Leçon du vendredi 9 février
MALADIE DE BASEDOW. — i:\OTimiOPEXIE. 583
L'exothyropexie consiste à découvrir la glande, à la Taire saillir à L'extérieur, à la luxer entre les deux lèvres de la plaie et à la laisser exposée à l*air. Au bout d'un temps variable on voit les deux lobes, dont les veines sont turgescentes et noirâtres au début, s'assécher peu à peu, se momifier en quelque sorte et le moignon qui reste adhérent aux lèvres de la plaie s'atrophie plus ou moins tardivement sur l'organe diminué «le volume. Ainsi réduit, celui-ci n'exerce plus la pression à Laquelle on s'est cru quelquefois en droit d'attribuer les phénomènes de la Maladie de Basedow, en particulier les actes réflexes multiples dont l'hypertrophie du corps thyroïde serait l'origine ainsi que les troubles respiratoires d'une gravité plus immédiate qui font suite aux poussées congestives du Goitre.
Telle est. Messieurs, l'opération et telles sont les raisons pour lesquelles nous l'avons tentée. La communication de M. Poncet à l'Académie de médecine était remarquable et intéressante à tous égards : sur li opérations H succès, sans accidents postopératoires, sans complications d'aucune sorte.
L'exothyropexie, d'après les conclusions mêmes du professeur de Lyon, est un procédé d'intervention inoffensif en soi. Je le croyais hier et, malgré le malheur récent que nous avons a déplorer, je vous le dis encore aujourd'hui. Nous avons assisté à l'opération; nous avons constaté sa rapidité, sa simplicité, la très faible hémorrhagie qu'elle entraine: il est de toute évidence que n'importe quelle autre méthode d'exérèse appliquée au traitement des tumeurs du corps thyroïde présente autant, sinon plus de dangers.
Et cependant, notre malade a succombé en moins de huit heures, brusquement, dans un état singulier d'agitation, d'anxiété, avec tachycardie et dyspnée. C'est sur ces phénomènes que je veux attirer votre attention.
Le cas parait rentrer dans la catégorie de ces désastres chirurgicaux dont on ne peut se consoler, quand bien même on est sur d'avoir fait son devoir : le malheur arrive sans qu'on puisse rien faire pour l'éviter.
La statistique à cet égard est inexorable. — A des opérations qui sont le minimum de la diérèse ou de L'exérèse, on voit succéder rapidement des phénomènes graves, bientôt mortels. On dit alors que la mort est le résultat du choc opératoire. Le mot ne sert qu'à dissimuler notre ignorance de ce je ne sais quoi terrible
qui fait qu'un malade succombe pour une opération peu grave alors que tant d'autres survivent à des interventions infiniment plus redoutables.
Dans de récents travaux publiés par Roger dans les Archives de physiologie1, vous pourrez vous rendre compte que la pathogénie du choc opératoire est des plus confuses. Elle se compose d'éléments disparates : accidents cérébraux, bulbaires, respiratoires, circulatoires, qui semblent n'avoir entre eux aucune espèce de lien commun : la mort parait être la conséquence dune sorte d'idiosyncrasie. ne permettant pas la plus petite ouverture des téguments sans que les plus grandes conséquences rétlexes ne s'ensuivent. Malgré tout, Messieurs, cette opération, vu les conditions d'innocuité absolue où elle se présente, serait à refaire qu'il faudrait, je vous le répète, la tenter de nouveau; et cela, sauf certaines réserves d'ordre général dont je vais vous parler, réserves qui ne vont pas à l'encontre de la décision simple, logique, raisonnable en vertu de laquelle on prend son parti d'agir.
Lorsqu'on veut rechercher les causes d'un accident comme celui qui est survenu hier, il importe de faire une enquête approfondie non seulement sur les événements cliniques qui ont précédé l'opération, mais même en remontant aussi loin que possible dans le passé du patient, sur les conditions personnelles qui ont pu créer un défaut de résistance au traumatisme chirurgical. Profitons de la malheureuse occasion qui s'offre à nous, pour étudier, à propos d'un cas de Goitre exopbtalmique classique (car celui-ci en était bien un), l'évolution de la Maladie de Basedow. Je vous dirai donc sommairement l'histoire de la malade en insistant sur l'état de santé dans lequel elle se trouvait avant l'opération; il va sans dire que je vous ferai part aussi des motifs particuliers qui nous ont dicté, à M. Poucet et à moi, notre conduite.
II. — Quelques-uns d'entre vous, babitués du service, connaissaient cette jeune fille, aux grands yeux saillants et brillants, au cou volumineux, aux pulsations fortes et fréquentes. Vous vous rappelez cette versatilité de caractère ou d'humeur, qui la faisait passer instantanément de la gaieté à la tristesse. Vous vous rappelez ce tremblement permanent dont elle était agitée même lorsqu'elle