I. liiii. med. Journal, 6 janvier
Fig. "231 . — Hrxœdème.
Faciès avant le traitement).
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(Mail sujel à varier. La l'ace bouffie, surtout aux joues cl aux paupières, à Ici poinl qu'on n'entrevoyait les yeux qu'avec peine, avail
cel « aspect lunaire » que je vous ai déjà signalé (Fig. WJ.~>| (.La sécheresse écailleuse de répiderme était, comme dans tous les cas du même genre, le fait de l'absence de toute sécrétion sudorale et sébacée. Les cheveux, les poils des aisselles et du pubis rares, -ce- ci cassants, tombaient par plaques.
Iles l'époque où cette femme avail commencé à être malade, c'est-à-dire vers l'âge de quarante-deux ans. la suppression des règles avait été complète et définitive. Nul besoin, nul appétit, nulle manifestation intellectuelle. Les facultés psychiques n'étaient cependant pas totalement abolies. La mémoire, le jugement n'avaient pas subi de grave atteinte. C'était toutefois une obtusion de l'esprit, une torpeur, une nullité de réaction, une apathie, q ne les stimulations les plus vives cl les plus ingénieuses avaient peine à dissiper. Cette malade restait assise dans un coin de la salle pendant des journées entières, immobile, inerte, la physionomie impassible et connue endormie, ne parlant pas. ne pensant pas. et paraissant ne pas souffrir.
Le cas était trop beau pour ne pas tenter l'expérience. Nous lavons tentée (Fig. '20:2 1. niais si le Myxœdème, en tant que lésion cutanée et souscutanée, a guéri, la cachexie, qui depuis quelques mois était imminente, a fait des progrès si rapides après lu cessation du traitement, que la malade a succombé. Ane implication organique
Fig. 2r.-j. — Myxœdème.
[Après le traitement.
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ne nous a expliqué le mécanisme de la mort. C'est en quelque sorte par extinction, par épuisement progressif que le dénouement a eu lieu. Peu à peu, le cœur s'est affaibli, la respiration s'est ralentie, la sécrétion urinaire s'est tarie. Toutes les fonctions ont disparu progressivement, emportant la vie avec elles.
Je vous dis. Messieurs, que la maladie durait depuis dix-sept ans et que la cachexie avait déjà commencé son œuvre fatale lorsque le traitement thyroïdien a été appliqué. Nous ne pouvons avoir, bien sincèrement, aucun remords de ce qui est arrivé. Les doses avaient été prescrites avec la plus scrupuleuse prudence. — Mais peut-être est-ce là une leçon? Si le traitement thyroïdien convient aux inyxœdémateux dans la période d'état et, à plus forte raison, dans la période initiale de la maladie, je ne suis pas sûr qu'il doive être administré lorsque la cachexie s'est affirmée déjà, surtout chez un sujet dont le Myxœdème remonte à une date si ancienne.
Dans le second cas. dont je vais maintenant vous parler, le succès a été complet.
La petite femme que voici, âgée de trente-sept ans, a présenté les symptômes typiques du Myxœdème depuis les premières années de sa vie.
C'est presque une naine, puisque sa taille ne mesure pas plus de l m. lw2. Son intelligence a été toujours fort au-dessous de la moyenne.
Nous ne savons presque rien de son enfanee et nous ignorons ce qu'il nous serait le plus utile de savoir : le mode de déhul de la maladie. Le fait que le Myxœdème semble avoir fait son apparition tirs peu de temps après la naissance nous engagea admettre qu'il s'agit, sinon d'une Idiotie myxœdémateuse. du moins d'un état similaire.
Et, à ce propos. Messieurs, je vous dirai que l'Idiotie myxœdémateuse comporte tous les degrés possihles, tant au point de vue de la lésion myxœdémateuse qu'au point de vue des altérations ou du défaut des fonctions psychiques. L'idiot occupe un échelon moins élevé «pie ['imbécile, et l'imbécile un échelon moins élevé <pie V arriéré dans la série de ces êtres lamentables qu'on réunissait autrefois sous la même rubrique : \ Idiotie. Noire malade est nue imbécile myxœdémateuse (Fig. 'Jô.").
Je n'ai p;is besoin de vous dire que le corps thyroïde est réduit à
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des proportions infimes. Nous ne sommes pas bien sur même qu'il existe; nous admettons qu'il n'esl pas complètement atrophié, puisque, après tout, la santé générale est satisfaisante et qu'il n'y a eu jusqu'à présent aucune menace de cachexie.
