‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 3 sur 153 · PREMIERE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIERE LEÇON

démentie, jusqu'à la marque suprême de confiance qu'il m'a accordée en me donnant son fils pour interne.

Je pense pouvoir ne pas parler seulement en mon nom personnel. Je suis sûr d'être l'interprète de mes collègues, de tous ceux qui ■ont partagé avec moi l'honneur d'être de ses élèves, en proclamant que nous lui devons, du premier au dernier, tout ce que nous sommes.

Quiconque était son élève était aussi de sa famille. La maison nous était ouverte. Et quel accueil nous y avons reçu!....

Il était donc « le Maître », dans facception antique, presque biblique du mot, car ses élèves étaient des disciples. Les disciples sont les collaborateurs du maître ; il avait consenti à ce que nous fussions les siens. La plupart de ses travaux portent à côté de sa signature celle de l'un de nous.

Quand on combat pour la môme cause, on se sent toujours étroitement unis, malgré la discipline, et son allection, pour être sévère, n'en était pas moins vivace. Elle l'était, prétendent quelques-uns, jusqu'à la partialité. Mais qui donc étaient-ils, dans l'Ecole de la Salpêtrière, ces écoliers en faveur desquels la partialité du Maître ■éclatait? — Ils s'appelaient Cornil, Bouchard, Bourneville, Joffroy, Debove, Gombault, Pierret, Raymond, Pitres, Gilbert Ballet, Féré, Pierre Marie, pour ne citer que ceux dont les cheveux ont déjà ■blanchi et qui sont passés maîtres à leur tour.

Il était, du reste, fier de presque tous, et très fier de quelquesuns. Et ses élèves, de leur cjté, n'avaient-ils pas le droit d'être bien plus fiers encore et de sentir vibrer en eux le doux orgueil d'Horace?

0 et prœsidium et dulce decus meum !

Le souci qu'il avait de nous, et qui n'était qu'une forme de tendresse paternelle, n'a pu être compris que par ceux qui ont vécu une parcelle de sa vie laborieuse. Il commandait de notre part un respect filial dont il était jaloux. Mais il savait qu'il pouvait compter sur nous, il avait confiance en nous, il n'a jamais désespéré de la fidélité d'aucun....

Sa prédilection pour ceux qu'il avait faits siens n'était pas exclusive. Tous ici. Français ou étrangers, pouvaient réclamer le droit au travail. La même bienveillance leur était acquise d'avance. L'École de la Salpêtrière n'a jamais été une chapelle fermée; elle

est toujours restée largement ouverte comme un lieu d'asile. J'en appelle aux physiciens, aux chimistes, aux physiologistes, aux philosophes, aux artistes même qui ont reçu les indications, les instructions, les inspirations de celui que nous pouvions appeler familièrement le Patron, sans manquer à la déférence. J'en appelle aux médecins de tous les pays qui, sans exception de race ni d'idiome, ont trouvé dans son service, dans son laboratoire, dans sa bibliothèque et dans ses observations personnelles, les éléments de tant de travaux dont il n'a jamais songé à revendiquer la priorité ou le mérite.

Il faut que je m'arrête

J'aurais voulu vous en dire davantage, et surtout vous dire mieux ce que je ressens, vous exprimer plus vivement l'émotion de tous mes collègues, nouveaux et vétérans, notre fidèle attachement à ceux pour qui ce deuil a été le plus cruel, à son fils surtout, qui fera revivre en nous sa mémoire.

Pascal dit que le premier hommage que nous devons aux morts, c'est de faire après eux ce qu'ils auraient voulu que nous fissions de leur vivant. Vous savez quel hommage nous rendrons au Maître qui n'est plus. Nous travaillerons, nous ne changerons rien à la tradition, nous nous appliquerons, nous ferons tous nos efinrts.... Je voudrais que cette année fût encore fructueuse. Je vous donne l'assurance que, de mon côté, la bonne volonté ne fera pas défauts

I. Défixitiox. — Charcot a le premier isolé et décrit la Sclérose latérale amyotrophiqiie. — Maladie de Charcot.

II. Anatomie pathologique. — Sclérose systématique des cordons latéraux cojnbinée à une atrophie des grandes cellules motrices des cornes antérieures, évoluant parallèlement.

III. Symptomatologie. — X" Etat spasmodiquc. — 2" Atrojjhie musculaire progressive. — La rigidité et Yatrophie suivent une marche parallèle, régulière et fatale.

