‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 2)Chapitre 34 sur 153 · Leçon du 2 février · texte numérisé non relu

Leçon du 2 février

demande expresse, par mon jeune collègue M. Chipaulti. Je me propose, à cette occasion, de yous parler aujourd'hui du Pronostic de cette forme assez spéciale de paralysie, et je l'envisagerai non pas seulement au point de vue particulier de notre malade, mais à un point de vue tout à fait général.

C'est là, penserez-vous, un sujet trop souvent et trop bien étudié à la Salpêtrière, pour que je doive y revenir à mon tour. Détrompezvous, il importe d'y revenir encore. La chirurgie l'a rajeuni, et il est bon que vous soyez mis au courant de ces interventions opératoires dont les succès se comptent et dont l'audace n'a souvent d'égale que l'inutilité.

Ne soyez pas surpris non plus, si, sous prétexte de pronostic, j'ouvre, chemin faisant, une large parenthèse où il ne sera question que d'anatomie pathologique. Les éléments du diagnostic se tirent de données anatomiques qu'on peut prévoir. 11 ne sera donc pas inutile d'insister sur ces dernières.

I. — Vous connaissez les caractères essentiels de ces paraplégies: elles aH'cctentleplus souvent, mais non toujours, la forme spasmodique. Sauf dans des cas spéciaux étudiés par Babinski et Grasset, les membres inférieurs sont presque toujours immobiles et rigides, leur impotence est absolue; les réflexes rotuliens sont exagérés.

Je passerai rapidement sur ces symptômes, et j'arriverai immédiatement à l'évolution spontanée de la paralysie. Puisque tout se borne à une question de Pronostic, c'est du pronostic seulement que doit dépendre l'opportunité de la thérapeutique chirurgicale.

Quelques mots de Définition et d'HisTORiQUE sont indispensables.

L'usage a consacré le nom de paraplégie à toute affection paralytique limitée aux membres inférieurs. 11 serait préférable de l'appliquer, d'une façon générale, à toutes les paralysies de deux membres symétriques, bras ou jambes. Vous savez qu'on appelle paraplégies cervicales, les paralysies dont la localisation anatomique centrale occupe la région cervicale de la moelle épinière. Or, le Mal de Pott réalise toutes les variétés possibles de la paraplégie, aussi bien la supérieure que l'inférieure. 11 est même capable de produire des monoplégies, et je vous donnerai les raisons pour les-

1. L'observation détaillée de ce malade a été recueillie par M. Souques, clief de clinique.

PROAUSTIC ET TRAITEMENT CHIRURGICAL. loo

quelles celles-ci me semblent résulter le plus souvent de compressions radiculaires.

Pendant longtemps, les paralysies du Mal de Pott ont passé pour des complications graves ; il est certain qu'elles atteignent parfois les centres spinaux ou les nerfs des réservoirs. La rétention, puis l'incontinence d'urine ou des matières fécales ne sont même que le prélude de troubles de la nutrition beaucoup plus redoutables : les atrophies musculaires, les eschares sacrées, les suppurations et, plus tard, une septicémie spéciale qui donne lieu à la pire des myélites, la Myélite putride.

Il s'en faut cependant — et de beaucoup — que les paralysies du Mal de Pott soient toujours irrémédiables. Vous trouverez dans plusieurs Cliniques de Charcot, et dans quelques «Leçons du Mardi* », de très nombreux renseignements sur la curabilité de ces accidents : c'était là pour notre maître un sujet de prédilection. Ce n'est toutefois pas Charcot qui a découvert la bénignité relative de cette paraplégie dans certains cas. Boyer et Louis avaient constaté les premiers que la paraplégie pouvait disparaître, alors môme que persistait la courbure vertébrale. Déjà, à leurs yeux, il n'y avait pas de rapport absolu entre les incurvations du rachis et les paralysies.

Quelques années plus tard, Cruveilhier faisait remarquer que certains sujets atteints de Mal de Pott ou de Mal cancéreux vertébral pouvaient présenter des déformations de la colonne vertébrale aussi accusées que celles du grand rachitisme, sans que cependant il existât la moindre trace de paraplégie. Déjà l'on pouvait conclure : on ne doit pas subordonner le pronostic de la paralysie à celui de la maladie osseuse.

Voilà ce que les chirurgiens et les anatomistes avaient établi. A présent, consultons les médecins.

Vers la même époque, Ollivier (d'Angers), le grand précurseur de la ncuropathologie moderne, attirait l'attention sur des cas de Mal de Pott qu'on avait complètement méconnus avant lui. Les malades auxquels il faisait allusion avaient éprouvé des phénomènes nerveux bizarres, de l'engourdissement, et même de la paralysie des membres inférieurs, bien avant l'apparition de la coudure vertébrale; puis, la gibbosité pottique une fois produite, on avait vu la paraplégie disparaître....

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