Lorsque le traitement a été institué le 19 février dernier, le sujet pesait 'Il kilogrammes sans ses vêtements; sa température était de ôb' degrés: son pools oscillait autour de 80 et le taux de ses urines autour de 1(10 grammes dans les vingt-quatre heures.
Nous lui avons l'ait prendre tons les matins, en deux fois, dans dn pain azyme, un lobe Irais et cru de glande thyroïde de mouton L'ingestion avait lieu ^ _____^_____ environ deux heures après regorgement de l'animal. Dès le lendemain de la première prise, le pouls battait à 124, la température montait à Ô7V2 et la diurèse s'établissait à 500 ou 600 grammes. Pendant les premiers jours, la malade se plaignit de céphalalgie, d'insomnie, de coliques et de douleurs dans les membres inférieurs. Ces phénomènes d'intoxication thyroïdienne s'ellacèrent d'ailleurs bientôt , spontanément, sans qu'il ait été nécessaire d'interrompre l'ingestion du médicament. Très rapidement, l'œdème de la face et des mains diminua d'une manière étonnante. Le thermomètre se maintenait toujours aux environs de 37°,5 et le pouls autour de lk20.
Au bout de six semaines, après l'absorption de ôi lobes thyroïdes,
— Myxœdémateuse.
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la guérison était aussi complète qu'on pût l'espérer. Sans que rien eût été changé au genre de vie ou à l'alimentation, la malade avait perdu 7 livres. Elle pesait 27 kilogrammes au début du traitement, elle ne pèse plus actuellement que 27) kilogr. 500. La diurèse, très exagérée, d'abord est revenue à un taux moyen. Une véritable métamorphose s'esl donc opérée sous l'influence du traitement. La démyxœdémisation, appréciable dès les premiers jours, s'est effectuée progressivement, et elle n'a pas tardé à devenir très apparente.
I n mois après le début, l'aspect du visage et des mains était normal; les bourrelets œdémateux de la face, du corps, des mains, avaient disparu. Les joues avaient, pour ainsi dire, tondu; les paupières avaient repris l'aspect ordinaire, les yeux s'étaient ouverts, — et les vêtements étaient trop larges, lue photographie prise le 4 avril, •aitemem il Y a quelques jours, fait un contraste thyroïdien. étrange avec celle qu'on avait faite avant
le traitement, six semaines auparavant ( lig. -Jô i ) La peau est redevenue lisse et souple. Le visage, autrefois d'aspect enfantin, a pris V aspect adulte. Là, comme aux mains, comme sur tout le corps, la régression de l'infiltration est parfaite. En outre, la peau a repris ses fonctions normales : la sécrétion sudorale s'est rétablie et les ongles ont subi une modification très remarquable : sur tous les ongles des mains, en effet, on aperçoit, à 5 ou 0 millimètres de la lunule, un sillon transversal très profond qui annonce la poussée nouvelle. Les poils sont encore aussi rares. Quant à l'état intellectuel, le changement n'est pas très manifeste. La malade est plus gaie, plus éveillée, mais elle a toujours des raisonnements très puériles'.
Vous venez de voir. Messieurs, un bel exemple de Myxtedème
I. Cette observation ;i été rédigée enlièrement par M. Souques, chef de cliniqui voyez Société médicale tirs hôpitaux, 1" avril 1894).
HYXŒDEME, CB ÉTINISME ET INFANTILISME.
chez une imbécile. Je peux vous en montrer un autre encore chez une arriérée simple. 11 s'agit toujours d'une maladie de longue date, constituant plutôt un état acquis et définitif qu'un processus morbide à évolution précise. La myxœdémateuse que je vous présente a quarante-cinq ans. Elle ne sait [exactement ni quand ni comment elle est devenue ce que vous la voyez aujourd'hui; elle
Fig. 255.
