‹ Leçons sur les maladies nerveuses (volume 3)Chapitre 49 sur 163 · Voyez les (Je et 10e leçons · texte numérisé non relu

Voyez les (Je et 10e leçons

HÉMATOMYÉLIE ET PARAPLÉGIES SUBITES. [69

IV. — 11 est une maladie dont je n'ai point encore prononcé le nom et qui, peut-être, semble tout d'abord ne pas mériter que je m'y arrête. Cette maladie, qui n"a rien de commun avec la Syringomyélie et qui, cependant, lui ressemble à tel point qu'elle a donné lieu à des méprises innombrables, c'est VHystérie.

Lorsqu'une paralysie peut être mise à l'actif (rime Syringomyélie, nous devons toujours, en règle absolument générale, nous demander si l'Hystérie n'est pas la vraie coupable. Les paraplégies hystériques sont quelquefois, elles aussi, comme dans le cas de notre malade, véritablement apoplecti formes. Elles ne le sont pas an sens propre du mot, ainsi que Charcot nous l'a appris; elles exigent pour se constituer un certain temps : deux, trois, six heures. C'est court, mais c'est juste le temps qu'a duré l'ictus envahissant dans le cas actuel.

Ces paraplégies affectent la sensibilité autant, sinon plus que la motilité. L'anesthésie absolue (tactile et thermo-analgésique) peut être transitoire et faire place à une anesthésie dissociée, identique à celle de la Syringomyélie. Ne vous semble-t-il pas que l'analogie — s'il ne s'agit que de cela — exige de notre part une certaine méfiance?

Assurément, Messieurs, nous devons nous tenir sur nos gardes, mais il y a trop de bonnes raisons à faire valoir contre l'hypothèse d'une paraplégie hystérique, pour que nous nous en tenions à ce diagnostic. Je n'invoquerai pas V absence des stigmates, attendu que les paralysies hystériques sensitivo-motrices — et les paraplégies en particulier — peuvent très souvent survenir en dehors de toute manifestation permanente de la névrose, et évoluer à titre de phénomène isolé : l'Hystérie est monosymptomatique, et reste telle, quelquefois longtemps, des années, sans que rien vienne modifier ou compliquer la nature et l'étendue du symptôme unique.

Cependant il n'est pas dans les habitudes des paralysies hystériques de rétrocéder avec tant de lenteur, et surtout tant de régularité. Elles ne sont pas spasmodiques de la même façon que les paralysies organiques : les jambes sont raides, les réflexes sonl exagérés, et par une singularité que nous ne comprenons pas encore, le clonus du pied est une véritable exception. Je ne dis pas qu'il fasse toujours défaut; niais il vous sera cependant facile de vérifier par expérience la réalité de ce que j'avance.

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Uneautre raison qui doit nous éloigner du diagnostic d'Hystérie, c'est que les sphincters sont paralysés. L'Hystérie est une maladie propre, en règle générale. A part certaines grandes crises d'Hystéro-épilepsie, dans lesquelles les malades ont de la peine à retenir leurs urines, vous ne venez jamais ou presque jamais une incontinence persister, surtout pendant plusieurs mois. Le rétrécissement du champ de la conscience totale (liez les hystériques, s'arrête donc en dehors des limites du champ de la conscience vésicale et rectale. Enfin, notre malade ne s'est trouvé à aucun moment dans les conditions étiologiques précises qui font la mise en train de l'Hystérie dite provoquée : pas de traumatisme, pas d'émotions, pas d'intoxication — Pour tous ces motifs, nous ne penserons plus à l'Hystérie.

V. — Les hémorrhagies en général — et l'Hématomyélie en particulier,— sont les accidents auxquels on est le plus facilement tenté d'imputer les paraplégies soudaines, et vous avez vu dès le premier abord qu'il était presque inévitable, dans le cas actuel, d'invoquer nue pathogénie différente.

Si j'ai écarté la supposition d'un Hématorachis et d'une hémorrhagie méningée, pour m'en tenir au diagnostie provisoire ^Hématomyélie, je ne vous ai pas encore fait entrevoir clairement les causes locales directes auxquelles cette Hématomyélie peut être rapportée. La Syringomyélie n'est pas, en dehors du traumatisme, la seule Lésion spontanée, capable d hématomyélie. Les tumeurs intrarachidienne et intra-spinales, toutes beaucoup plus rares que la Syringomyélie, sont aptes ji produire des paraplégies apoplectiformes, mais il n'est pas constant qu'une Hématomyélie soit l'origine de cette complication. Les kystes parasitaires, les tumeurs à cysticerques et ;i échinocoques ont ici un rôle étiologique qu'il ne l';iiil pas oublier, bien qu'il s'hisse de lésions exceptionnelles. Cependant la paraplégie, une fois constituée, ne tend pas à rétrocéder d'elle-même, régulièrement et sans recrudescences. Voilà donc une hypothèse qu'il nous faut encore abandonner.

