MYXŒDÈME, CRÉTLMSME ET INFANTILISME
pilier, il y a quelques semaines, entre la myxoedémateuse adulte dont je vous parlais tout à l'heure et une petite idiote mijxœdémateuse, âgée de dix ans, que mon excellent collègue, M. Jules Voisin, a bien voulu me prêter pour la circonstance (Fig. 255). Vous vous rendez mieux compte ainsi, que nous n'avons pas affaire, ici non plus, à une naine, au sens vulgaire de ce mot, comme dans le cas précédent. C'est bien là un type parfait iX arriérée. Tout est en retard, tout est arrêté : le développement du corps et de l'esprit sont restés ce qu'ils étaient au jour précis où le Myxœdème a exercé pour la première fois son influence dijstrophiante.
Il n'est pas douteux en efiét que le Myxœdème soit ici en cause. Les lobes thyroïdiens sont remarquablement petits. Mais la taille et le cerveau avaient acquis déjà un développement suffisant lorsque l'atrophie thyroïdienne s'est produite, pour que l'ensemble des symptômes que vous observez chez une idiote myxoedémateuse, et chez une arriérée myxœdémateuse, soit, dans le cas actuel, forcément incomplet. Toutes les fonctions sont torpides comme dans les deux autres formes du Myxœdème, quoique l'apathie intellectuelle soit moins prononcée. Les raisonnements de cette femme sont enfantins, mais elle raisonne.
Yll. — J'irai. Messieurs, plus loin encore, dans cette voie dont vous entrevoyez le terme.
Tout est enfantin chez les Myxœdémateux. Tout reste enfant, à un degré qui correspond à l'âge où la maladie a commencé. On peut même dire que, lorsqu'il débute tardivement, le Myxœdème refait à ceux qu'il frappe une ^\ioya\ii\e première enfance, quelque chose comme la torpeur fœtale du nouveau-né. Tout ce qui fait la vie de relation est annulé. L'intelligence retourne dans les limbes, les tissus reprennent leur constitution colloïde, les poils tombent, il n'est pas jusqu'au sexe qui ne soit — fonctionnellement du i^oins — ramené à cet état neutre auquel l'embryon seul se résigne en attendant mieux. Les règles s'arrêtent, les appétits vénériens s'émoussent. C'est véritablement V Infantilisme, dans toute l'acception du mot.
Puisque je vous parle cVinfantilisnie, permettez-moi. Messieurs, de justifier mieux encore, s'il est possible, l'assimilation que je viens de risquer.
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Vous rencontrerez très souvent des arriérés myxœdémateux, dont rintelligence est simplement bornée et dont le Myxœdème se réduit au minimum.
Je connais, pour ma part, plusieurs types de ce geni*e, au visage légèrement l)Oufii, au teint blafard, aux poils rares, chez lesquels je n'ai pu résister au désir d'explorer la région thyroïdienne. Ce sont, je n'en doute pas un seul instant, des idiots myxœdémateux, mais des idiots, passez-moi le mot, très supérieurs. Ils ont de tout petits lobules thyroïdes, juste assez pour que la fonction trophique générale ne soit pas gravement endommagée, juste assez pour que leur intelligence suffise à de certains emplois. Tous trouverez, dans plusieurs mémoires épars de-ci, de-là, quelques considérations assez vagues sur V Infantilisme, soit au point de vue étiologique, soit au point de vue médico-légal, soit même au point de vue morphologique pur, peu de chose, en somme. Je suis bien sûr qu'en y regardant de plus près le rapport de cause à effet que je vous signale aujourd'hui apparaîtra souvent dans toute son évidence.
Ne cherchez pas dans les auteurs de renseignements sur l'Infantilisme. Vous n'en trouveriez pas. Le mot ne figure d'ailleurs ni dans le Dictionnaire de f Académie, ni dans le Dictionnaire de Littré, ni dàusle Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. C'est un vocable nouveau que je crois avoir été introduit dans notre langue technique par Lasègue. — Lorain l'emprunta à Lasègue, le professeur Brouardel l'emprunta à Lorain et, depuis lors, il a fait son chemin dans le monde.
Je vous montrerai, pour terminer, un hediU spécimen d" Infantilisme, et vous verrez les singulières accointances de cet arrêt de
Fio-. 2'>6.
