CHOLÉRA
oiii
gastrique que Bochefontaine a dù de n'éprouver aucun effet morbide à la suite de l'ingestion de matières diarrhéiques provenant de déjections cholériques, qu'il eut la témérité d'avaler sous forme de pilules. Les deux observateurs marseillais démontrèrent le pouvoir destructif du suc gastrique, en injectant le produit de leurs cultures dans le duodénum après avoir préalablement lié le canal cholédoque. Nouvelle preuve, comme nous l'avons dit à propos du bacille dysentérique, que la bile possède aussi une action destructive sur certains microbes. En procédant comme je viens de le dire, les inoculations donnent des résultats positifs.
Koch, éclairé par les expériences de nos compatriotes et se souvenant combien l’alcalinité du milieu était favorable à la culture du micro-organisme, modifia son procédé de la façon suivante. 11 injectait d'abord dans l'estomac une solution à o 0/0 de carbonate de soude, puis un bouillon riche en bacilles et peu de temps après, dans le péritoine, une quantité de teinture d'opium, proportionnelle au poids de l’animal. Dès lors, les résultats furent positifs. M. Doyen a montré que ce n'était pas l’opium qui agissait dans ce cas, mais bien l'alcool de la teinture, et qu’on arrivait au même résultat en injectant 1 centimètre cube d’alcool par 200 grammes d’animal sans un atome d'opium. D'abord complètement enivré par l'alcool, l'animal traverse une phase de lourd sommeil, son réveil est triste, la température s’abaisse très notablement, la soif est vive, les crampes violentes, une diarrhée jaunâtre s’établit, puis les déjections se décolorent et contiennent des matières granuleuses, le poil se hérisse et l’animal succombe plus ou moins promptement, complètement refroidi et dans un temps qui peut ne pas excéder cinq ou six heures. Si cet état se prolonge, l'amaigrissement devient extrême, les forces disparaissent
ACTION DU BACILLE
et l’animal meurt soporeux et en hypothermie manifeste.
L’autopsie révèle que tout le tube digestif est comme encrassé dans son intérieur, par une matière épaisse où grouillent de nombreuses légions de bacilles, qui, du reste, ont pénétré les glandules de l'intestin. En un mot, on retrouve toutes les lésions anatomiques que révèlent les autopsies des cholériques, il n'y a donc pas à en douter, le choléra est bien produit par le bacille virgule, c'est le micro-organisme qui est incontestablement hauteur de toutes les épidémies.
Arrêtons-nous maintenant sur l’action de ce bacille quand il a pénétré dans notre économie. Incontestablement, pour qu’il puisse s'y implanter, il faut qu’il trouve réunies certaines conditions qui malheureusement ne sont que trop souvent réalisées. Mais dès qu'il a trouvé un milieu favorable à son développement, comment agira-t-il? Nous savons qu’il possède à un très haut degré le pouvoir de liquéfier la gélatine. C’est à ce pouvoir qu’il doit, probablement, de déterminer sur la muqueuse intestinale ces profondes ulcérations qui aboutissent dans bien des cas à une quasi-destruction. La conséquence de ce travail de liquéfaction est l'apparition d’une diarrhée intense d’abord, du fait de la réaction vitale des éléments constitutifs de l'intestin, diarrhée qui dans les premiers instants contient encore des fragments de matière fécale assez abondants pour teinter les selles. Au bout de peu de temps, tout produit stercoral disparaît, et dès ce moment les selles sont presque exclusivement constituées par les débris de la muqueuse, dont l’épithélium roulé et tassé en petits amas donne aux selles l’aspect caractéristique, décrit sous le nom de selles à grains riziformes.
Les choses peuvent se borner là, et la maladie toute entière évoluer ne présentant que ces symptômes d'ordre en quelque sorte mécanique, uniquement causés
CHOLKli A
par l’implantation el la multiplication des bacilles sur la muqueuse intestinale qu ils détruisent avec une incroyable rapidité. C’est à ces cas que l'on a donné le nom de choléra à forme gastro-intestinale, forme essentiellement caractérisée par les phénomènes réactioîinels de l’intestin sur les micro-organismes qui viennent s’appliquer sur lui et s’y multiplier.
Mais autrement terrible est l'action des ptomaïnes que sécrètent les microbes cholérigènes. D’autant plus que la pénétration de ce poison vient le pins souvent combiner ses effets avec ceux qui sont produits par l’action locale du micro-organisme, créant ainsi des formes mixtes. Ce sont ces ptomaïnes dont l’action est trop souvent, favorisée par des conditions exceptionnelles d’absorption, ou qui, abondamment produites par une invasion bacillaire considérable, trouvent dans le milieu des conditions remarquables facilitant leur production; ou bien encore, qui proviennent de microorganismes rendus plus virulents par des conditions encore inconnues; ce sont, dis-je, ces poisons qui, réalisant l’une ou l’autre des modalités que je viens d’indiquer, donnent lieu à ces cas promptement mortels auxquels on a réservé le nom de cas foudroyants.
