‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 2 sur 207 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Messieurs,

Eu inaugurant aujourd’hui les travaux pratiques d’anatomie pathologique, je ne puis vous taire la joie et la fierté que j’éprouve de faire partie, même au litre auxiliaire, du corps enseignant de l’Ecole de médecine de Toulouse. J’ai trouvé dans mes collègues d’aujourd’hui, mes juges d'hier, les qualités d’un savoir si éminent, unies à une si parfaite bienveillance, que vous comprendrez, je l’espère, le sentiment de profonde satisfaction qui est en moi. D’un autre côté, je sais votre assiduité, votre ardeur au travail, l’espérance que vous êtes pour vos maîtres, et, je vous le demande, qui ne serait heureux d’avoir de tels collaborateurs et de tels élèves.

Depuis quelques années, vous le savez, l’anatomie pathologique est entrée dans une phase nouvelle. La cause de plusieurs maladies, ignorée jusqu’à nos jours ou remplacée par une hypothèse, nous a été révélée. Nous

CABADÉ ]

INTRODUCTION

savons aujourd’hui que, pour un grand nombre d’états morbides, dont la liste va s'augmentant tous les jours, c’est à un organisme figuré, à un microbe, que sont dues les lésions et par conséquent les symptômes, que ces deux termes, lésions et symptômes, ne sont que fonction de l’évolution nutritive et vitale du micro-organisme, lequel est la cause pathologique initiale de l’altération de structure et du désordre fonctionnel. Au lieu de causes vagues, insaisissables ou hypothétiques, au lieu de miasmes, de contagions, d’effluves, nous savons aujourd’hui que le mal est sous la dépendance d’êtres vivants, de jour en jour mieux connus dans leurs évolutions, leurs aptitudes, leurs propriétés, leur mode d’existence. L'étude détaillée et complète de ces infiniment petits fait donc partie intégrante de l’anatomie pathologique, car leur présence bien constatée et leur identité bien reconnue dans les tissus constituent la lésion véritablement pathognomonique de la maladie. Cela est tellement vrai, qu’en présence de lésions, que je suppose être de nature tuberculeuse, et qui nous seraient démontrées telles par l’examen macroscopique et microscopique, nous ne pouvons affirmer aujourd’hui que telle est bien véritablement leur nature, si nous n’y montrons pas la bacille de la tuberculose. Et, par contre, devant les lésions les moins classiques, s’écartant le plus du type ordinaire, nous pouvons certifier avoir sous les yeux une forme de la tuberculisation, si nous parvenons à y démontrer en maints endroits la présence du microbe caractéristique. D un autre côté, le rôle décisif de ces microorganismes dans la production des troubles morbides qu’ils occasionnent par leur présence, soit d’une façon immédiate, soit d’une façon médiate, leur action de cause déterminante, leurs relations de cause à effet avec les symptômes, nous permettent de les envisager comme le primum movens morbide.

Page 1