Myxœdémateuse, arriérée myxœdémateuse, et idiote myxœdémaleuse.
croit quelle a toujours été ainsi. Mais, à n'en juger que par sa taille, nous pouvons admettre qu'elle a eu un développement presque normal jusqu'aux environs de l'adolescence. Vous constatez qu'elle n'est pas absolument difforme, qu'elle n'est que modérément inlillrée et que, si l'aspect général de sa physionomie et la conformation de son faciès rappellent à beaucoup d'égards ceux de la malade précédente, elle occupe un échelon plus élevé de ce qu'on pourrait appeler l'échelle de dégradation. Je l'ai fait photogra-
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pliior, il v a quelques semaines, entre la myxœdémateuse adulte 'dont je vous parlais tout à l'heure et une petite idiote myxœdémateuse, âgée de dix ans, que mon excellent collègue, M. Jules Voisin, a bien voulu nie prêter pour la circonstance (Fig. 235). Vous vous rendez mieux compte ainsi, que nous n'avons pas affaire, ici non plus, à une naine, au sens vulgaire de ce mot, comme dans le cas précédent. C'est bien là un type parfait d'arriérée. Tout est en retard, tout est arrêté : le développement du corps et de l'esprit sont restés ce qu'ils étaient au jour précis où le Myxœdème a exercé pour la première fois son influence dystrophiante.
Il n'est pas douteux en effet que le Myxœdème soit ici en cause. Les lobes thyroïdiens sont remarquablement petits. Mais la taille et le cerveau avaient acquis déjà un développement sufiisant lorsque l'atrophie thyroïdienne s'est produite, pour que l'ensemble des symptômes que vous observez chez une idiote myxœdémateusi . et chez une arriérée myxœdémateuse, soit, dans le cas actuel, forcément incomplet. Toutes les fonctions sont torpides comme dans les deux autres formes du Myxœdème. quoique l'apathie intellectuelle soit moins prononcée. Les raisonnements de cette femme sont enfantins, mais elle raisonne.
VIL — J'irai, Messieurs, plus loin encore, dans cette voie dont vous entrevoyez le terme.
Tout est enfantin chez les Myxœdémateux. Tout reste enfant. à un tlr^vv qui corresponde l'âge où la maladie a commencé. Un peut même dire que. lorsqu'il débute tardivement, le Myxœdème refait à ceux qu'il frappe une pitoyable première en fanée, quelque chose comme la torpeur fœtale du nouveau-né. Tout ce qui fait la vie de relation est annulé. L'intelligence retourne dans les limbes, les tissus reprennent leur constitution colloïde, les poils tombent, il n'est pas jusqu'au sexe qui ne soit — fonctionnellement du moins — ramène à cet état neutre auquel l'embryon seul se résigne en attendant mieux. Les règles s'arrêtent, les appétits vénériens s'émoussent. C'est véritablement l'Infantilisme, dans toute l'acception du mot.
Puisque je vous parle d'infantilisme, permettez-moi. Messieurs, de justifier mieux encore, s'il est possible, l'assimilation que je viens de risquer.
MYXŒDÈME, CRÉTINISME ET INFANTILISME. 62ù
Vous rencontrerez très souvent des arriérés myxœdémateux, dont l'intelligence est simplement bornée et dont le Myxœdème se réduit au minimum.
Je connais, pour ma part.
plusieurs types de ce genre, au visage légèrement bouffi, au teint blafard, aux poils rares, chez lesquels je n'ai pu résister au désir d'explorer la région thyroïdienne. Ce sont, je n'en doute pas un seul instant, des idiots myxœdémateux, mais des idiots, passez-moi le mot, très supérieurs. Ils ont de tout petits lobules thyroïdes, juste assez pour que la fonction trophique générale ne soit pas gravement endommagée, juste assez pour que leur intelligence suffise à de certains emplois. Vous trouverez, dans plusieurs mémoires épars de-ci, de-là, quelques considérations assez vagues sur l' Infantilisme, soit au point de vue étiologique, soil au point de vue médico-légal, soit même au point de vue morphologique pur, peu de chose, en somme. Je suis bien sûr qu'en y regardant de plus près le rapport de cause à effet que je vous signale aujourd'hui apparaîtra souvent dans toute son évidence.
Ne cherchez pas dans les auteurs de renseignements sur l'Infantilisme. Vous n'en trouveriez pas. Le mot ne figure d'ailleurs ni dans le Dictionnaire de t 'Académie, ni dans le Dictionnaire de Littré, ni dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. C'est un vocable nouveau que je crois avoir été introduit dans notre langue technique par Lasègue. — Lorain ! emprunta à Lasègue, le professeur Brouardel remprunta à Lorain et, depuis lors, il a fait son chemin dans le monde.