Je ne vous parlerai pas delà Sclérose en plaques1, attendu que, si

I. Le Professeur Pitres a récemment signalé des cas de Sclérose en plaques débutant par iiiio paraplégie subite de la motilité, ilr lu sensibilité et des réservoirs', mais il s'ayït alors de paraplégies fébriles, simulant la myélite aigûe Semaine médicale, •1894. 'ir 57 .

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elle peu! quelquefois donner lieu à des paraplégies subites, elle respecte du moins la sensibilité.

VI. — Pour épuiser la liste des maladies au coins desquelles la paraplégie subite est une éventualité possible, j'ai le devoir de vous signaler la Myélite aiguë. Maïs je ne le fais que pour mémoire.

M. Hayem a décril sous le nom de Myélite aiguë apoplectiforme une aile» lion — probablement de nature infectieuse — caractérisée par une paraplégie de la motilité et delà sensibilité, survenante ['improviste chez les adultes, localisée d'abord aux membres inférieurs et remontant ensuite vers les parties supérieures, de manière ;i présenter le tableau clinique d'une />aruj>/<:yi<' complète des quatre membres. Le processus envahissant, dont la marche est toujours très rapide, ne s'arrête pas au renflement cervical : il a gagné, en quelques jours, en quelques heures, la moelle allongée, et le malade est emporté par des accidents cardiaques ou par une paralysie diaphragmatique. Nous ne savons réellement pas en quoi consiste cette myélopathie aussi rare qu'implacable. Elle est, vous dis-je. sans doute infectieuse, mais les altérations nécrobiotiques qui la caractérisent peuvent être rapportées à des oblitérations artérielles ou capillaires multiples. Un microbe est probablement. — sûrement, — l'auteur responsable des coagulations intra-vasculaires. Ce qui est remarquable, c'est que toutes ces petites thromboses se forment depuis l'extrémité inférieure jusqu'à l'extrémité supérieure de la moelle. Il est à supposer que des infections d'ordre très divers recherchent cette localisation singulière sur les centres nerveux. La grippe, la fièvre typhoïde, la syphilis et jusqu'à la blennorhagie figurent parmi ses causes les plus habituelles.

C'est vous dire qu'un état morbide antérieur, difficile à méconnaître, rend le diagnostic presque toujours simple. Même dans les infections apyrétiques, les premiers phénomènes paralytiques sont accompagnés de lièvre, ou font suite à une période fébrile plus ou moins longue. Il n'y a de confusion possible que dans les cas où la paraplégie sensitivo-motrice, compliquée de paralysie des sphincters, survient, comme une véritable apoplexie, en l'absence de toute réaction.

•l'ai vu. l'année dernière, i myélite aiguë de ce genre: l'ictus

avait été instantané; c'était du soir an lendemain que le syn-

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dromc complet s'était constitué. Le malade, entré à l'Hôpital Saint- Antoine quarante-huit heures après, n'avait pas de lièvre et le diagnostic à'Hématomyélie semblait, de ce t'ait, justifié. Mais l'élévation de la courbe thermique ne se lit pas longtemps attendre, et l'envahissement des membres supérieurs, suivi, à bref délai, de troubles bulbaires, nous édifia bientôt sur la nature du mal. Chez le malade d'aujourd'hui, l'apyrexie absolue, la localisation exclusive aux membres inférieurs, la longue durée des phénomènes paralytiques et leur amélioration progressive n'ont rien de comparable avec un processus de Myélite aiguë, malgré leur début apoplectiforme. Tout plaide en faveur d'une exsudation hémorrhagique tendant à la résorption.

Cette digression dans l'histoire de la Myélite aiguë est justifiée. Messieurs, par un petit nombre de faits, qui ont, depuis quelques années, éveillé l'attention des cliniciens.

Si, comme l'a fait voir Minor, la dissociation de la sensibilité appartient à l'Hématomyélie aussi bien qu'à la Syringomyélie, elle n'est pas rare non plus dans la Myélite aiguë. Steelland Williamson1 a rapporté récemment l'observation d'une jeune fille, prise subitement d'une paralysie des quatre membres avec rétention, puis incontinence d'urine. Toute la partie inférieure du corps jusqu'au niveau de la septième côte, avait perdu la sensibilité au contact et a la douleur. On porta le diagnostic d'Hémàtomyélie. Or, cette jeune tille, ayant succombé à une lièvre typhoïde survenue au cours des accidents paralytiques, on trouva, à l'autopsie, une myélite cervico-dorsede avec de petits foyers de ramollissement multiples, sans trace d'hémorrhagie.

A cette occasion, je vous rappellerai que l'anesthésie dissociée est, dans la Myélite aiguë, un syndrome d'autant plus trompeur, que cette dernière maladie entraine la plupart du temps une hyperesthésie plus ou moins prononcée des régions paralysées.

Si je ne vous ai pas encore parlé île Phyperesthésie, c'est qu'elle est inconstante et difficile à apprécier. Il s'agit en effet de cette omcs thésie douloureuse, qui consiste dans la perte de la sensibilité tactile, avec conservation et même exagération de la sensibilité pour la moindre irritation superficielle. Les sujets atteints de Myélite

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