‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 145 sur 163 · Âreh. de Physiologie · texte numérisé non relu

Âreh. de Physiologie

MALADIE DE BASEDOW. — EXOTHYROPEXIE. 58ô

voulait garder L'immobilité. L'affection n'était pas difficile à reconnaître : c'était le goitre exophtalmique dans toute sa pureté classique. Celte jeune fille était âgée de vingt ans: elle n'avait pas d'antécédents nerveux héréditaires ni même d'antécédents nerveux personnels, jusqu'au jour où elle fut victime d'une très grande frayeur. 11 y a de cela trois ans : la fondre (Haut tombée à côté d'elle, elle perdit connaissance. Lorsqu'elle reprit ses sens, elle se rappelle qu'elle pleurait et tremblait de tons ses membres; elle regardait sans voir et ne reconnaissait personne. Cela dura trois jours environ. Puis elle se remit peu à peu, mais sans pouvoir se défaire d'une extrême susceptibilité nerveuse.

Quelques mois après, à la suite d'une contrariété légère (une altercation avec l'un des siens i, elle eut une nouvelle crise de larmes et perdit encore connaissance. Depuis lors, des crises du même genre se sont répétées et dans Tune d'elles on remarqua qu'elle avait de l'écume aux lèvres. .Nous n'en conclurons pas qu'elle était épileptique. D'ailleurs l'écume aux lèvres n'est pas, vous le savez bien, un signe pathognomonique du mal comitial vrai. Il appartient aussi à l'attaque d'hystéro-épilepsie ou hystérie majeure.

Tout rentra dans l'ordre jusqu'au mois de septembre 1891.

Alors seulement apparurent des symptômes plus sérieux et ceux-là semblaient se rattacher bien plus directement à la .Maladie de Basedow. Des crises de larmes sans motif alternaient avec des évanouissements ou de simples absences, analogues à des accès de petit mal.

Vers l'automne de 1892, — il y a donc un an et demi, — elle éprouva de grandes fatigues, une forte céphalée occipitale, de violentes douleurs dans les reins et aussi dans les genoux, qui l'obligèrent à garder le lit pendant deux mois. Enfin survint inopinément une hémiplégie dont la nature hystérique n'est pas douteuse, puisqu'au bout de quelques mois elle disparut comme elle était venue.

Vers la tin de l'année I<S9:2. des palpitations, un gonflement caractéristique du cou pouvaient faire prévoir une Maladie de Basedow. Un peu plus tard seulement, les yeux devinrent saillants et prirent cet « éclat vif et sauvage » signait'1 par les auteurs. Elle vint aussitôt à la Salpêtrière, où elle fut traitée par l'électrisation et l'hydrothérapie, sans succès d'ailleurs. Bientôt en effet elle commença à maigrir. C'était là. Messieurs, un phénomène d'importance, le début d'une phase de la maladie, dont on ne parle plus guère aujourd'hui.

mais dont nous, vos aines, avons été souvent entretenus par nos maîtres : la cachexie exophtalmique.

La cachexie exophtalmique n'est pas identique à la cachexie des goitreux ordinaires. Dans le goitre endémique des vallées à eaux claires, la cachexie est tardive et d'une durée en quelque suite indéfinie. Je compte vous en parler prochainement1. Au contraire la cachexie du Goitre exophtalmique, tantôt précoce, tantôt lente à venir, est comme le dernier terme d'une évolution régulière : elle est toujours grave, et lorsqu'elle s'est déclarée, les chances de guérison sont fort précaires.

Lors des premières descriptions de la Maladie de Basedow, la cachexie passait à juste titre pour très redoutable, et j'ajouterai pour très fréquente. On en parle moins aujourd'hui et cela tient au fait suivant : jadis, — il n'y a guère que vingt ans de cela — on ne connaissait que les cas typiques du Goitre exophtalmique, c'est-à-dire ceux dans lesquels la triade symptomatique de Graves et de Basedow est complète.

Il est parfaitement exact que les deux tiers de ces cas se terminent par la mort, au cours d'une période cachectique. Aujourd'hui il n'en est plus de même : le nombre des Maladies de Basedow a augmenté d'une manière relative: on ajoute en effet aux Goitres exophtalmiques des premiers auteurs les cas frustes où la maladie peut être diagnostiquée, tous ceux dans lesquels la triade symptomatique n'est pas complète, c'est-à-dire les cas frustes, dont le pronostic est beaucoup moins sombre.

Avant de parler de l'opération chirurgicale, il faut vous dire avec un peu plus de détails l'état de cette, jeune fille à la veille de l'intervention.

Je n'insiste pas sur V exophtalmie : elle était très accusée. Le goitre était aussi fort gros, le cou avait atteint une circonférence de "> centimètres et contrastait singulièrement avec la maigreur de la face, du tronc et des membres. La tachycardie n'a jamais été inférieure à 120 pulsations (et je tiens compte de l'exagération de fréquence qu'on appelle pouls médical).

En outre de la triade, notre malade avait tous les autres signes de la maladie confirmée, en particulier le tremblement permanent de

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