De même que pour les bacilles de la lièvre typhoïde, les poisons sécrétés par ceux que nous étudions ont été parfaitement isolés et expérimentés. Brieger a isolé des cultures pures une substance qui est bien un produit de la sécrétion des micro-organismes, mais cette substance paraît être inoffensive et ne jouer qu'un rôle de coloration. M. Milliers a retiré de la matière crémeuse qui tapisse la face interne de l’intestin, matière que nous savons n ôtre qu’un amas de microbes, un alcaloïde liquide dont l’odeur d’aubépine est caractéristique. Cet alcaloïde détermine chez les animaux des troubles notables du côté du cœur. Je vous fais remarquer en
PTOM A INES
passant que M. Besnier a décrit une forme cardiaque de choléra, qui pourrait bien être due à l’action de ce poison. Cette substance injectée à des cobayes à la dose de 6 milligrammes les tue en deux jours. On trouve à leur autopsie le cœur gorgé de sang avec de nombreuses ecchymoses pulmonaires. Klebs a extrait de certaines cultures une substance cristallisablc qui, injectée à très petites doses sous la peau des lapins, détermine chez eux de violentes crampes et aussi provoque sur le rein une destruction de l’élément épithélial. M. Pouchet a retiré des déjections cholériques une base volatile, liquide, dont les vapeurs seiiles déterminent des accidents graves, éprouvés par l’inventeur lui-même, et qui consistent en un refroidissement très net, des crampes musculaires fort douloureuses avec suppresion des urines.
Voilà ce que peuvent produire les ptomaïnes que l’on a pu extraire soit des cultures artificielles, soit des cultures naturellement faites sur un organisme qui fournit aux bacilles un milieu d’évolution favorable. Dans ces conditions-là, tout s’explique parfaitement et l’action directe ou médiate des microbes cholérigènes nous apparaît avec la plus grande netteté. Si le temps ne nous faisait défaut et que nous puissions maintenant reprendre une à une toutes les formes du choléra et vous énumérer tous les symptômes qui les caractérisent, vous verriez que chaque forme et chaque symptôme correspond exactement soit à l’action mécanique du microbe, soit à l'action d’une ptomaïne prédominante, soit à une action combinée de ces deux modes d évolution pathologique.
Étudions maintenant quels sont les endroits où se rencontre le bacille cbolérigène, lorsqu’il est en dehors d’un organisme humain. C’est l'eau qui est son véhicule le plus habituel, et nous savons que, non seulement il s’y conserve, mais encore qu’il peut y proliférer. De
CHOLEIIA
nombreux observateurs ont constaté que le microbe existait en quantité considérable dans l’eau d'un vaste réservoir naturel, qui abreuve de nombreux habitants dans le Delta du Gange. C'est là son pays d'origine, et dans toutes les épidémies d'Europe on peut suivre le chemin parcouru par lui de ce point où il détermine un choléra endémique. Dans la dernière épidémie de Marseille, M. Hietsch a trouvé des bacilles encore vivants dans les eaux du vieux port. D'autres observateurs ont retrouvé des microbes sur divers objets ayant servi aux malades, ainsi que dans les poussières murales des salles où des cholériques avaient été enfermés. C'est aussi par les eaux, comme Koch l’a démontré, que se propagent et s’étendent les épidémies. Quant à la porte d’entrée des microbes, elle n'est pas douteuse, les expériences que je vous ai signalées indiquent très nettement que c’est par les voies digestives qu’ils pénètrent on nous, encore faut-il que celles-ci leur offrent un milieu favorable.
De ce que nous venons de dire et de ce que nous savons du bacille cholérigène, il découle plusieurs préceptes pratiques que je dois vous indiquer, ils aboutissent tous à ce résultat de nous défendre de l'invasion du micro-organisme dont l'action, comme seul et unique facteur de la maladie, ne saurait maintenant être révoquée en doute. Nous savons d’abord qu’une dessiccation un peu prolongée le tue ; par conséquent, nous savons que l’air ne peut lui servir de véhicule que très exceptionnellement. D'où cette conséquence que tous nos efforts de défense doivent se porter sur l’eau et les objets souilles de déjections qui sont des agents de diffusion autrement sûrs et eflicaces. L'eau sera rendue inoffensive par l’ébullition. Tous les aliments qui peuvent avoir été contaminés par elles seront soumis à la cuisson. Tous les objets souillés par les malades et surtout