Je vous montrerai, pour terminer, un beau spéci nd' Infantilisme, et vous verrez les singulières accointances de cel arrêt de
so
Fig. L2"(i. — Infantilisme [faciès .
DRISSAUD, LECOSS.
MYXŒDEME, CRETINISME ET INFANTILISME.
développement avec ce qu'on peut taxer de myxœdeme fruste. Voici un garçon de dix-huit ans qui nous est adressé pour une paralysie saturnine des extenseurs. Vous voyez qu'il ne porle pas. comme on dit, son âge. il le porte si peu que l'administration se refusait à le recevoir dans un service d'adultes, alléguant qu'on la trompait. Cela cependant est bien exact : ce gamin — qui parait n'avoir pas plus de douze ans — touche bientôt à sa majorité. Considérez l'aspect de son visage, ce faciès lunaire, ces yeux bouffis, ces lèvres épaisses, ces grosses joues rondes; et ne trouvez-vous pas que le Myxœdeme est simulé ici de la façon la plus remarquable? ( Fig. '•Joli). Les formes extérieures ne sont pas même celles d'un ado- ____^ lescent, grasses, potelées ; les organes génitaux sont rudimentaires, la verge n'est encore qu'à l'état de promesse ; les testicules, bien conformés et descendus dans les bourses, sont ceux d'un petit garçon ; il n'y a pas un poil au pubis (Fig. 257 }. L'état psychique est des plus curieux.
Ce bambin, qui a presque l'âge d'homme, qui est intelligent d'ailleurs, qui exerce avec entrain et habileté son métier de peintre, est resté pleurnicheur comme un enfant gâté. Il est malheureux d'être entré à l'hôpital,' il ne quitte pas les jupons de la surveillante, et il appelle « sa maman ».
En vous le présentant comme un myxœdémateux, je ne crois pas m'aventurer, car le corps thyroïde est à peine perceptible. La date de la maladie me paraît même assez précise. Le père raconte que, vers l'âge de dix ans, des écrouelles cervicales ont mis en danger la vie de son fils ; le gonflement était • 'norme; on crut qu'il allait étouffer; il fallut lui faire des incisions nombreuses. Aux cicatrices que vous voyez, il est facile de supposer que toute la région cervicale a été le siège d'une poussée scrofuleuse exceptionnellement grave, et il n'est pas interdit d'admettre que le corps thyroïde en ait subi les conséquences.
p". — Infantilisme
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Voilà donc un cas de Myxœdème acquis dont le résultai — peutêtre irréparable — a été de maintenir ce jeune garçon dans l'étal d'infantilisme où le mal l'a surpris.
Les variétés de Myxœdème qui correspondent aux variétés de l'Infantilisme sont subordonnées à l'intensité des lésions thyroïdiennes. Il n'existe pas, dans cette catégorie de faits sur lesquels je voulais appeler votre attention, de démarcations suffisamment tranchées, pour que nous soyons eu mesure de les classer nosographîquement. C'est une chaîne ininterrompue à chaînons innombrables.
Et maintenant jetons un coup d'œil en arrière, sur l'histoire du Crétinisme : il me semble que si l'Idiotie myxœdémateuse et le Crétinisme sont deux maladies différentes, on serait aveugle eu méconnaissant les analogies étroites qui les rapprochent, l'eu importe la présence ou l'absence du goitre, du moment que la tumeur équivaut à l'abolition ou au ralentissement de la fonction thyroïdienne. Le goitre est héréditaire, et la fatalité qui veut que les enfants de deux goitreux soient condamnés au Crétinisme, explique le Crétinisme même par la gravité plus grande de la lésion du corps thyroïde chez les descendants frappés d'hérédité convergente. L'hérédité ne s'exercerait donc pas, dans l'avenir, sur des centres trophiques dont l'existence est douteuse, mais seulement sur le corps thyroïde, dont l'annihilation physiologique, tantôt soudaine et native, tantôt lente et tardive, aboutirait au Syndrome-myxœdème. Celui-ci aurait d'ailleurs une physionomie, une marche et une allure particulières, en raison de ce fait (pie l'altération thyroïdienne héréditaire aurait elle-même une évolution spéciale.
Vous le voyez, Messieurs, la question des rapports du Crétinisme et de l'Idiotie myxœdémateuse est encore pendante, .le n'ai pas eu la prétention de la résoudre, j'ai seulement essayé de vous la rendre intéressante.