Infanlilisine (faciès)
ERISSAUD. LEÇONS .
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développement avec ce qu'on peut taxer de mijxœdème friisle. Voici un garçon de dix-huit ans qui nous est adressé pour une paralysie saturnine des extenseurs. Vous voyez qu'il ne porte pas, comme on dit, son âge. Il le porte si peu que l'administration se refusait à le recevoir dans un service d'adultes, alléguant qu'on la trompait. Cela cependant est bien exact : ce gamin — qui paraît n'avoir pas plus de douze ans — touche bientôt à sa majorité. Considérez l'aspect de son visage, ce faciès lunaire, ces yeux bouffis, ces lèvres épaisses, ces grosses joues rondes; et ne trouvez-vous pas que le Mvxœdème est simulé ici de la façon la plus remarquable? tFig. 256). Les formes extérieures ne sont pas même celles d'un adolescent, grasses, potelées ; les organes génitaux sont rudimentaires, la verge n'est encore qu'à l'état de promesse ; les testicules, bien conformés et descendus dans les bourses, sont ceux d'un petit garçon; il n'y a pas un poil au pubis (Fig. 257). L'état psychique est des plus curieux.
Ce bambin, qui a presque l'âge d'homme, qui est intelligent d'ailleurs, qui exerce avec entrain et habileté son métier de peintre, est resté pleurnicheur comme un enfant gâté. Il est malheureux d'être entré à l'hôpital, il ne quitte pas les jupons de la surveillante, et il appelle « sa maman » .
En vous le présentant comme un myxœdémateux, je ne crois pas m'aventurer, car le corps thyroïde est à peine perceptible. La date de la maladie me paraît même assez précise. Le père raconte que, vers l'âge de dix ans, des écrouelles cervicales ont mis en danger la vie de son fds ; le gonflement était "''""''""" énorme; on crut qu'il allait étoufler;
il fallut lui faire des incisions nombreuses. Aux cicatrices que vous voyez, il est facile de supposer que toute la région cervicale a été le siège d'une poussée scrofuleuse exceptionnellement grave, et il n'est pas interdit d'admettre que le corps thyroïde en ait subi les conséquences.
riu. -irû.
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Voilà donc un cas de Myxœdème acquis dont le résultat — peutêtre irréparable— a été de maintenir ce jeune garçon dans l'état d'infantilisme où le mal Ta surpris.
Les variétés de Myxœdème qui correspondent aux variétés de l'Infantilisme sont subordonnées à l'intensité des lésions thyroïdiennes, il n'existe pas, dans cette catégorie de faits sur lesquels je voulais appeler votre attention, de démarcations suffisamment tranchées, pour que nous soyons en mesure de les classer nosocjraphiquement. C'est une chaîne ininterrompue à chaînons innombrables.
Et maintenant jetons un coup d'œil en arrière, sur l'histoire du Crétinisme : il me semble que si Tldiotie myxœdémateuse et le Crétinisme sont deux maladies difï^rentes, on serait aveugle eji méconnaissant les analogies étroites qui les rapprochent. Peu importe la présence ou Tabsence du goitre, du moment que la tumeur équivaut à l'abolition ou au ralentissement de la fonction thyroïdienne. Le goitre est héréditaire, et la fatalité qui veut que les enfants de deux goitreux soient condamnés au Crétinisme, explique le Crétinisme môme par la gravité plus grande de la lésion du corps thyroïde chez les descendants frappés d'hérédité convergente. L'hérédité ne s'exercerait donc pas, dans l'avenir, sur des centres trophiques dont Texistence est douteuse, mais seulement sur le corps thyroïde, dont l'annihilation physiologique, tantôt soudaine et native, tantôt lente et tardive, aboutirait au Syndrome -myxœdème. Celui-ci aurait d'ailleurs une physionomie, une marche et une allure particulières, en raison de ce fait que l'altération thyroïdienne héréditaire aurait elle-même une évolution spéciale.
Vous le voyez. Messieurs, la question des rapports du Crétinisme et de l'Idiotie myxœdémateuse est encore pendante. Je n'ai pas eu la prétention de la résoudre, jai seulement essayé de vous la rendre intéressante.