arrivera un jour à lui barrer la porte de l’économie.

Le parasite d’une maladie étant connu, éludié sous toutes ses faces, par des cultures en dehors de l’organisme, par les lésions cellulaires qu’il détermine. par les toxines qu'il engendre, par les réac- ! ions v itales qui s’ensuivent, la pathologie de cette maladie es! éclairée d’un jour tout nouveau. Ce n’esl point seulement la curiosité scientifique qui est en éveil et satisfaite; le résultat obtenu est encore plus haut, car on peut en faire l’application immédiate. L’hygiène, la préservation des maladies, les vaccinations préventives, le traitement par les antiseptiques, en découlent au grand bien de l’humanité.

Les doctrines microbiennes constituent une des bases de l’hygiène aussi bien que de l’anatomie pathologique. Nos laboratoires d’hygiène sont avant tout consacrés à la bactériologie.

Dans vos Leçons , vous aviez trop le souvenir de l’histologie présent à l’esprit, et vous êtes trop l'ancien élève de Robin pour n’avoir pas étudié avec soin les altérations des cellules et des tissus en rapport avec la présence des bactéries.

Là, encore, les données nouvelles de la microbie ont modifié complètement le point de vue auquel se plaçaient les anatomo-pathologisles. L’histologie pathologique en a été jusqu’à un certain point simplifiée. Autrefois nous nous efforcions de trouver des caractères propres à chacune des maladies dans les

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variations de forme, de grandeur et de structure des cellules. Nous savons au contraire, aujourd’hui, que la mise en jeu de l'activité de ces éléments aboutit, à peu de chose près, aux mêmes lésions, tantôt à la mortification, tantôt aux divers modes de leur mul- I iplication, ou à leurs dégénérescences variées, quel que soit l’agent physique, chimique ou microbien en contact avec elles.

C’est ce que vous avez très bien compris et exprimé.

Veuillez recevoir mon cher confrère, l’assurance d e mes sentiments tout dévoués.

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