‹ Leçons sur les maladies microbiennesChapitre 22 sur 207 · ACTION DE L'OXYGÈNE · texte numérisé non relu

ACTION DE L'OXYGÈNE

pleine activité s’arrêtent par suite tic la mort des microbes générateurs. Les espèces franchement anaérobies, et le bacillus amylobacter petit être considéré comme le type le plus parfait de celles-ci, meurent assez rapidement quand on les met au contact de l’oxygène.

Que si maintenant nous abandonnons les questions de détails et si nous envisageons clans son ensemble la manière dont se comportent les microbes en présence de l’oxygène, nous pouvons dire que tous ont besoin pour vivre de ce corps. Tout dépend non seulement de la quantité qu’il leur faut, mais encore de la manière dont chacun d eux doit se le procurer. Toutes les espèces meurent en présence d’un excès d’oxygène, comme le démontrent les expériences de Paul Bert, et chaque espèce définit en quelque sorte le point où commence l’excès pour elle. A ce titre-là, toutes les espèces pourraient être dites anaérobies. Mais il est également vrai que toutes les espèces ont besoin d’oxygène, seulement chez les unes il doit arriver très doucement, très lentement, à doses pour ainsi dire plus qu’infinitésimales, tel en un mot que peuvent l’obtenir des micro-organismes qui décomposent des milieux, où le gaz se rencontre à l’état de combinaison. Ce n’est donc qu’une question et de mesure et de manière de faire parvenir le gaz au contact du corps infiniment petit qui doit en profiter. L’espèce la plus résolument anaérobie mourrait si elle était plongée dans un milieu où l’oxygène serait absent, même à l’état de combinaison. Du reste, ce qui prouve bien que c’est toujours une question de doses, c’est qu’il y a beaucoup d’espèces qui vivent parfaitement et se multiplient avec énergie dans l’air libre, et qu’un court séjour dans l’oxygène pur a bientôt détruites. D’un autre côté, si on plonge dans un liquide une espèce parfaitement aérobie, elle continuera à vivre pendant

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quelque temps, si ce liquide est d’une composition telle qu’elle puisse arriver à lui soustraire l’oxygène dont elle a besoin pour vivre. C’est là le principe de toutes les fermentations, et nous verrons bientôt comment et par quels procédés le phénomène a lieu. Je suis convaincu qu’un observateur doué d’une patience persévérante, comme celle de Dôllinger, dont je vous racontais tout à l'heure la longue et minutieuse expérience, pourrait arriver par des tâtonnements à accoutumer le haccillus amylobacter, le plus sensible de tous à l’action de l’oxygène, à vivre au contact d’une quantité d’oxygène de plus en plus abondante, à la condition de lui donner ce gaz progressivement et avec beaucoup de lenteur. Le microbe ainsi traité finirait à la longue par s’habituer à supporter sans péril des masses relativement considérables d’oxygène, à prendre dans le milieu ambiant, et non plus en décomposant la substance qui l’environne, pour y prendre la faible quantité d’oxygène qui lui est nécessaire pour vivre. Mais pour cela il faudrait incontestablement un temps très long. Un laps de quatre ans, égal à celui pendant lequelDollinger conduisit son expérience, serait certainement nécessaire.

Ces faits vous donnent l'explication de plusieurs méthodes thérapeutiques. Je veux parler de la médication oxygénée, constituée soit par des inhalations d’oxygène plus ou moins comprimé, soit par l’usage direct de l’eau oxygénée sur certains endroits qui sont le siège d’une lésion pathologique grave. C’est incontestablement par l’action de l’oxygène sur les micro-organismes qui donnent lieu à la maladie, et par un excès de ce gaz, que l’on arrive à des guérisons souvent très remarquables. Vous savez aussi que quelques auteurs ont cru démontrer que la théorie de la diffusion des germes dans l’air, au nom de laquelle on pratique actuellement les pan-

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sements dits antiseptiques, ne reposait sur aucun fondement sérieux. Pour le démontrer, ils ont laissé exposées à I air libre, et sans aucune espèce de pansement, les plaies et les solutions de continuité de toute sorte, remarquant qu’avec ce procédé ils n’avaient pas plus d’accidents mortels que quand on s’entourait des prescriptions ou des formules de l’antisepsie la plus rigoureuse. M. Pasteur n’a pas eu de peine à démontrer que la plupart des espèces pathogènes, qui déterminaient des accidents graves dans les plaies, étaient des espèces anaérobies, comme, par exemple, le vibrion septique, et que, par conséquent, en laissant les plaies au contact de l’air libre, imprégnées à chaque instant d’oxygène, on les transformait en un milieu dans lequel une bactérie anaérobie ne pouvait absolument pas vivre.

Nous aurons du reste à revenir sur cette question du besoin d’oxygène pour les bactéries dans notre prochaine conférence quand nous vous ferons connaître les propriétés vitales des microbes et que nous vous parlerons de leur respiration.

Indépendamment de l’oxygène, il existe un grand nombre de corps qui doivent à leur composition chimique d’exercer sur les bactéries une action nettement décisive, assez intense pour les empêcher de naître ou de multiplier, ou, si elles existent déjà dans le milieu, pour les tuer et les détruire. Ces substances, vous le savez, portent le nom de substances antiseptiques. La thérapeutique sera réellement fondée, et au niveau des nouvelles découvertes, quand elle aura découvert des corps qui, pénétrant dans la profondeur de nos tissus sans les altérer, y exerceront cependant une action suffisante pour détruire les bactéries pathogènes qui s’y trouvent, et dont la vie avec toutes les conséquences qui en découlent constitue l’état morbide. C’est là réellement qu’est l’avenir de cette branche de la science médicale.

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Du moment où le desideratum sera rempli, la longue liste des maladies parasitaires disparaîtra.

Certaines substances sont douées, même à dose presque infinitésimale, d’un pouvoir destructif des plus intenses pour certaines espèces bactériennes; d’autres bornent leur action à ce fait qu’elles empêchent les micro-organismes de se développer dans un milieu qui d’ordinaire leur est favorable, ou à rendre absolument inertes celles qui y existent déjà à l'état adulte. Davaine a démontré que de sublimé corrosif détruit absolument toute la virulence du sang charbonneux, et, s'il faut en croire Ivocli, le résultat serait produit par des doses de sublimé encore beaucoup moindres, puisqu'il évalue sa quantité à tandis qu'il faudrait ,-L. d’acide chlorhydrique et ^ d'acide phénique. M. Toussaint a démontré que des doses de substances antiseptiques, trop faibles pour tuer définitivement les bactéries, pouvaient du moins atténuer leur virulence et les rendre beaucoup moins nuisibles. Il a ainsi le premier atténué le virus charbonneux par deux procédés, la chaleur d’abord et le mélange à des cultures d’une quantité faible d’acide phénique. Dans l'un et l'autre cas, les bactéries sont atténuées dans leur pouvoir virulent, comme elles le sont chaque fois qu'une circonstance quelconque diminue leur vitalité et les met en imminence de mort.

Voici quelques chiffres qui vous permettront de jug er de la puissance antiseptique de certains agents, soit pour s’opposer au développement des bactéries, soit pour les détruire quand elles se sont développées. Les premiers chiffres sont ceux qu’il suffit d’employer pour empêcher la pullulation des microbes, les seconds sont ceux qui arrêtent cette prolifération quand elle est en train de s’effectuer, les troisièmes sont ceux qui stérilisent définitivement le milieu, et le transforment en un terrain sur lequel il devient impossible à toute colonie

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