IV. 1" Exemple clinique. — Sclérose latérale amyotrophique à la période d'état. Faciès immobile, étonné, pleurard. — Rictus convulsif. — Salivation. — Troubles de la parole et de la déglutition. — Paralysie labio-glosso-laryngée. — Attitude spasmodique et atrophie des membres supérieurs. — Exagération des réflexes. — Contractions fibrillaires. — Rétractions tendineuses, griffe. — Atrophie en masse et spasme tonique des membres inférieurs. — Conservation intégrale de la sensibilité.

■y. Éa'olution. — Proxostic. — Il est toujours très-grave. — La Paralysie labio-glossolaryngée annonce un danger, non toujours immédiat, mais toujours imminent.

VI. 2"° Exemple clixique. — Sclérose latérale amyotrophique à son début.

Etat spasmodique avec atrophie peu marquée des membres inférieurs. — Clonus spontané. — Faiblesse et atrophie des membres supérieurs. — Secousses fibrillaires. — Exagération des réflexes. — Absence complète de douleur.

Les grands efforts musculaires prédisposent aux affections amyotrophiques.

VII. Diagnostic avec V AtrojMe musculaire progressive [type Aran-Duchenne).

A. Diagnostic clinique. — La Maladie de Charcot et la Maladie d 'Aran-Duchenne sont deux espèces nosographiques distinctes. La première est essentiellement spasmodique; l'autre ne l'est pas. — Elles ditfèrent aussi par la durée de leur évolution.

R. Diagnostic anatomique. — La lésion de la substance blanche est une constante dans la Sclérose latérale amyotrophique; elle n'est qu'une variable dans l'Atrophie musculaire du type Aran-Duchenne'.

Messieurs,

Je commencerai la série de ces leçons par l'étude de la Sclérose latérale amyotrophique ou Maladie de Charcot

I. — La Sclérose latérale amyotrophique est caractérisée anatomiquement, comme son nom l'indique, par la dégénération des cordons latéraux de la moelle épinière, et cliniquement, par une atî'ophie musculaire progressive.

Son nom est composite, et les puristes pourraient le critiquer;

1. Leçon du 10 novembre, 1895, résumée in Bull. méd. (12 nov. 1893).

mais remarquez bien que les reproches dont il est passible n'auraient pas été justifiés, il y a une vingtaine d'années, lorsqu'il fut introduit dans la terminologie médicale. A cette époque, amyotrophie signifiait non seulement atrophie musculaire, mais encore, — par une sorte d'induction ou de sous-entendu, — imjélite des cornes antérieures de la moelle.

En imposant cette désignation à la maladie nouvelle, Charcot cherchait sans doute à définir tout autant la dégénérescence de la fibre musculaire que celle de la substance grise spinale. Je ne saurais vous dire s'il ne préférerait aujourd'hui avoir choisi un autre nom. On peut en douter, car celui-là est fort explicite. Ne regrettons rien, il est destiné à disparaître : les Anglais ont pris la bonne habitude d'appeler la Sclérose latérale amyotrophique tout simplement : Maladie de Charcot. L'exemple commence à être suivi en France et dans la plupart des pays étrangers. Nous ne serons pas ici les derniers à nous y conformer.

C'est en effet notre maître qui a le premier décrit — et bien décrit — cette affection, qui l'a séparée des autres maladies de la moelle épinière avec lesquelles elle était confondue et parmi lesquelles figure en première ligne V atrophie musculaire progressive du type Aran-Duchenne ; c'est lui, enfin, qui a proclamé et soutenu, envers et contre tous, l'autonomie de cette myélopathie, par des arguments si décisifs, que personne n'ose plus, à l'heure actuelle, en contester la réalité.

A la Salpêtrière, les cas de Maladie de Charcot sont loin d'être rares; nous en avons toujours chaque année plusieurs en observation.

Cela tient précisément à ce que le diagnostic de la Sclérose latérale amyotrophique est toujours assez facile, et que la maladie étant, dès le début, jugée incurable, nous admettons directement ici la presque totalité des cas, soit de la ville, soit des hôpitaux généraux; ce n'est du reste pour nous qu'une richesse relative, attendu que la recette brute est assez restreinte. Je pourrai vous en montrer deux exemples à des périodes différentes de l'évolution de la maladie. Ils sont, l'un et l'autre, la reproduction très fidèle du tableau symptomatique que vous retrouverez dans tous les ouvrages classiques contemporains.

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